À l’occasion du 25e anniversaire du journal, Voir la vie a rencontré quatre personnalités qui témoignent d’un quart de siècle de mode, de sport et d’alimentation.

Marie Saint Pierre: en quête perpétuelle

Marie Saint Pierre: en quête perpétuelle


Photo : Daniel Desmarais

En 1986, Marie Saint Pierreobtient son diplôme au Collège LaSalle et crée des manteaux dans son premier atelier, un local loué au rez-de-chaussée d’Habitat 67 où elle habite. Rapidement, elle se prendra un plus grand atelier et embauchera deux employés pour forger sa griffe. Déjà, la Marie Saint Pierre des débuts fait preuve d’une grande maturité, boude le tape-à-l’oeil pour privilégier les lignes épurées, les looks intemporels. « J’ai eu une enfance riche en rencontres avec des artistes. Ça donne une perspective différente sur la vie: on est moins blasé, plus à la recherche de quelque chose. Et cette chose, on ne la trouve jamais », relate celle qui côtoyait notamment Jean Paul Riopelle, bon ami de son père.

Marie Saint Pierre fréquentait les boîtes de nuit du boulevard Saint-Laurent, où tout semblait possible. « Je sortais presque tous les soirs pour aller danser, sentir, prendre le pouls parmi une faune qui sentait que les choses étaient sur le point de changer. Ma génération avait envie de se mettre en position d’acteur, pas seulement d’observateur. On montait sur les boîtes de son, puis on montrait notre style. »

Peu de créateurs de mode avaient alors pignon sur rue à Montréal. « Il y avait Georges Lévesque et Chantal Gagnon, qui m’ont beaucoup inspirée à me lancer à mon tour. » Pour la créatrice, le point tournant de l’industrie s’est joué dans les médias. « La mode passe en mode vidéo, en mode télé avec les Fashion Television, mais aussi Perfectoà MusiquePlus qui a fait basculer beaucoup de choses. Les critiques de mode ont aussi contribué à l’évolution de l’industrie. »

Un quart de siècle plus tard, Marie Saint Pierre compte parmi les designers les plus renommés du Canada avec ses collections raffinées et indémodables. Récemment, elle lançait deux parfums, B et C, à partir d’essences de première qualité. Toujours à la recherche d’une démocratisation de la mode au Québec, la dessinatrice lançait dernièrement un blogue, Carnets de Marie, pour ouvrir les portes de son antre (www.blog.mariesaintpierre.com).(M. Proulx)

Daniel Pinard: la bouffe politique

Photo : Éric Myre

Avec ses différentes émissions de télévision, de radio et ses livres, Daniel Pinardest certainement l’une des figures marquantes de la cuisine québécoise. Un succès qui l’étonne encore aujourd’hui. « C’est arrivé par hasard. Je voulais parler de politique et la bouffe était un prétexte. Mais mes auditrices ne s’intéressaient qu’aux recettes et non à mes commentaires », se souvient l’homme en parlant de ses débuts.

En décalage par rapport à ce qui lui était demandé, il a voulu éduquer à l’alimentation plutôt que de faire des listes d’épicerie. « J’enseignais des trucs qui pouvaient paraître ridicules, comme la conservation des pommes de terre, explique-t-il. Mais ça a marché. C’était un prêche de liberté par rapport aux recettes. Dès que les gens comprennent pourquoi, ils peuvent faire comme ils veulent et non suivre bêtement des indications. »

Selon lui, sa vision de l’alimentation a bouleversé les habitudes des Québécois. « Ce que j’ai fait était radicalement nouveau. C’était de la sociologie alimentaire. » Il s’est aussi intéressé à l’innovation dans les campagnes et a fait la rencontre de Roméo Bouchard et autres « révolutionnaires » agricoles, qui l’ont profondément marqué.

