L’exotisme n’est pas tout. Il faut aussi que la cuisine se laisse porter par ses parfums et sa fraîcheur. Attention, Carthage, aux pièges insidieux des raccourcis: la saveur doit rester vraie même si elle prétend venir de loin.

Cet endroit est un monde oublié de la rue Saint-Jean, avec ses coussins et ses tables basses, ses grinçantes rampes en bois, ses tableaux orientaux et ses théières en argent usé.

Comme chaque fois, j’oublie d’enlever mes chaussures avant de monter sur le tapis où je pourrai déposer mon postérieur de Tunisien amateur. Rien ne semble avoir changé et la carte, peu onéreuse, demeure la même: couscous, tajines de poulet, hummus, feuilles de vigne farcies, kefta de boeuf aux fines herbes et au fromage, côtelettes d’agneau, assiette shish taouk, baklava. La carte est sobre et ne se noie pas dans une mer de propositions. On se rend au Carthage, après tout, pour un exotisme vite assimilé au réconfort des classiques.

Julie a apporté un Redwood Creek, un cabernet sauvignon californien qui sera notre compagnon de la soirée; une sorte de tradition datant de nos premières aventures. Enrobant et fumeux sur la langue, il nous rappelle avec la puissance de ses arômes de cerise noire les chaudes soirées d’été au chalet et nos débuts avec la cuisine de cette région nord-africaine.

C’est au début du repas, malgré la chaleureuse entrée en matière de notre serveuse, que l’expérience se gâte. D’abord, le panier de pain ne date pas d’hier. Et puis je n’arrive pas à comprendre l’excès de saveur mentholée et de paprika de l’hummus de Julie, ni la mollesse gorgée de fleur d’oranger de sa salade de carottes. Peut-être un manque d’attention ou de gestion en cuisine, car je ne me souviens pas d’avoir été déçu à mes dernières visites. Mon brik au thon, un roulé de pâte fine frite farci d’un mélange de thon crémeux, manque de l’assaisonnement le plus essentiel qui soit: la fraîcheur. La farce a triste mine et le goût d’huile de poisson occulte tout le reste.

Vient ensuite un couscous aux saucisses merguez au bouillon savoureux et aux effluves de légumes bouillis. Le couscous est juste assez ferme sous la dent et je vois bien, à la binette que m’offre Julie, que le réconfort est au rendez-vous. Mon tajine de poulet aux pruneaux et aux olives est fidèle à lui-même, délicieux et goûteux, mais manque de citron confit et de "vrai" poulet. Je m’explique: le tajine est une méthode de braisage lent qui convient aux parties les moins nobles du poulet, comme la cuisse (ou dans le cas de l’agneau, le cou et l’épaule). Or, je trouve dans mon assiette des cubes parfaits de poitrine désossée, ce qui lui extrait quelques marques de typicité (si l’on écarte aussi le fait que le mets n’est pas présenté dans le plat traditionnel en terre cuite qui a donné son nom au plat berbère).

Nos estomacs nous refusant la pâte feuilletée aux pistaches et au miel dont je raffole, nous sirotons un thé au goût commercial, sans infusion aux vraies feuilles de menthe.

Le Carthage que j’ai connu semblait moins fatigué. Il doit reprendre la place qui lui est due, en tant que fidèle porte-parole d’une fine cuisine tunisienne de produits frais. L’exotisme des lieux, déjà parfait, s’occupera du reste.

Emballant /
L’ambiance des week-ends, animée par une danseuse du ventre traditionnelle.

Décevant /
Le manque de fraîcheur des aliments.

Combien? /
Pour trois services, pour deux personnes, 40$ le soir, 20$ le midi (excluant boissons, taxes et pourboire).

Quand? /
Du mardi au vendredi, de 11h à 23h. Samedi et dimanche de 17h à 23h. Fermé le lundi.

Où? /
Restaurant Carthage
399, rue Saint-Jean
Québec
418 529-0576

Souvenirs infidèles Critique par Voir - . Cote: 2

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