Quelle image donnerions-nous au monde si nous laissions le corps exprimer librement nos sensations? C’est ce qu’explore Catherine Gaudet dans le duo Je suis un autre.

Si Catherine Gaudet est l’une des chorégraphes de la nouvelle génération à surveiller de près, sa signature se démarque des grandes mouvances qui se dessinent dans la danse québécoise. Préoccupée par les mouvements parfois chaotiques de la psyché humaine, elle concentre ses recherches sur un travail d’état et produit des oeuvres où la charge émotionnelle et dramatique prime sur la beauté de la forme. Après avoir traité du manque dans L’invasion du vide, elle s’affranchit des normes sociales pour montrer des corps mus par les sensations dans Je suis un autre.

« On a beaucoup travaillé avec l’idée de possession, de force intérieure qui pousse les danseurs à passer à travers divers états psychologiques à partir d’une situation de départ, explique la créatrice. Par exemple, en partant de l’envie d’être serré dans les bras de quelqu’un et des mots « Prends-moi », on passe d’un état enfantin à quelque chose d’abstrait de l’ordre de la vague, puis à des évocations d’obsédé sexuel, de crooner séducteur et de grand-mère folle. »

Pas de scénario prédéterminé dans ce genre de processus: les images surgissent spontanément à mesure que les danseurs se laissent aller à l’écoute fine de leurs sensations et de ce qu’elles induisent comme mouvements. Pour ce travail délicat et exigeant, Gaudet a fait appel à Caroline Gravel et Dany Desjardins, deux vieux complices des plus talentueux.

« Ils ont des corps très sensibles et sont arrivés à un stade où ils sont capables de se dégager de l’idée de représentation pour donner pleinement à voir ce qui se passe dans leur corps. En spectacle, cet équilibre devient très fragile. Si on cherche à donner absolument quelque chose au public plutôt que d’être dans ces états très subtils, ça ne passe pas du tout. »

Issue d’une réflexion sur le goût du public pour le sensationnalisme et sur les images claires qu’on lui assène dans les médias et sur les scènes pour lui faire vivre des émotions fortes, la pièce se veut volontairement insaisissable. « Je trouve que des opinions prémâchées se cachent souvent derrière ce qu’on qualifie de provocateur, lance Gaudet. Et je vois une forme de subversion dans le fait de présenter au spectateur quelque chose d’ambigu, de complexe et de le laisser faire l’effort de se forger lui-même une idée de ce qu’on voulait lui dire. »

 

 


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  • 30 mars 2012 · 17h49 Michel Mongeau

    « Ils ont des corps très sensibles et sont arrivés à un stade où ils sont capables de se dégager de l’idée de représentation pour donner pleinement à voir ce qui se passe dans leur corps. »
    D’un certain point de vue, voilà une affirmation presque comique! Comme si le corps pouvait se détacher, se rendre autonome par rapport à la représentation que le danseur s’en fait. Et comme si le spectateur entrait directement, par une espèce d’osmose intercorporelle, en communication avec le corps du danseur, sans que cela ne soit médiatisé par une forme quelconque de représentation mentale.

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