Avec Pervers de Stacey Gregg, mis en scène par Philippe Lambert, le Théâtre de La Manufacture montre les effets dévastateurs de l’escalade de la rumeur à l’ère numérique où la notion de la vie privée est redéfinie.

«Cette jeune auteure est étonnante de maturité pour aborder un sujet aussi sensible et d’une manière aussi délicate», assure le metteur en scène Philippe Lambert au sujet de la dramaturge irlandaise dans la jeune trentaine Stacey Gregg. Pervers relate l’histoire de Gethin, un jeune vingtenaire qui réalise un documentaire sur les personnes faussement accusées de pédophilie. Pour alimenter son film, il demande à sa sœur de lancer de fausses révélations à son sujet. «La pièce montre les effets pervers des rumeurs qui grandissent. Cette gradation se fait lentement, comme un nuage gris qui approche lentement», raconte le metteur en scène.

Alors que la machine à rumeurs déraille, l’entourage de Gethin vit les conséquences d’une communauté qui prend un individu en grippe. Une enquête de police s’ouvre: le jeune homme doit justifier ses faits et gestes, ainsi que l’historique de son ordinateur. On ne rit plus. «Il se défend du mieux qu’il peut, mais perd le contrôle lorsque les autorités s’immiscent dans sa vie privée et trouvent du matériel suspect. La question se pose alors: où trace-t-on la ligne entre ce qui est déviant et ce qui est intime?» relate Lambert, qui a favorisé une mise en scène intimiste pour accentuer l’impression de voyeurisme.

Quatre jeunes acteurs incarnent cette jeunesse meurtrie qui doit composer avec l’intimidation à l’ère des médias sociaux. «L’auteure traduit bien la fougue des adolescents dans leur volonté de changer les choses. Gethin veut montrer comment la colère d’une communauté peut monter et devenir violente. Cet acharnement, on l’a vu avec l’affaire Guy Turcotte. Il y a comme une folie, une vision très obtuse qui devient dangereuse et explosive», précise Lambert, qui a attribué les rôles d’«adultes» à Micheline Bernard, Christiane Proulx et Marie-Hélène Thibault.

La Manufacture a confié les mots de Stacey Gregg à sa jeune auteure en résidence Catherine Léger, qui signe ici sa première traduction. «Il nous fallait cette jeunesse pour rendre l’écriture de Gregg, assure Lambert. Ça lui collait bien. Elle a un style brut, concret. Elle a été parrainée par Fanny Britt qui avait été parrainée par Jean Marc Dalpé. Nous aimons bien cette idée de passage.» 

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