Pour son baptême, la compagnie LAB87 a choisi une satire particulièrement dure de l’auteur américain Neil LaBute. L’obsession de la beauté, mise en scène par Frédéric Blanchette, radiographie nos névroses de sociétés obnubilées par l’image.

Sorte d’enfant terrible du théâtre américain, mais aussi scénariste et réalisateur, Neil LaBute s’est fait un nom avec ses portraits vitrioliques des rapports humains. Certains y voient un successeur de David Mamet, auquel Frédéric Blanchette s’était déjà frotté et qu’il a lui-même traduit (L’ancien quartier). Crudité, vulgarité et guerres de mots font en effet partie de l’univers de LaBute. Le film qui l’a mis sur la carte, In the Company of Men (1997), raconte l’ignoble vengeance de deux hommes sur les femmes, ces derniers capturant d’innocentes victimes pour les faire souffrir. "C’est d’un cruel! lance Blanchette. Dès le début, son écriture était très corrosive. LaBute part d’événements d’apparence banale et creuse la cruauté de l’âme humaine."

L’obsession de la beauté part d’une conversation entre deux amis, d’une phrase qui aurait été dite par Greg (Mathieu Quesnel) au sujet de l’apparence physique de sa blonde, Steph (Anne-Élisabeth Bossé), qui la mettra en furie et fera exploser leur couple et leur amitié avec le couple d’amis qui se mêle au débat, Fred (David Laurin) et Amélie (Maude Giguère). Greg aura beau essayer de se racheter, Steph est inconsolable. Fred file quant à lui le parfait bonheur entre sa blonde et sa nouvelle maîtresse, qui répond aux critères physiques de ses fantasmes machistes et misogynes. "Quand tu analyses la beauté de celle que tu aimes en termes détachés, cliniques, ça dénote quelque chose, poursuit le metteur en scène. Le gros problème des personnages, ce n’est pas qu’ils ne s’aiment pas. Greg et Steph sont faits pour être ensemble, mais à cause de leur incapacité à se le communiquer, de cette obsession de la beauté, ils n’y arrivent pas. Greg, au contact de Fred, n’est pas assez solide pour assumer ses propres convictions. Il aime Steph et la trouve belle, mais dans un contexte de discussion de bar, avec la pression sociale, il dit ce genre de choses qui foutent la merde. Le problème par rapport à la vision de la beauté, c’est Greg qui l’a, dans son incapacité à assumer ses choix."

Le culte de la beauté ne date pas d’hier, mais notre époque gavée d’images connaît ses problématiques bien à elle. Jamais le corps n’a été à ce point montré, photographié, mis en marché. L’obsession du 21e siècle serait celle d’une beauté fabriquée, clonée, déshumanisée. "On vit à une époque où il y a beaucoup de gens avec lesquels on n’a des contacts que par l’image. Ce nouveau réflexe de vouloir mettre nos vies en images, en photos, exacerbe un certain souci de ne pas être, mais d’avoir l’air de. L’image qu’on projette est presque plus importante que le fond. C’est pour ça que je trouve cette pièce bien pertinente."

Traduite par David Laurin, cette partition serrée de dialogues rythmés fouette par sa violence et sa cruauté, pleine de sacres, un langage qui exprime toute la hargne et l’impuissance d’individus prisonniers d’obsessions qui les détachent de leur être et les font avoir peur d’assumer leur propre conception d’une beauté éloignée des idéaux véhiculés par d’autres. La pièce risque fort d’alimenter bien des discussions.

Du 19 novembre au 14 décembre
À La Licorne

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