La formule du resto à thème est redoutable d’efficacité. Mettez tous vos héros américains dans une seule pièce – Rambo, Luke Skywalker, Mel, Schwarzenegger et Leonardo -; joignez-y costumes et accessoires; construisez un décor en carton-pâte censé évoquer le Moyen-Age ou la pyramide de Khéops; installez des télés partout qui diffusent des extraits de films d’action; faites parader des hôtesses d’âge prépubère équipées de micros; installez une boutique à t-shirts; doublez tout ça de rock à fond la caisse, et vous avez l’ambiance générale – sur trois étages, s’il vous plaît! Un peu plus et on vous vend les bobettes de Brad Pitt! Le Planet Hollywood, c’est un microcosme de la civilisation-télé. Impossible d’y échapper quand on met les pieds ici, aussi bien dans les toilettes que dans le bar. L’endroit ne dérougit pas depuis son ouverture, et cela, même si d’autres Planet ont récemment fait paniquer les investisseurs. Et même si on dit que les clients se lassent après trois mois.

Ça commence par une longue file d’attente – parfois jusqu’à quarante-cinq minutes – contre laquelle on vous munit d’un «vibrateur» qui s’allume et qui tremble lorsque votre table est prête. Ça vous laisse le temps de vous demander ce qu’on peut bien offrir de vaguement intéressant dans un endroit au décor aussi grotesque.

Au delà du mauvais goût et de l’ambiance infantile, je m’attendais à trouver la nourriture abominable. Or, la «bouffe» n’est pas lamentable; elle est inoffensive et d’une affligeante banalité. En d’autres mots, ce Planet prône la neutralisation totale du goût; on ne vient pas ici pour manger, c’est certain. On vient pour «triper», je ne sais pas, moi. En tout cas, ce n’est pas pour la salade César au poulet grillé servie avec une mayo industrielle, des croûtons énormes qui épongent toute la sauce et un fromage à râper insipide. Ni même pour le hamburger, présenté dans un pain à la mie cotonneuse, constitué d’une demi-livre de viande à peine salée recouverte d’une mayo vaguement colorée de ketchup et de cornichons sans saveur. Le tout est accompagné de frites auxquelles on a laissé un peu de peau, et sur lesquelles on a saupoudré une substance censée évoquer le cajun food, mais qui me fait plutôt penser à du détergent; ce qui me prouve une fois pour toutes que la frontière entre ce qui se mange et ce qui sert à récurer les planchers s’est une fois de plus atténuée dans le monde du fast-food. Le thé glacé n’est qu’un petit verre de poudre industrielle allongée d’eau et l’Indecent Proposal – une sorte de margarita – goûte le Pine Sol, selon mon ami. Le gâteau au fromage doublé d’un tiramisù est une véritable usine à calories dont le prix équivaut son poids en dollars!

Ce Planet Hollywood, au fond, c’est une vulgaire entreprise commerciale qui ne mérite aucune attention supplémentaire sinon de voir un décor qui a coûté des millions et qui est moche comme un pou! La cuisine est d’une déconcertante fadeur, mais le service est gentil, avec des sourires gagas grands comme ça, mais à quoi bon? Le drame, cependant, c’est qu’à notre époque de fla-fla, même la médiocrité a un prix: les hamburgers se vendent 10 $, et la poutine, 7 $ (une poutine, merde!). Après tout, le Planet Hollywood n’est qu’un fast-food américain, aussi commun et grossier que les autres, rien de plus! Mais la facture qui s’élève à 50 $ pour deux, avec les taxes et le service (mais sans alcool), n’a rien de banal, elle.

Planet Hollywood – Place Montréal Trust
1500, avenue McGill College
844-1998

Hard Rock Café
Je ne pensais pas survivre à un autre resto à thème dans une même semaine. Mais je suis allé voir ce que le Hard Rock Café pouvait faire pour me remonter le moral. Le HRC est plus vieux – il a vingt ans – et m’était déjà plus sympathique – je préfère les Rolling Stones au gros Arnold. Mais côté cuisine, ce n’est pas possible. Elle est tout aussi maussade, faite de produits industriels, servie dans une ambiance encore plus frénétique: essayer d’avaler cette cuisine en écoutant Born in the USA a de quoi la rendre encore plus indigeste. Vite, les earplugs!

Au menu, le Pig sandwich, une prétendue spécialité «délicate» du sud des USA, s’apparente à un tas de viande morose, sans garniture et sans assaisonnements, sur un pain insipide et mou. Fait de porc déchiqueté, nappé d’un filet de sauce noire et sucrée, on l’accompagne de frites à peu près correctes. Mais ça n’a strictement rien à voir avec les délicieux BBQ sandwiches que l’on trouve sur le bord des routes en Caroline du Sud, et dont le porc est cuit sous la cendre. La tarte aux pommes est faite maison, écrit-on. Eh bien! la pâte semi-feuilletée peut-être, mais les pommes en boîte, j’en doute. Idem pour une limonade au parfum de poudre à récurer. Bien que l’idée singulière de dédier un resto à l’histoire du rock’n'roll soit bonne, on aurait dû faire de cet endroit un «musée», comme ça, on aurait pu admirer les vieilles guitares et les artefacts sans se ruiner l’estomac et l’ouïe. Ou se ruiner tout court: 22 $ par personne, taxes et service inclus, c’est payer bien cher cette maigre pitance.

Hard Rock Café
1458, rue Crescent
987-2990

Amuse-gueule
J’ai appris que 50 % du bouf élevé sur la planète est consommé par les Américains et que de celui-ci, 95 % est transformé en hamburgers; pas surprenant qu’ils en fassent leur plat national. Les Américains mangent en moyenne, tenez-vous bien, un hamburger par jour, leur vie durant! C’est pas beau, ça?

Je mentionnais, la semaine dernière, que les patrons du Café So étaient également propriétaires du Saloon Café, dans le Village. Or, il n’en est rien; le Café So a été ouvert par d’anciens empl0yés du Saloon. Mille excuses.

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