Au début des années 2000, ses émissions défendent le terroir et les gens qui le font vivre. « J’étais le premier à parler des produits québécois à la télé. Ça a aidé les producteurs », note-t-il. Content d’avoir mené sa lutte contre la malbouffe, il est tout de même déçu que plus personne n’aborde l’agriculture locale de manière politique, culturelle et « gastronomique », comme lui l’a fait. (G. Reyt)

Nathalie Lambert: le plaisir de bouger

Photo : Olivier Hanigan

Il y a 25 ans, Nathalie Lambertfaisait partie de l’équipe canadienne de patinage de vitesse sur courte piste et terminait à temps partiel un baccalauréat en éducation physique. Les années précédant ses quatre médailles olympiques évoquent tout ce temps libre à fréquenter restos, terrasses et boîtes de nuit. Une athlète professionnelle avec un horaire léger? « Puisque c’est un sport d’hiver, j’avais du temps l’été pour profiter du beau temps et de la ville. Rien qui se compare à ma vie actuelle avec le travail, deux enfants, les chroniques, une multitude de projets en cours », constate la directrice des communications du Club sportif MAA, qui agit comme spécialiste de la mise en forme sur plusieurs tribunes.

Témoin de première ligne, Nathalie Lambert constate que beaucoup de choses ont changé depuis ses années de compétition. « L’aérobie et les steps à la Jane Fonda étaient populaires… Pour l’entraînement, la mentalité était « no pain, no gain« , il fallait suer à grosses gouttes pour avoir des bénéfices. On blessait beaucoup de monde à l’époque. La science du sport a depuis énormément évolué. Aujourd’hui, on constate qu’il faut développer la masse musculaire en plus du cardio, que la souplesse est une composante importante du vieillir en santé, etc. »

Le milieu s’est aussi ouvert sur le monde, observe l’athlète qui a notamment importé l’Antigravity Yoga à son club. « Il y a 25 ans, 10% de la population fréquentait les centres sportifs. Aujourd’hui, c’est le même pourcentage, mais on ajoute un 2 à 3% de personnes qui vont utiliser les services connexes des clubs. » Pour l’adepte de l’entraînement en suspension, l’accès à l’information constitue un moment charnière dans le rapport des gens à l’entraînement. « Avec les médias sociaux, on se réunit, on s’organise, on se rassemble. » (M.P.)

Rollande Desbois: observatrice culinaire

Photo : Dominic Gauthier

Elle a vécu les années de gloire de la nouvelle cuisine, l’arrivée du foie gras dans nos assiettes et la fermeture de nombreux restaurants mythiques. Avec le temps, Rollande Desboisest devenue un véritable témoin, au regard pas toujours complaisant, de l’évolution de la scène culinaire québécoise. « La nouvelle cuisine est arrivée avec dix ans de retard au Québec. Au début des années 80, on n’était pas à la page. C’est la même chose aujourd’hui avec Ferran Adrià, on en parle avec du retard », assure la femme qui a enseigné la nouvelle cuisine à l’Institut d’hôtellerie.

Selon elle, dans les années 80, deux chefs innovaient. « Jacques Robert du Tournant de la rivière à Carignan et Serge Bruyère à Québec. Il fallait réserver des semaines à l’avance pour avoir une table. Sinon, les bons restaurants étaient des établissements français classiques, comme Les Halles », se souvient la dame très influencée par la France. Elle estime toutefois que le public était beaucoup plus réceptif qu’aujourd’hui. « L’atmosphère était très stimulante par rapport à la gastronomie. Il y avait beaucoup de cours de cuisine. Les gens embarquaient. Une quarantaine de clubs gastronomiques existaient. Aujourd’hui, ils ont presque tous disparu. »

Ensuite, il y a eu la cuisine californienne, tout en hauteur, et après, l’explosion des influences internationales. « Montréal est très ouverte sur l’extérieur. Les chefs voyagent. Ils essaient plus de choses, note-t-elle en soulignant la perte de technique chez beaucoup d’entre eux. Ils tournent les coins ronds. Maintenant, ils disent qu’on peut tout faire en cuisine. » (G. Reyt)

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