Volontiers qualifiée de reine du flamenco, la Sévillane María Pagés revient brûler les planches avec Autorretrato, un autoportrait brossé en compagnie de six musiciens et huit danseurs. Un must.

Née en 1963 dans le quartier gitan de Séville, María Pagés s’est spontanément tournée vers le flamenco pour traduire son amour de la danse. Et si on la reconnaît aujourd’hui pour l’extraordinaire expressivité de ses bras, c’est parce qu’elle en travaille le mouvement depuis toujours. «Quand j’étais enfant et qu’on me demandait de danser, mon premier réflexe était de bouger les bras. C’était mon mode d’expression naturel. Je ne sais pas pourquoi; peut-être parce qu’ils sont plus près du cœur que les pieds, explique-t-elle en riant. Ils se prolongent dans les mains jusqu’à la pointe des doigts, ils font bouger les épaules, le dos et pratiquement tout le corps, et ils sont plus longs qu’on ne le pense car leur mouvement part du centre du corps. C’est comme ça que je le sens.»

L’idée que le flamenco peut faciliter le dialogue entre les êtres, les cultures et les arts est une autre caractéristique de celle qui dansa notamment dans les compagnies d’Antonio Gades, de Mario Maya et dans trois films de Carlos Saura. C’est ainsi qu’elle a créé un solo pour un spectacle des Irlandais de Riverdance, choisi des musiques parfois très éclectiques pour les œuvres qu’elle crée depuis 1990 au sein de sa compagnie et que, juste après la création d’Autorretrato, elle a signé un solo pour un danseur de l’American Ballet Theatre, collaboré avec le chanteur Placido Domingo et créé un duo avec le chorégraphe contemporain Sidi Larbi Cherkaoui.

Dans l’œuvre présentée par Danse Danse, la musique est 100% flamenca. Le dialogue interculturel se joue plus dans le choix des costumes et, surtout, de textes d’auteurs de la péninsule ibérique qui se mêlent aux chants traditionnels et à des écrits de Pagés. «Pour moi, le chant est une façon de danser la poésie, alors je me suis laissé influencer et enrichir par des poèmes qui portent ce message de partage et de paix que je veux transmettre, ou par des poètes que j’admire ou dont je me sens proche comme Lorca, auquel je suis toujours identifiée, précise-t-elle. Il y a aussi un chant traditionnel de Ben Sahl, poète du 12e siècle, que je trouve nécessaire de transmettre parce qu’il était né juif et écrivait en arabe.»

Créé en 2008 à la suite d’une commande de Mikhaïl Barychnikov, qui souhaitait une œuvre intimiste, cet autoportrait est marqué par l’idée des transformations nécessaires à l’évolution de tout individu. Les six danseurs qui partagent la scène avec la chorégraphe peuvent camper des personnages de sa vie ou représenter divers aspects de sa personnalité. Dans un cas comme dans l’autre, leur individualité est mise de l’avant. C’est la règle dans les chorégraphies de Pagés, qui a atteint avec cette œuvre une nouvelle maturité.

«Autorretrato a marqué un virage dans ma vie à tous les niveaux, confie-t-elle. Il y a un avant et un après. J’y ai mis quelque chose que j’avais besoin de sortir et qui m’a aidée à me diriger vers de nouveaux choix professionnels. Et je suis heureuse de venir au Canada avec cette œuvre, parce qu’elle est fondamentale pour comprendre ce qu’a été mon travail jusque-là.»

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