Pour créer Empreintes, Geneviève L. Blais a puisé dans les mots de l’écrivaine Annie Ernaux et d’une cinquantaine de femmes qui ont vécu une interruption volontaire de grossesse et qui se sont racontées, la plupart pour la première fois.

L’année 2013 marque le 25e anniversaire de la décriminalisation de l’avortement au Québec après des années de luttes dont il reste peu de souvenirs dans l’imaginaire collectif. C’est devant ce constat que Geneviève L. Blais, directrice du Théâtre à corps perdus, a mis en chantier un docufiction sur l’IVG. Dans son élan, elle laisse vite tomber les enjeux juridiques et politiques au profit de la femme et des secousses provoquées par l’événement.

Une annonce publiée dans les médias provoquera une cinquantaine de rencontres avec de parfaites inconnues qui se livreront à elle sans détour. «Mon point de départ, c’était la grossesse non désirée. Comment se vit-elle dans le corps? Quelles sont les sensations, les images? Les femmes qui subissent un avortement restent dans l’abstraction, elles ne se rendent pas au visible, au tangible. Elles m’ont partagé ce qu’elles ont vécu en rapport à l’événement, mais aussi d’une multitude de sujets: leur couple, la maternité… Il y a un contraste déroutant entre l’intervention médicale relativement simple et courte et les résonances qu’elle peut engendrer chez certaines.»

De ces entretiens, Geneviève L. Blais construit sept personnages, sept «corps paysage» dont elle entrecroise les récits dans un collage scénique rythmé par le mouvement. «Parmi elles, une chorégraphe m’a raconté son avortement en tournée à Mexico. Elle avait une compréhension du corps absolument fascinante. Comme créatrice, elle était sensible à y trouver un peu de poésie. Il n’y a étonnamment pas beaucoup de fictions, d’images ou de poésie sur l’avortement auxquelles ces femmes peuvent se raccrocher», note-t-elle.

Des extraits des romans Expulsion de Luis de Miranda et Hélène Delmotte et L’événement d’Annie Ernaux s’imposent à la metteure en scène en cours de route. Dans ce dernier, l’écrivaine française raconte son avortement clandestin à Rouen en 1964. À son récit se superposent les préoccupations actuelles des autres personnages, comme cette adolescente qui se demande comment réagira sa mère. «C’est d’une dureté incroyable de voir à quel point les femmes étaient stigmatisées et méprisées. Annie Ernaux écrit: "Je ne savais pas si j’avais été au bout de l’horreur ou de la beauté". On sent que ce point d’intersection a été important pour elle, qu’il l’a forgé», explique la metteure en scène qui a confié le rôle d’Annie Ernaux à Paule Baillargeon.

À l’aide d’un aquarium, de pierres et d’une sculpture de Jean Brillant, Geneviève L. Blais a aussi voulu développer un lieu d’évocation et de dialogue avec la matière. Un regard introspectif qu’elle veut surtout dénué de jugements ou de tabous. «Au Japon, les femmes qui ont vécu un avortement pratiquent un rituel appelé mizuko: elles achètent une petite statuette à la mémoire de leur enfant, pour s’aider à mieux vivre cet épisode, à ne pas enfouir la douleur. Peut-être qu’à travers un spectacle, peut-on partager et apporter un peu de lumière à toutes ces femmes?», espère Geneviève L. Blais.

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