On dit que certains choisissent un métier comme on entre en religion, avec passion et dévouement. Eh bien, trois hommes ont pris cette expression au pied de la lettre en fondant une brasserie au cœur d’un ancien couvent. Amen!

Comment? De l’alcool dans un couvent, en dehors du sang du Christ de la messe? Cette question, beaucoup de personnes se la sont posée lorsqu’elles ont appris qu’une brasserie allait installer ses pénates dans un local appartenant auparavant aux Sœurs grises, un ordre catholique qui a symbolisé pendant des siècles les bonnes œuvres montréalaises. Mais si l’on s’intéresse à la petite histoire de ce même ordre, le choix d’un tel emplacement coule de source. Un des trois copropriétaires de l’établissement, Alain Brousseau, nous la raconte: «Au 17e siècle, Marguerite d’Youville, une femme issue de la noblesse, était mariée à un marchand, François, qui avait fait fortune grâce au commerce illicite d’alcool avec les Premières Nations, une activité bien sûr condamnée par le clergé. À la mort de son mari, Marguerite a créé, avec des amies, une sorte de petite auberge fréquentée par une majorité de clients pauvres. Toutefois, ces femmes étaient mal vues, car on se demandait ce qu’elles faisaient avec leurs clients, surtout masculins, et si l’alcool de feu François était encore d’actualité. Si bien qu’on les surnommait “les sœurs grises”, du verbe ”griser“, qui était lié à la consommation d’alcool.»

De bonnes bières… et une bonne table

L’héritage des Sœurs grises est toujours présent dans la brasserie, notamment dans le design. Mais ne nous y trompons pas. Si le cadre de l’endroit est charmeur, c’est pour le plaisir du palais et de la panse qu’on y vient. Et là encore, les propriétaires de la maison, Alain Brousseau, Benoît Charbonneau et Pierre Goulet, n’ont pas fait les choses à moitié. «On trouvait que les microbrasseries existantes étaient artisanales à tous points de vue. Alors, nous avons voulu donner plus de noblesse à ce concept et faire en sorte qu’on vienne ici boire de bonnes bières, mais aussi manger de la bonne bouffe.» Exit, donc, les assiettes de nachos, et bienvenue, petits plats maison! Des spécialités? La viande et le gibier. Fumés, braisés, crus, ils sont mitonnés à toutes les sauces. On retrouve ainsi sur la carte du bourguignon de bison, des tartares coupés au couteau, du porc effiloché. Quelques assiettes de poisson, aussi, comme cet inspirant emporte-pièce de truite fumée du Québec. Le menu évolue au fil des saisons, tout en gardant son caractère comfort food, y compris pour les desserts. Parce qu’attention, il se cache aussi ici un chef pâtissier qui livre des desserts réconfortants, comme un brownie aux lardons de sanglier à tomber par terre.

Mais que serait un bon plat, salé ou sucré, sans une bonne bière? Certes, on trouve une carte des vins aux Sœurs grises, mais il faut savoir qu’un brasseur travaille ici et réalise depuis des mois cinq bières typées et originales, telle que la Camelia, une blanche au thé sencha. Et petite exclusivité du Voir, il semblerait que la production se fera officiellement dans les murs de l’établissement d’ici quelques jours. Une raison de plus pour déguster ce que les Sœurs ont de moins catholique à offrir.

Les Sœurs grises

32, rue McGill, Montréal

514 788-7635

bblsg.com

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