La langue de bois des médias

27 juillet 2007 22h00 · Steve Proulx

On parle souvent de la langue de bois en politique. Vous savez, quand les politiciens nous sortent des phrases creuses, qui peuvent vouloir dire n'importe quoi et son contraire?

La langue de bois, ça existe aussi de l'autre côté de l'arène. Dans les médias.

Avez-vous vu la nouvelle pub pour promouvoir le retour de Jean-Luc Mongrain au Grand Journal? On entend "ses propos qui ont de l'impact". La publicité est censée nous prouver que Mongrain n'a pas peur de ses opinions et qu'il ne laisse personne indifférent.

Bref, ces fameux propos, ils se lisent comme suit (c'est Jean-Luc qui parle):

On a le poil ben ben court et la mèche ben courte.
Si on n'est pas content des règles qui régissent notre société, que l'on force les élus à faire des lois qui nous conviennent.

Hein? C'est pas beau? Voici une phrase qui ressemble à une opinion pertinente, à un point de vue éclairé sur une situation donnée. Mais une phrase qui, lorsqu'on s'y attarde un peu, veut dire à peu près n'importe quoi et son contraire.

Dépendamment quel "on" écoute, cette phrase pourrait signifier: "Exercer son droit de vote" ou encore "Débarquer à l'Assemblée nationale avec un gun…" Vraiment, on peut y lire ce qu'on y veut.

C'est de la langue de bois médiatique. Une opinion vague, un discours flou qui donne préséance à la forme et non au fond…

Il serait bien que les gérants d'estrade qui se plaignent de la langue de bois des politiciens regardent dans leur propre cour de temps en temps…

Partagez cette page

Classé dans :  Non classé
+ sur le même sujet : 

L'opinion émise dans ce billet n'engage que son auteur et ne représente pas nécessairement celle du journal Voir.

+ Ajouter le vôtre Commentaires 7

  • 28 juillet 2007 · 09h28 Sébastien Lavoie

    >La publicité est censée nous prouver que Mongrain n’a pas
    >peur de ses opinions et qu’il ne laisse personne
    >indifférent.

    Steve Proulx m’a tout l’air d’une personne qui n’est pas rester indifférente aux propos de Mongrain.

    TQS 1 Steve Proulx 0

  • 28 juillet 2007 · 15h46 Serge Bédard

    Ce qui est surtout idiot dans les propos de Jean-Luc Mongrain, c’est de sous-entendre qu’il existe une unanimité quant aux règles qui devraient régir notre société et aux lois qui conviennent. En fait, les politiciens se font toujours critiquer lorsqu’ils prennent une décision, qu’importe laquelle. Ils ne peuvent que choisir qui les critiqueront et qui seront contents (mais qui souvent ne le diront même pas).

  • 29 juillet 2007 · 09h27 Marie-Claude Belzile

    … qu’ils utilisent «la langue de bois»! Ils sont payés pour le faire et s’ils ne sont pas directement payés pour le faire, ils le font parce que cela sera payant et évidemment plus «sûr» pour eux…
    Ils sont consentants à agir ainsi, et ne doivent souvent même pas croire en ce qu’ils disent d’opinions à ravir tout le monde et son opposé… C’est un jeu auquel ils se prêtent, et ils rentrent chez eux le soir en s’en foutant joyeusement… car ils sont assez intelligents ou assez idiots pour s’en rendre compte ou s’y faire comme d’une routine…

    C’est plat, mais c’est ça… On paye, on écoute, on parle de, on débat de… gens qui n’en valent pas la peine.

  • 29 juillet 2007 · 21h21 Robert St-Amour

    La lecture de ce texte me fait réaliser qu’il semble y avoir des phrases ou des discours qui ne veulent rien dire pour plaire à tous et d’autres qui peuvent être pris dans tous les sens, et cela avec le même objectif. Un politicien veut le vote de tous et toutes, tandis qu’un grand manitou de l’Information ( avec un i majuscule) veut l’audience du plus grand nombre. En ce qui concerne la forme versus le fond, y a-t-il quelque chose de nouveau sous le soleil. La langue de bois peut avoir plusieurs essences.

