Après Tranchées de l’Israélien Hanokh Levin, la jeune compagnie Théâtre Bistouri se transporte dans l’Irlande rude de Martin McDonagh, auteur du Pillowman. Pour disséquer les quatre laissés-pour-compte de L’Ouest solitaire, Sébastien Gauthier est aux commandes. 

On imagine un village de 100 âmes. La côte ouest de l’Irlande. Un coin reculé qui cumule les meurtres et les suicides. Sous un même toit, deux frères communiquent à coups de baffes et de coups de cochon. Alcool et poules égorgées constituent l’essentiel de leur diète. «Il n’y a pas d’élément déclencheur, ni de conclusion. C’est une tranche de vie de ces deux frères qui entretiennent une relation amour-haine très intense», résume le metteur en scène Sébastien Gauthier.

L’Ouest solitaire est la troisième pièce de la trilogie de Leenane de l’Irlando-Britannique Martin McDonagh, amorcée avec La reine de beauté de Leenane (Théâtre de La Manufacture, 2001). Pour les besoins de cette production-ci, les frères Coleman et Valene, joués par Marc-André Thibault et Lucien Bergeron, ont été rajeunis de vingt ans. Peu importe: ces vieux garçons n’ont pas vieilli. «Ils se battent pour des chips et de la liqueur. Ils n’ont pas appris à s’aimer, alors ils se vengent pour montrer leur sentiment d’appartenance à quelqu’un ou à quelque chose», raconte Gauthier.

Les personnages du père Walsh, un prêtre qui tente de sauver l’âme de ses paroissiens, et de Girleen, une jeune cynique qui vend de l’alcool pour vivre, partagent avec eux une grande solitude. «Il n’y a rien de pire que de se sentir seul avec autrui. Ces villageois sont pauvres de tout. Ils sont laissés à eux-mêmes. Ils ne sont pas conscients, ils subissent.» Moins brutal que Le pillowman (La Manufacture, 2009), l’univers de L’Ouest solitaire n’en est pas moins sordide. Ce n’est pas drôle, mais on en rit. «Les sujets de dispute sont tellement niaiseux que c’en est ridicule. McDonagh pousse l’idiotie à la limite du burlesque», énonce Gauthier.

Comme au cinéma

Ceci n’est pas un show de mise en scène, mais de jeu d’acteurs, précise Gauthier, adepte de l’hyperréalisme. Les batailles ont été réglées au quart de tour pour être portées sur l’étroite scène de la Salle intime du Prospero. «J’ai horreur des choses fake au théâtre, tranche le cofondateur du Petit Théâtre du Nord. On a beaucoup travaillé les combats, ainsi qu’un passage violent où la maison est défoncée à coups de douze. Pour cette scène, je ne voulais pas aller dans la théâtralité de l’image, mais plutôt vers le cinématographique.»

Bavarde, la pièce a été traduite par Fanny Britt qui s’était aussi frottée aux personnages au sang chaud de McDonagh pour La reine de beauté de Leenane et Le pillowman. Sébastien Gauthier, qui a déjà monté La corde au cou de Fanny Britt, manipule ses mots avec aisance. «Elle insuffle une certaine féminité dans la violence de McDonagh. Parce qu’on finit par s’attacher à ces deux tatas profondément seuls. À travers une parole cinglante, Fanny a traduit leur humanité», conclut-il. 


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