Restos / Bars

Le Saint-Amour : La grande séduction

S’attabler au Saint-Amour, c’est accepter de se laisser enjôler, de subir une opération charme intensive et renouvelée à chaque service. C’est attendre impatiemment le moment où on succombera aux promesses d’une assiette, avant de s’abandonner au plaisir, les yeux mi-clos.

Le Saint-Amour est né la même année que moi. C’est dire si je ne l’ai pas connu dans son jeune temps. Il m’a fait de l’oeil sur le tard, alors que nous avions tous deux la vingtaine déclinante. Depuis, nous nous sommes surtout fréquentés en plein jour, le midi pour être exacte, contraintes budgétaires obligent. Mais ce soir, place au grand jeu!

La présence de David, mon amoureux officiel, ne me gêne nullement, pas plus que celle de mes parents, chaperons inoffensifs qui me laisseront jouir à ma guise des délices que Jean-Luc Boulay et sa brigade auront concoctés avec passion. La dominante de rouge du jardin d’intérieur au plafond de verre, où nous sommes installés, contribue à titiller mon désir, malgré l’éclectisme de la déco baroque-rococo qui me déstabilise.

Mon premier tête-à-tête a lieu avec une crevette géante bien tendre, cuite sous vide et trônant au coeur d’une divine soupe froide de fenouil un brin sucrée, qui change des accompagnements habituels du crustacé. De délicieux "fingers" frits de polenta au citron et un râpé de fenouil complètent ce succulent tableau.

Même envoûtement chez David, qui se délecte d’une tomate farcie au chèvre servie sur un crumble au basilic, et chez mes parents, qui font sa fête à un excellent tartare d’escolar (ou escolier, en français) bien citronné.

Le coup de foudre viendra cependant juste après, sous forme de crème de cèpes de Bordeaux. Un potage peut-il réellement donner envie de se rouler par terre? Je vous jure que si. Le goût de champignon vous explose en bouche comme mille petits obus de bonheur, l’émincé de canard fumé qui se mêle à l’affaire vous amène près de l’extase, vous ne savez plus si le potage est velouté ou soyeux tellement il glisse parfaitement sur votre langue. Puis, le sabayon à l’huile de truffe qui chapeaute le tout vous achève en une cuillerée. Vraiment, un chef-d’oeuvre.

Je me remets de mes émotions en prenant une gorgée du bordeaux Côtes-de-Francs de culture agrobiologique (Château Le Puy 2005) que le serveur a sélectionné parmi la monumentale carte des vins, qui compte des grands crus autant que des propositions plus abordables mais rigoureusement choisies. Il goûte un peu trop l’alcool, mais il se déliera joliment après une vingtaine de minutes pour s’harmoniser avec mon carré d’agneau tout rose au fondant de Fleur des monts, un fromage québécois de brebis transformé ici en croûte dorée. L’accord est parfait avec la sauce faite de sucs de cuisson et de tomate. Déçue de constater qu’un boulgour aux légumes a remplacé la ratatouille à la feta promise dans le menu, je me console avec les topinambours cuits à point.

Je permets à ma fourchette d’aller voir ailleurs, en l’occurrence dans l’assiette de David, qui contient des tranches d’escolar "juste raidi" aux fines épices déposées sur une excellente poêlée de gourganes aux chanterelles baignant dans un jus de viande corsé au porto, qui rehausse étonnamment le goût du poisson plutôt que de le masquer.

Conquise et repue, je ne déclare cependant pas forfait avant le dessert. Je folâtre un moment avec quelques-unes des bouchées de chocolat grand cru Valrhona de David, dont le surprenant rocher effervescent (aux bonbons Poppers), qui pétille au palais et me ramène en enfance. Puis, je me laisse ensorceler par "L’oasis", un tataki d’ananas flambé au rhum en croûte de noix servi avec sandwich glacé à la noix de coco et un caramel épicé pour lequel je vendrais presque ma mère, qui ne se doute de rien, occupée qu’elle est à savourer sa crème brûlée. Est-ce le baba au rhum et pulpe de passion qui me fait tourner la tête? Tout ce que je sais, c’est que j’aimerais que le Saint-Amour et moi, ça devienne steady… David, un ménage à trois, ça te dit?

EMBALLANT /
Des produits de qualité superbement mis en valeur, des assaisonnements sans reproche, des présentations magnifiques, une carte des vins magistrale, un service très attentionné mais pas coincé.

DÉCEVANT /
Le vin rouge un peu trop froid, les fautes de français dans le menu.

COMBIEN? /
Pour trois services, pour deux personnes, 140 $ le soir, 45 $ le midi (excluant boissons, taxes et pourboire).

QUAND? /
De 11h30 à 14h du lundi au vendredi et de 18h à 22h tous les jours.

OÙ? /
Le Saint-Amour
48, rue Sainte-Ursule
418 694-0667
saint-amour.com