L’imposture de la jeune femme et de l’homme noir

8 décembre 2009 17h52 · Philippe Couture

Dans L'Imposture, Justine (Sophie Cadieux) se fait une idée
préfabriquée des gangs de rue et sa rencontre avec un jeune homme noir (Erwin Weche) se
produit à un moment de confusion dans son identité de jeune femme. Elle ne sait
plus que faire de sa féminité après que sa mère l'ait bombardée de ses idées
féministes, et encourage d'une certaine façon le préjugé de son entourage
envers les gangs de rue .

 «On m'avait prévenue, dans leur campagne de prévention, de
cette soumission que les Noirs exigeraient de moi. Ça me convenait parfaitement
parce que j'avais envie de les servir. Mes cours d'histoire m'apprenaient que
je les avais indirectement offensés, alors moi je voulais obtenir leur pardon. [...]
On me prévenait que les Noirs feraient de moi leur propriété. L'idée me
ravissait. Je ne voulais justement plus m'appartenir. Ça me rendait trop
inconfortable, ma propre appartenance, je ne savais pas quoi en faire.»

Il y a certes là une petite provocation de la part de l'auteure
Evelyne de la Chenelière, mais il n'en demeure pas moins qu'elle a ici le courage d'aborder la réalité complexe des gangs de rue, sous l'angle insolite de la
présence féminine à l'intérieur de ce monde très masculin.

Qu'en pensez-vous ? Les paroles de Justine vous choquent-elles ?
Ne sont-elles pas le triste reflet de préjugés bien enracinés et d'une grande
méconnaissance de la réalité ? N'y-voyez-vous que provocation ?

 

Crédit photo: Yves Renaud

 

 

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  • 14 décembre 2009 · 11h48 Jean-Serge Baribeau

    En prenant connaissance des propos de Justine, j’ai pensé à au moins quatre «éléments».

    Tout d’abord, le sempiternel «triomphe» de LA CORRECTITUDE POLITIQUE ET IDÉOLOGIQUE (le politiquement correct).

    Ensuite, j’ai pensé au film de Lina Wertmuller VERS UN DESTIN INSOLITE SUR LES FLOTS BLEUS DE L’ÉTÉ, film réalisé en 1974, film dont le titre anglais est SWEPT AWAY, film qui a connu un «remake» avec Madonna (en 2003).

    J’ai aussi pensé au SANGLOT DE L’HOMME BLANC.

    J’ai aussi pensé à LA CONCURRENCE DES VICTIMES.

    Tout d’abord LA CORRECTITUDE POLITIQUE. Justine a vis-à-vis des Noirs (pardon: des Africains Américains) une culpabilité d’occidentale qui l’amène à tout accepter de la part d’un représentant d’une «race» bafouée et écrasée. Elle est même prête à se laisser asservir (à son tour). Elle est même prête à oublier qu’en tant que femme elle appartient, selon les canons de notre époque, à un «groupe» opprimé. Et la correctitude politique exige que l’on respecte les femmes et que l’on prenne en compte leur oppression millénaire. Justine choisit entre deux correctitudes, entre deux «conformismes».

    En 1974 la cinéaste italienne Lina Wertmuller réalisait un film très controversé: VERS UN DESTIN INSOLITE SUR LES FLOTS BLEUS DE L’ÉTÉ. Le film raconte l’histoire d’un naufrage au terme duquel deux personnages se retrouvent «unis» sur la même île. Il y a d’abord le personnage de la femme, une grande bourgeoise gâtée et inconsciente. Il y a aussi le personnage masculin: un «pauvre» matelot communiste, habitué à obéir (avec une certaine réticence) lorsque les puissants de ce monde le réclament. Au début la relation entre les personnages fait en sorte que c’est l’aspect «lutte des classes» qui l’emporte. C’est la bourgeoise qui décide. Mais peu à peu c’est la relation entre les sexes qui commence à prendre de l’importance. C’est donc «le mâle» qui finit par dominer «la femelle». Je ne raconterai pas la suite de ce film passionnant.

    Les propos de Justine reflètent très bien LE SANGLOT DE L’HOMME BLANC. En effet dans le sillage d’un retour sur l’histoire et dans le sillage de la correctitude politique, il est de bon ton, pour les Blancs occidentaux, d’alimenter une culpabilité qui, à la longue, peut devenir toxique et débilitante.

    Aussi, dans notre société «victimisante» (les victimes sont légion), il y a la concurrence des victimes. En l’occurrence, l’oppression des Noirs semble l’emporter sur l’oppression des femmes.

    Ce sont là quelques remarques, vite lancées et pas trop stupides (je me permets de l’espérer).

    Ce qui est certain, c’est que L’IMPOSTURE est omniprésente dans cette histoire qui met en interaction Justine et un jeune homme noir!

    JSB

  • 25 janvier 2010 · 11h58 Catherine Carrier

    Très bon commentaire ci haut! Seulement je dois y aller avec un ajout du type plus sociologique et un autre de type psychologique. Pour le premier; nous vivons au Québec en 2010 et donc quelqu’un qui voudrait réparer les erreurs du passé en se laissant vivre elle-même dans une situation d’oppression passé, est une situation tiré par les cheveux! Si cela aurait eu lieu dans les années 50, cela aurait été plus réaliste, puisque les deux personnages auraient pu vivre réellement ce drame; la recherche de la position féminine vs celle du noir dans une société occidental.

    Pour le psychologique; je tends vers le thème du choix plutôt que celui de la position entre la femme et l’homme ou de celle entre le féministe et l’oppression des noirs qui a eu lieu historiquement. C’est-à-dire que si quelqu’un, une femme à l’occurrence dans cette pièce, juge que sa position et sa vie sera meilleur en position de soumission, c’est que son identité est indéfinie et est flou. Elle a perdu ses repères. Que se soit par son éducation ou son milieu social. Il y a de très bons articles dans la revue Psychologie du mois de janvier 2010 sur le thème du choix. Les choix que les gens font sont devenus flous, moins personnels, moins tranchés, car les possibilités de nos vies sont devenus immenses. Pareillement pour le jeune homme de gangs de rues. Oui ces personnages décident selon l’influence de leur entourage, mais aussi ils sont certainement informés des ressources sociales qui s’offrent à eux aujourd’hui. Ils sont aussi informés des répercussions de leurs gestes. Donc s’ils font le choix d’entrer dans cette vie, ils pourraient aussi faire le choix d’en sortir.

    Donc suite a la possibilité du choix offert en notre ère contemporaine, je décroche du discours de victimisation utilisé dans cette pièce. Je note bien sûr que les thèmes du préjugé et celui de la recherche de son identité sont importants dans cette fiction ce qui est très contemporains, et ma fois, il est essentiel d’en parler en ce moment. Et même si je crois que cette pièce est poussée à la limite, si l’on veut qu’un message passe, je crois qu’il est nécessaire de repousser les limites!

    CC

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