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Véronique Grenier et The Picture of Dorian Gray: ma quête vers 500

2 mai 2015 · Livres · Joseph Elfassi
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Véronique Grenier et <i>The Picture of Dorian Gray</i>: ma quête vers 500

Le sublime. C’est mon idéal. Dans mes rêves mégalomanes les plus fous, j’espère un jour l’atteindre. En attendant je le rencontre parfois dans mon aventure littéraire. Et je l’ai rencontré, infatigable et délectable, dans The Picture of Dorian Gray, d’Oscar Wilde. Un conseil littéraire de Véronique Grenier, blogueuse, professeure de philosophie et créatrice du blogue Les p’tits pis moé. Ça m’a frappé de plein fouet assez tôt, tandis que l’auteur installait immédiatement la scène et l’ambiance du livre: Basil Hallward est un peintre talentueux mais naïf et romantique. Il servira de moteur de l’histoire plutôt que de personnage réellement important. Il discute avec son ami Lord Henry Wotton, un bourgeois cynique qui s’avère être un de mes personnages préférés en littérature. Il rentre dans le panthéon avec Chenault dans Rhum Diaries de Hunter S Thompson, Barney dans Barney’s Version de Mordecai Richler et, inévitablement, Atticus Finch dans le classique To Kill a Mockingbird (qui connaîtra une suite, d’ailleurs!). Chaque citation de Wotton est empreinte d’une sagesse tellement cynique et individualiste qu’elle se contredit légèrement. Mais il discute avec cette rare grâce et cet indéniable charisme qui fait de lui [...]

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Prévert et Normand Baillargeon: ma quête vers 500

26 avril 2015 · Divers · Joseph Elfassi
Prévert et Normand Baillargeon: ma quête vers 500

À ce stade-ci je constate des bienfaits prévisibles mais étonnement imprévus à ce petit projet personnel: mon cerveau ne dicte pas nécessairement la prochaine lecture. Les conseils des personnes qui veulent bien y participer sont motivés par différents intérêts, différentes sensibilités. Donc j’ai commencé avec un roman historique rigoureux et méticuleusement récité. Je suis ensuite tombé sur une fable intemporelle. Pour plonger dans le journal intime d’un misérable bourgeois. Et dans ma quête vers les 500 livres lus, Normand Baillargeon m’a dirigé vers une poésie lucide et militante, amoureuse et charnelle, et surtout, tendre: Paroles, de Prévert. J’étais déjà marqué par une des phrases de Prévert, sans le savoir. Ça m’a pris un certain temps avant de comprendre l’écart culturel entre personnes ayant été élevées dans différentes religions. J’avais des acquis culturels que j’imaginais universels, mais ils ne l’étaient évidemment pas. Et certaines traditions chrétiennes m’étaient inconnues. En ce sens, j’avais entendu l’adaptation de Pater Noster de Prévert par Serge Reggiani avant de connaître les paroles originales de la prière. Dans ma tête, « Notre père qui êtes aux cieux », c’est toujours suivi de « restez-y », qui restera [...]

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Chantal Guy, Fritz Zorn et Mars: ma quête vers 500

18 avril 2015 · Livres · Joseph Elfassi
Chantal Guy, Fritz Zorn et Mars: ma quête vers 500

La journaliste Chantal Guy me justifie son conseil littéraire dans le cadre de ma quête vers les 500 livres lus: « J’aime bien proposer aussi aux jeunes hommes (!) Mars de Fritz Zorn. C’est un livre peu connu, mais il a changé ma vie, à un niveau plus personnel. Ce récit d’un jeune bourgeois en colère contre son milieu, convaincu que c’est ce milieu qui est la cause de son cancer, est un intense appel à vivre. » Si certaines œuvres peuvent marquer de par une qualité esthétique indéniable, d’autres, de qualités égales ou même inférieures, peuvent marquer encore davantage, grâce à une sorte d’harmonie spirituelle entre l’émetteur et le récepteur. C’est un peu l’image que je me fais de Dany Laferrière – le lecteur, pas l’écrivain – qui répond à Borges dans son bain, et qui explique que la littérature est un dialogue décousu entre des morts et des vivants. Mars m’a atteint à un niveau très personnel, au-delà même de ce que pouvait accomplir Philip Roth avec ses nombreux romans qui illustrent les tabous et les complexes des familles juives modernes. Pour Roth, comme pour Jerry Seinfeld, ou Woody Allen, [...]