  • 1 août 2007 · 00h30 Steve Boudrias

    Basé sur un site* qui offre gracieusement un générateur de discours inspiré de la langue de bois, je me permet de citer les trois catégorie de réactions possibles à ce dialecte fleuri répertoriée par son concepteur:

    « Première catégorie : vous ne comprenez rien aux discours langue de bois et pensez que ceux-ci sont d’un niveau intellectuel trop élevé, démontrant ainsi l’incroyable aptitude de celui qui les prononce (ce sur quoi jouent la plupart des politiques).

    Deuxième catégorie : vous disséquez les discours langue de bois et votre égo pseudo-intello-élitiste vous permet d’en extraire le sens profond, ce qui procure en vous un sentiment de supériorité et d’appartenance à une caste spirituelle hors du commun (ce sur quoi jouent aussi un certain nombre de politique.

    Troisième catégorie : vous lisez attentivement les discours langue de bois et vous comprenez qu’il s’agit de généralités qui peuvent avoir un sens pour celui qui se donne la peine d’en trouver un mais qui, en réalité, n’ont aucun intérêt si ne n’est celui d’embrouiller votre esprit et de vous donner l’illusion d’entendre ce que vous voulez entendre (ce que redoutent la plupart des politiques). »

    Remarquez, monsieur Proulx, que la dernière catégorie convient à merveille à votre observation et qu’elle devrait être le fer de lance d’une bonne chronique, critique ou couverture journalistique de la politique ou de n’importe quel autre phénomène de société.

    D’ailleurs, le souci de voir au-delà du mensonge endimanché, incorporé ou institutionnalisé, n’est-il pas le but précis recherché par tout bon journaliste?

    D’autre part, est-ce que les chroniqueurs politiques ne se comportent-ils pas de plus en plus comme ces membres de la pseudo-intello-élitite décrite dans la seconde catégorie?

    Et nous, qui sommes très souvent de la première catégorie de récepteur, n’utilisons-nous pas aussi cette langue de bois afin « d’offrir nos services » et nous faire embaucher?

    * http://g.langue.de.bois.free.fr

  • 2 août 2007 · 05h41 Yann Fourn

    Bonjour,
    Ca me fait penser au slogan : « On vous dit les vraies affaires ». Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Que les autres « journalistes » mentent ? Mais qui sont ils alors ? C’est bien beau de se poser en chevalier blanc, mais dans ce cas, qui sont les chevaliers noirs ? Ne serait-ce pas le devoir de celui qui prétend « dire les vraies affaires » de les dénoncer en place publique ?
    A voir aussi toute la pantomime que nous jouent tous ces grands faiseurs d’opinions. On se croirait au théatre. Ca s’agite, ça se renverse dans son fauteuil en écartant les bras, en rentrant le menton dans la poitrine et en fronçant les sourcils (que Jean-Luc Montgrain a très épais, comme chacun sait, ce qui en accentue l’effet dramatique). C’est une parfaite imitation du « beauf’ », du « gros épais », ou si vous préférez de l’homme de la rue, du pilier de comptoir qui a une opinion aussi abrupte que définitive sur absolument tout, et qui plus est, la partage. En fait, on appelle celà « brasser de l’air » ou en langage de prétoire « des effets de manche ».
    Moins l’analyse est profonde, plus on se la joue.

  • 2 août 2007 · 08h10 Steve Proulx

    Yann, et que dire de ce célèbre animateur de radio qui « pose les vraies questions ».

    C’est dire que les autres posent de fausses questions? Et qu’est-ce qu’une fausse question au juste?

Ajouter un commentaire

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

À propos RSS

  • Steve Proulx
    Je suis auteur, chroniqueur et journaliste indépendant depuis 2000. Depuis 2004, je signe la chronique « Médias » dans l’hebdomadaire Voir. J'ai publié quatre ouvrages: -Boycott en 2003 (Les Intouchables) -Les saisons du parc Belmont en 2005 (Libre Expression) -L’opération Passe-Partout en 2007 (Trécarré). -S'amuser au masculin en 2008 (Les Intouchables) -La série de romans Le Cratère Cet automne, je fais aussi chroniqueur-reporter à l'émission La vie en vert (à Télé-Québec, les mercredis 19h).

Catégories