5000 ans d’enfants rois

21 avril 2012 11h04 · Fabien Loszach

La belle vie, étudiants gâtés, génération d’enfants rois, etc. On aura très vite fait d’expliquer la grogne étudiante par un changement radical d’attitude entre les générations. Alors que nos anciens étaient des êtres profondément laborieux et respectueux de l’éthique du travail, les nouvelles générations seraient fainéantes,  paresseuses et penseraient que tout leur est du, d’où leur exigence en matière de gratuité scolaire. Le gouvernement ne s’y est pas trompé, il a tenté par tous les moyens d’opposer les étudiants aux travailleurs, les profiteurs, aux payeurs de taxes.

Quand, on  met ce genre de commentaires en perspective, on comprend vite que cette idée témoigne moins d’un fait empiriquement vérifiable que d’un ressort quasi intemporel du conflit générationnel. Et cela dure depuis 5000 ans. Oui, 5000 ans que les nouvelles générations sont plus paresseuse que les précédentes, c’est dire comme ils devaient travailler dur au début (en fait pas vraiment comme nous l’explique cette vidéo là.)

Alors voici quelques commentaires de nos antiques prédécesseurs sur le sujet :

 

« C’est la décadence, les enfants n’obéissent plus, le langage s’abîme, les mœurs s’avachissent. Puisse venir le jour où l’humanité coupable finira, où les enfants ne naîtront plus, où tout bruit cessera sur la terre, où il n’y aura plus à lutter contre toutes les nuisances. »
Ipuwer de Gizeh. Sage de l’Égypte pharaonique, 3000 ans avant l’ère chrétienne. Cité par Polybe, historien grec vivant vers 200-120 ans avant Jésus.-Christ.

 

« La jeunesse d’aujourd’hui est pourrie jusqu’aux tréfonds, mauvaise, irréligieuse et paresseuse. Elle ne sera jamais comme la jeunesse du passé et sera incapable de préserver notre civilisation. »
Trouvé sur une tablette d’argile babylonienne dont l’âge est estimé à plus de 3000 ans

 

« Ils manqueront d’égards et de respect pour leurs parents, sitôt qu’ils vieilliront et durement, sans redouter la justice divine, ils les accableront des plus cruels reproches au lieu de prendre soin de leur vieillesse. Je n’ai plus aucun espoir en l’avenir de notre pays si les jeunes d’aujourd’hui doivent être les dirigeants de demain, car ils sont insupportables, inconscients voire effrayants. Si l’avenir de notre peuple est entre les mains de la jeunesse frivole d’aujourd’hui, il y a de quoi désespérer. Cette jeunesse se conduit avec une suffisance vraiment intolérable. Elle croit avoir la science infuse. Quand moi j’étais jeune, on nous apprenait les bonnes manières et le respect que l’on doit à ses parents. Mais la nouvelle génération n’a de cesse de contester et elle veut avoir raison. Il est un fait certain que les jeunes sont d’une extrême insouciance. »
Lu dans Les travaux et les jours d’Hésiode’ de Thèbes, un poète grec ayant vécu au milieu du Vllle siècle av. J.C.

 

« Les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe, méprisent l’autorité et bavardent au lieu de travailler. Ils ne se lèvent plus lorsqu’un adulte pénètre dans la pièce où ils se trouvent. Ils contredisent leurs parents, plastronnent en société, se hâtent à table d’engloutir les desserts, croisent les jambes et tyrannisent leurs maîtres. Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans. »
Socrate, 470-399 av. J.C.

 

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque les jeunes méprisent les lois, parce qu’ils ne reconnaissent plus, au-dessus d’eux, l’autorité de rien et de personne, alors, c’est là, en toute beauté et toute jeunesse, le début de la tyrannie. »
Platon, vers 427 – 348/347 av. J.C.

 

« Les jeunes d’aujourd’hui aiment le confort, l’argent et la paresse par-dessus le marché. Ils ne veulent plus se marier ou, s’ils sont mariés, élever une famille. C’est tout au plus s’ils consentent à avoir un ou deux enfants, afin de mieux savourer le moment présent. »
Polybe, vers 200-120 av. J.C.

 

 

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 8

  • 21 avril 2012 · 13h41 yves graton

    magnifique exposé. merci

  • 21 avril 2012 · 15h25 Jean R Tremblay

    Ca fait un bout(~30 ans) que je traine sur moi une carte plastifiee des mots de Socrate.Il me fait toujour plaisir de la sortir quand un type m’enarve avec des commentaires negatifs sur la jeunesse.

    • 25 avril 2012 · 17h22 Marie-Noëlle

      Merci de l’idée! Je vais faire pareil car c’est temps-ci je ne suis PLUS capable d’entendre les pires imbécilités sur les jeunes…. Plus ça change plus c’est pareil!!!

  • 23 avril 2012 · 09h41 Jean-Serge Baribeau

    Eh oui! Vous avez raison!

    JSB

  • 23 avril 2012 · 10h18 P. Lagassé

    Enfin quelqu’un qui a une perspective historique. Ça fait du bien de ne pas être seul.

  • 23 avril 2012 · 16h21 Marie Pier

    Merci de profiter de la vitrine que vous avez – et que je n’ai pas – pour partager ce que je me tue à expliquer depuis fort longtemps à pôpa-môman, mononcle-matante, pépère-mémère: vous étiez, vous aussi, tous autant que vous êtes, de furieux délinquants juvéniles aux yeux de vos aînés. C’est inscrit dans la ligne du temps: l’homme a (toujours) eu peur de ses enfants.

  • 23 avril 2012 · 20h45 Almeida

    Le pire c’est que je me sens comme ces gens là.

  • 25 avril 2012 · 00h13 Incognito

    Très bon constat historique. Je crois, par contre, qu’en obtenant de la maturité les jeunes sortent (en bonne partie, du moins) de cette forme de « tyrannie »‘ à l’égard des plus vieux, de leurs tuteurs maintes fois répété dans cet article. En fait, tout ça me fait penser à ce dont ma professeure de littérature à parler en classe aujourd’hui. Sont discours portait sur la « haine » des vieilles générations en regard des plus jeunes. Pour faire court, le discours parlait principalement de la possible jalousie envers des générations qui gagnent toujours plus de liberté et de flexibilité dans leurs environnement sociale et politique.

    Après tout, ceux qui se plaignent du laisser allez de la jeunesse ont eu même été cette jeunesse un peu trop libre que les générations précédentes ayant finalement sortie de cette « phase », si vous me permettez de l’appeler ainsi, critiquaient.

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    Journaliste, concepteur interactif, sociologue de l’imaginaire de formation, omnivore culturel. Les samedis à La Sphère à la Première chaine de Radio Canada pour mes chroniques Mythologies des internets.

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