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Islamophobie au Québec: contexte et dangers

20 mars 2015 · Société · Joseph Elfassi
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Islamophobie au Québec: contexte et dangers

L’ironie des traités pacifiques et des constats d’égalités universelles célébrés en grande pompe par les puissances occidentales ou autres empires dans le passé, c’est qu’elles ont toujours été hypocrites et unilatérales. Hypocrites en ce sens que les valeurs promues par les instigateurs de la paix, de la justice et des droits de l’hommes, étaient plus souvent qu’autrement des voeux pieux, ou des regards déformés et valorisants de soi. Ces sociétés décrites dans les déclarations universelles et dans les constitutions n’ont jamais vraiment existé, elles étaient plutôt les promesses vides d’élites puissantes qui se tapaient sur le dos en se félicitant pour leurs valeurs affichées. Valeurs universelles? Et c’était évidemment unilatéral. Tandis qu’on prône ici l’égalité des sexes, ou des genres, ou des confessions religieuses, ou des affiliations politiques, en pretextant des valeurs universelles, on exclut systématiquement et consciemment toutes ces sociétés, nombreuses, fortes, puissantes, vieilles, pour qui ces principes d’égalité ou de respect ou de tolérance ne sont clairement pas inscrits dans la fibre morale de la conscience collective ou dans les priorités nationales des élites politiques. [...]

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Pour une éthique du spoiler

15 mars 2015 · Cinéma · Joseph Elfassi
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Pour une éthique du <i>spoiler</i>

Nous avions loué The Sixth Sense et, en pleine séance de cinéma familial, mon frère affirme, candidement: « Ah ça c’est le film ou Bruce Willis est mort tout le long? ». Malgré ses justifications, comme quoi nombre d’indices permettaient d’en venir à cette conclusion, l’expérience de Shaylaman, poussé à l’époque par la machine hollywoodienne comme étant la sensation cinématographique de l’heure, était gâchée pour moi. Aujourd’hui, on se demande si on a le droit de spoiler House of Cards. Visiter Tumblr, les jours suivant la diffusion d’un nouvel épisode du sanglant Game of Thrones, il est parfois facile de deviner quel personnage ne fera plus son apparition dans la série adaptée de George R. R. Martin. Bref, le code éthique qui suit ne s’applique pas nécessairement au web, parce que, avouons-le, bin, les gens sont des pas fins. Mais en personne, en conversation mondaine, comment faire pour éviter les pièges du spoiler? La cinéma et la télévision restent des sujets de discussion artistiques fascinants. Là ou la littérature est souvent plus exclusive (les lectures communes dans un groupe se faisant plus rares), et ou la musique est surtout [...]

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Kim Thúy, L’accordeur de silences et ma quête vers 500

15 mars 2015 · Livres · Joseph Elfassi
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Kim Thúy, L’accordeur de silences et ma quête vers 500

  J’avais peur. Le livre recommandé par Marc Beaupré dans ma quête vers les 500 livres était particulièrement sublime. Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar, se présente comme une longue intrigue socio-politique, historique et personnelle, aussi merveilleusement documentée que racontée. Je craignais que le prochain livre sur ma liste, L’accordeur de silences, de Mia Couto, conseillé par l’auteure Kim Thúy, ne me laisse sur ma faim, ne pâlisse en comparaison à ce chef d’oeuvre épique de Yourcenar. Quand j’ai demandé un conseil littéraire à Kim Thúy, elle a failli me conseiller un livre de Duras : L’amant. “Je ne me donne plus le droit de retourner à L’amant parce que je retomberais nécessairement dans les influences trop marquantes de Duras”, m’a-t-elle expliqué. “ Mais je retourne lire Mia Couto souvent sans craindre ce piège puisque je suis plus solide aujourd’hui. Je n’ai pas peur de ressembler à Couto.” Si Duras coule dans le sang de Kim Thúy, comme elle me le dit, Couto est une idole littéraire pour elle. Bref, on s’éloigne, de justesse, de Duras, pour se rapprocher de [...]

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Deux lenteurs qui s’opposent.

10 mars 2015 · Humeur, Société · Joseph Elfassi
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Il y a une opposition directe entre deux discours, qui a pu être résumée cette semaine d’un coté par les propos anti-intellectuels et anti-Greenpeace plutôt primitifs du maire du Saguenay, Jean Tremblay, héros viral du webqc, et de l’autre par l’intervention de la brillante Naomi Klein à l’émission Tout le monde en parle. Tandis que l’un nous somme d’arrêter d’écouter les intellectuels et de laisser la gestion de l’environnement et des ressources naturelles et des emplois à nos gouvernements élus, l’autre appelait à un soulèvement populaire cherchant à stopper la crise climatique causée, visiblement, par notre sur-consommation. Ça me frappe, et c’est possiblement évident, mais ces philosophies, celle d’un néo-libéralisme à l’heure de l’austérité et celle d’un environnementalisme à l’heure du non-retour, ce sont deux appels au ralentissement. Nos élites politiques, un peu partout en Occident et ailleurs, nous avertissent de la lenteur à venir. Nous sommes incités à accepter les ralentissements qui nous sont imposés. Moins de services sociaux, moins de régulations, moins d’accessibilités à des programmes visant à aider la société. La société, nous disent-ils, ne peut pas aider la société. Elle doit aider le gouvernement et l’entreprise. Elle doit aider au redressement. Les sacrifices de [...]

