Dans la pente de la rue Saint-Denis, au sud de la rue Sherbrooke, on a tout vu défiler en quelques années: des restos branchés, des bouis-bouis ethniques, des clubs-lounges, des steak house, et j’en passe. Mais tous ces restos ont ceci en commun: ils visent les touristes, ces clients temporaires à qui l’on peut imposer des prix élevés et une cuisine mal ficelée.

L’un des derniers venus, un certain Petit Latin, propose la cuisine méridionale française, selon sa propre définition de la chose. L’intérieur est assez chaleureux. Tout s’organise autour d’une grande cheminée qui promet une ambiance un peu chalet de ski. On trouve du bois, quelques poutres et un long bar; un décor un peu suranné assez typique des restaurants du coin, en somme. Sans ruiner l’ambiance de vieille maison victorienne, les patrons ont su habilement transformer ce qui était autrefois le décor banal et mal utilisé d’un resto-bar bulgare et lui donner un air de table campagnarde. Mais ils ne m’ont pas enthousiasmé avec une cuisine mal maîtrisée que l’on prétend être à l’enseigne de la Méditerranée.

Commandez la salade de fromage de chèvre (en petit format à 7 $), et vous obtenez quatre croûtons d’un pain archisec sur lesquels on a tartiné un peu de chèvre à peu près sans goût – les clients trouvent le goût d’un vrai chèvre trop «prononcé», nous dit-on. Je réponds: proposez un autre type de fromage; si vous faites méridional, faites-le donc comme il se doit! Les croûtons susmentionnés sont déposés sur un mélange de laitues vertes bien fraîches, mais nappées d’une vinaigrette constituée d’une huile qui n’a aucun goût et qui, si elle est d’olive, n’en mérite certainement pas le nom.

Les pétoncles marinés au citron et à l’huile d’olive sont plutôt noyés dans le citron – on annonce pourtant de la lime -, et n’en espérez aucune délicatesse. Pour ce qui est de l’habituelle saveur iodée, elle a été complètement annihilée par l’acide du citron. La même laitue et la même vinaigrette accompagnent les pétoncles. Le voyage dans le Sud commence bien mal…
En plat, la nage de poisson est heureusement assez réussie, bien que trop épaisse. Un mélange de poisson blanc poché, de moules et de crevettes présenté dans une épaisse purée, mi-soupe, mi-pot-au-feu, s’accompagne de croûtons (d’un pain également rassis), d’une bonne rouille, et de fromage râpé. On nous annonce que la bouillabaisse peut être préparée si on la commande à l’avance, mais je ne me risquerais pas.

Si le chef avait l’intention de nous impressionner avec le confit de canard, je le condamnerais plutôt à passer six mois dans le Languedoc afin qu’il apprenne ce que ce glorieux plat peut devenir sous la baguette d’un habitué. La peau sur la cuisse est desséchée et, si la chair reste fondante, elle n’a aucun parfum et a été manifestement trop cuite. On dispose six légumes pour garnir ce confit, certains cuits à l’ail, d’autres bouillis, alors que des pommes sautées auraient été plus authentiques. En dessert, on nous offre un gâteau aux abricots déjà fatigué, fait d’une pâte lourde et indigeste. Mais où est-elle donc, cette cuisine de soleil promise? Un tel repas fait plutôt venir la pluie. Et l’orage!

Est-ce une hallucination? Pourtant la cuisine méridionale française est un carnaval d’idées simples, dont les règles de base sont à peu près immuables: fraîcheur absolue des produits, ail, huile d’olive extra-vierge, herbes, et surtout une bonne technique. Heureusement, le service est irréprochable. Mais l’addition reste beaucoup trop élevée pour une cuisine approximative qui a des prétentions de
finesse. Ne vous fiez pas à l’enseigne, ce Petit Latin a du chemin à faire pour nous convaincre qu’il l’est vraiment. On ne s’improvise pas restaurateur; il faut faire ses classes. Résumé: ce resto est pour ceux qui ont les yeux dans les yeux et pas dans l’assiette. Comptez 80 $ pour deux repas avec les taxes, le service, et deux verres d’un excellent Corbières.

Au Petit Latin
2112, rue Saint-Denis
284-7466

Café So
Il y a de ces endroits où je me sens bien tout de suite, comme au Café So. Y sont peut-être pour quelque chose le décor, l’emplacement, la clientèle et, finalement, la cuisine de ce nouvel établissement – assez simple dans l’ensemble mais soignée et goûteuse. Installé sur l’avenue du Mont-Royal (repoussant toujours plus à l’est la frontière des endroits branchés, pas une si mauvaise chose pour le coin), l’endroit évoque les années soixante par un décor cool à l’esthétique très «Place des Arts». Les proprios possèdent
également le Saloon Café, un hang-out célèbre du Village. Mais le Café So est tout ce que le Saloon n’est pas: le décor est étudié, original, et évite les clichés du genre gros cow-boy à la recherche d’un (plus gros) Indien. La clientèle s’intéresse à elle-même et pas forcément à ses voisins (ou aux serveurs), et, ce qui est plus étonnant, la cuisine est bonne, et surtout digeste. Au menu: des soupes froides adaptées à la canicule (dont une très bonne au melon et au gingembre), des sandwichs au poulet grillé, des desserts au chocolat (du Kilo) frais et décadents, de la bière et des jus de fruits colorés et pleins d’esprit. Le service, quant à lui, ne vous prend pas de haut, et l’addition est mesurée; il n’en faut pas plus pour nous donner l’envie de revenir. Une quinzaine de dollars par personne pour un repas copieux, taxes, service et libations inclus.

Café So
1302, avenue du Mont-Royal Est
590-0076

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