L’organisme Architectes de l’urgence Canada a entrepris d’améliorer les conditions de vie pitoyables de la communauté algonquine, au nord de la réserve faunique de La Vérendrye. Du solide pour le "peuple invisible".

Pauvres parmi les pauvres, les Algonquins de Kitcisakik, un village de 500 personnes en Abitibi, ne reçoivent aucune aide gouvernementale pour avoir toujours refusé de se voir parqués dans une réserve. S’ils ont finalement accepté en 2007 l’idée de leur future "relocalisation", ils continuent de vivre dans des conditions précaires. Ayant établi un squat sur des terrains d’Hydro-Québec, ils s’entassent dans des baraques en bois sur pilotis, souvent à aire ouverte, mal ventilées, mal isolées, où l’on respire les émanations de COV des murs en panneaux de particules et la fumée de poêles à bois vétustes.

Outre la pollution de l’air, les maisons ne bénéficient pas d’eau courante et le transport de l’eau se fait dans des conditions d’insalubrité qui déclenchent parfois des épidémies. Sensibilisé à cette question par le documentaire de Richard Desjardins sur le "peuple invisible", Guillaume Lévesque a vendu un projet d’intervention à Bernard McNamara, président d’Architectes de l’urgence Canada. "On avait là une réelle situation d’urgence, car outre le fait qu’il est inacceptable que des gens vivent ainsi aujourd’hui, les enfants sont régulièrement hospitalisés à cause de la pollution et de la contamination de l’eau", s’exclame ce jeune architecte, ancien président de l’Association des stagiaires en architecture et aujourd’hui au conseil d’administration d’Architectes de l’urgence.

PLAN D’URGENCE

Aidé de sept autres architectes juniors, Guillaume Lévesque monte à partir de 2008 un plan d’amélioration des conditions de vie de la communauté de Kitcisakik. "Notre priorité était de préserver la santé des enfants, les moins de 18 ans représentant 50 % de la population", explique-t-il. Le plan prévoit d’équiper chaque maison d’une petite citerne pour l’eau potable et la douche, ainsi que d’assainir le transport de l’eau. Pour améliorer la qualité de l’air, on prévoit d’ajouter des fenêtres (il n’y en a souvent qu’une), de changer les vieux poêles à bois, de peindre les murs pour éviter les émanations de COV…

Il est aussi prévu à terme de remplacer progressivement les génératrices par les énergies solaire et éolienne. On veut créer un deuxième bloc sanitaire pour soulager la capacité des huit douches et quatre W.-C. existants (il n’y a pas d’égouts). L’école doit également être agrandie pour accueillir les enfants jusqu’en sixième année. Mais, pour le moment, on veut parer au plus pressé. Car les ressources sont maigres. "Tant que la communauté ne sera pas relocalisée, les différents paliers de gouvernement refuseront toute aide. En outre, leurs préjugés négatifs à l’égard des autochtones rendent les Québécois plutôt avares de dons", souligne Guillaume Lévesque.

ARCHITECTES DE L’URGENCE CANADA

Outre sa portée économique, sociale et morale, ce plan d’intervention est symbolique puisqu’il représente le premier projet d’Architectes de l’urgence Canada. C’est en novembre 2007 que s’est constitué ce volet américain d’un réseau international d’architectes bénévoles qui est né en France, à la suite des inondations qui ont dévasté le Nord de ce pays en 2001, et qui intervient lors des cataclysmes (cyclones des Caraïbes en 2004, bombardements au Liban en 2006, tsunami indonésien en 2004, tremblements de terre au Pakistan en 2005 et au Pérou en 2007…). Paradoxalement, au Canada, il n’est toujours pas reconnu officiellement par le gouvernement fédéral comme organisme de charité.

L’impossibilité actuelle d’émettre des reçus d’impôt rend la recherche de financement du projet d’Architectes de l’urgence Canada encore plus difficile. Pour le moment, seule la fondation ontarienne Frontiers a fait un don substantiel de 40 000 $. Certaines compagnies forestières donnent du bois et le Canadian National a offert des services de transport. Par ailleurs, les architectes bénévoles ont prévu de former les autochtones aux techniques de base de la construction en bois, afin d’utiliser la main-d’oeuvre locale. Malgré tout, régler le problème de l’eau coûterait 60 000 $ et assainir les espaces habitables, au minimum 15 000 $ par maison. Autant dire que l’un des plus grands défis pour l’année en cours sera de convaincre d’autres généreux donateurs potentiels de l’urgence de la situation…

www.architectes-urgence.ca

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