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La délation au nom de la loi et de l’ordre – en sommes-nous rendus là?

10 mars 2015 · Divers · Joseph Elfassi
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La délation au nom de la loi et de l’ordre – en sommes-nous rendus là?

Pour certaines personnes, les limites établies par la loi sont fondamentalement justes. Ou, si elles ne sont pas fondamentalement justes, elles sont le dénominateur moral commun auquel nous devrions tous nous soumettre. La loi, cette série de textes écrits dans le passé, actualisée de temps en temps, renforcée ici et là (mais pas toujours) suffit. Cette force abstraite, reliée à l’État, distingue non pas le bien du mal mais le légal de l’illégal, le permis et l’interdit. C’est au nom de cette loi qu’on va, par exemple, se sentir tout à fait dans nos droits, voire dans nos devoirs journalistiques, de relayer une non-nouvelle à propos de l’exhbitionnisme de Joël Legendre, ou de son vandalisme public: sous prétexte qu’il n’a pas le droit d’uriner à un tel endroit, on révèlera en fait qu’il a des comportements déviants, immoraux, marginaux, douteux, différents. L’horreur, quoi. Évidemment, ce n’est pas nécessairement le journalisme, la soif de vérité ou le besoin de délation qui stimule ce genre de nouvelles. En fait, Joël Legendre devient ici la victime de la science des clics: l’accumulation jouissive de mots clés à caractère potentiellement viral fait d’une histoire un must: qu’elle soit sensationnelle, partielle, fausse, qu’elle soit futile [...]

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Marc Beaupré, Yourcenar et Pierre Foglia: ma quête vers 500.

28 février 2015 · Divers, Livres, Société · Joseph Elfassi
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Marc Beaupré, Yourcenar et Pierre Foglia: ma quête vers 500.

J’ai versé une larme, littéralement, en lisant cette dernière chronique officielle de Pierre Foglia. Il y a de ces hasards. Malgré les quelques dérives notables d’un chroniqueur hors-pair (et quand je dis « dérive » je veux dire le maintien d’une distance considérable entre ses principes et les miens), Foglia reste évidemment une référence littéraire et journalistique pour moi. Imbécile ignare à l’université, je le lisais avec une certaine vénération, contemplant de loin le métier de chroniqueur, quelque chose qui se méritait après des dures années de travail journalistique pur, selon mes profs pertinents d’un programme qui l’était plus ou moins. La vie fait de ces hasards. Il y a quelques mois, j’ai demandé à dix personnalités médiatiques ou littéraires locales de me recommander un livre chacun, et ce, dans le cadre d’une quête bien personnelle. Je compte tous les livres que je lis. J’ai la liste. Et en m’approchant de 500, je voulais que les dix derniers soient relayés sur ce blogue, avant la publication pompeuse et inutile de ma liste, sorte de montage photoshop de tous mes selfies au gym, mais version intello, mettons. J’ai reçu des réponses, [...]

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Je radote. Je vieillis, c’est pour ça.

23 février 2015 · Humeur · Joseph Elfassi
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Les lieux de transition sont habités par une douce ironie. Les stations de métros, comme les terminus d’autobus ou bien les aéroports, représentent parfaitement la notion même du mouvement, de la route vers l’Autre (ou le travail, pour le premier), bref, d’un déplacement qui brise la sédentarité de ses utilisateurs occasionnels ou récurrents. Cette ironie se perçoit rapidement pour quiconque manque un train, reste longtemps à attendre un compagnon tardif, ou se voit obliger de passer des heures de terminal à terminal dans la froideur sécuritaire des aéroports modernes: c’est la redondance. Dans le rythme effréné de notre échappatoire individuel, on fait exprès de croiser un minimum de regards. Les quelques informations qu’on croise sont pratiques (le chemin vers notre destination brouillant le reste), commerciales (pub sur pub sur pub) ou personnelles (quelques graffitis peu emballants ici et là), mais en général, on est habité par une force unidirectionnelle qui cherche le moyen le plus certain et rapide vers notre destination. Mais c’est quand on reste, qu’on la perçoit, cette ironie: ces symboles de la route, du changement et du déplacement sont des petits enfers redondants, chacune de ses expressions sonores ou visuelles le rappel tranquille et fataliste d’une redondante [...]

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