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26 septembre 2014 · Humeur · Joseph Elfassi

Le concept même de la voiture m’a toujours frappé. Plus que mon seul corps, c’est ma peur qui embarque à coup sur au coté passager, tandis que nous nous promenons tous dans ces véhicules. Ce qui me frappe, dans la voiture, c’est la condition nécessaire à son utilisation optimale: un contact minime, sinon absolument inexistant, avec tout élément extérieur à la voiture. C’est peut-être issu de là, ma maladresse légendaire avec les autres. Légendaire. J’exagère. Mais bien réelle. Qu’est-ce que ça dit sur nous quand un des objets les plus convoités de notre époque, qui représente quasiment à lui seul le progrès et l’accomplissement en Amérique du Nord, vit sereinement uniquement lorsqu’il est en dehors de tout contact avec les autres? Que dire de quartiers et de villes apparus pendant les périodes fastes d’une société désormais en déclin qui laissent des immenses espaces aux voitures, mais si peu aux simples piétons? Existons-nous mieux en parallèle? J’ai toujours vu Montréal comme des solitudes parallèles, qui co-existent, une toile éternellement renouvelée de rencontres nocturnes et passagères: des petits accidents de voiture, certains qu’on regarde pendant des années en contemplant l’horreur du contact, d’autres qui nous laissent des petites égratignures, qu’on ne veut [...]

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Quelques réflexions inutiles sur la mort au cinéma

7 septembre 2014 · Cinéma, Humeur · Joseph Elfassi
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Quelques réflexions inutiles sur la mort au cinéma

Contrairement à l’auditeur préalablement informé, le chef de la sécurité de l’hôtel de Las Vegas est absolument inconscient de sa mort imminente, tandis qu’il parle à un assassin en quête de sang prétendant être un agent du FBI. Cette scène de Smokin’ Aces est d’une terrifiante ironie. Devant l’imposteur mortel, le chef de la sécurité (interprété par Matthew Fox, aka Jack dans Lost) explique tout ce qu’il faut pour que ce mercenaire se rende à sa cible, allant même jusqu’à raconter l’étendue de sa surveillance de l’hôtel, grâce à ces caméras qui lui permettent de tout voir, en tout temps. Tout, sauf la mort, devant ses yeux. Il est tristement trop tard lorsqu’il commence à se rendre compte que tout ne tourne pas rond, puisque Acosta (Nestor Carbonell) le poignarde chirurgicalement, plongeant immédiatement sa victime dans un état de semi-conscience éclairée; conscient de sa mort imminente, mais comme empoisonné par un venin paralysant, la victime, morte en réalité depuis plusieurs minutes, se fait guider vers la pénombre par son bourreau. Il se laisse aller vers le sol, tandis qu’Acosta le somme de fermer les yeux. « Ne laisse pas ce visage être la dernière chose que tu [...]

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Nos politiciens: quelles autorités morales?

25 août 2014 · Humeur, Livres, Société · Joseph Elfassi
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J’ai été impressionné la semaine dernière par les réactions vives inspirées par la citation du ministre Yves Bolduc, affirmant que nos enfants ne mourraient pas d’absence de davantage de livres dans leurs écoles. Une autre citation de Denis Lebel à propos de la nature malveillante des bénéficiaires de l’assurance-emploi a généré moins de frustration générale mais a contribué à une semaine de vacuité morale en provenance de nos élites politiques. Ce qui m’étonne le plus, c’est qu’on continue de voir les politiciens comme des potentielles autorités morales, dont les paroles pourraient nous enrichir spirituellement ou nous rassembler autour d’idées positives et motrices de changement. Combien de fois devra-t-on être dégoûté de l’ignorance crasse de nos politiciens professionnels, de leur absence de culture et de finesse, de leur manque de compassion, de leur incapacité à comprendre clairement des enjeux, avant de comprendre que le rapport ne devrait plus être un de dialogue composé de mots et d’idées intéressantes, mais bien d’un pur rapport de force basé sur l’équilibre constant entre leur pouvoir politique et notre volonté collective de poser des gestes de pression via la mobilisation, les lobbys, les boycotts et les grèves? Notre société est composée d’être brillants [...]

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Robin Williams: hommage à un homme qui a illuminé mon enfance.

13 août 2014 · Cinéma · Joseph Elfassi

Le grand commis aux lunettes, maigre et élancé, se promenait parmi les rangées du magasin de location de dvds mourant avec l’aise d’un chef d’orchestre répétant une millième fois un air banal. Je n’ai pas mis les pieds dans un tel endroit depuis près d’une décennie, et pourtant me voilà, avec d’autres clients hagards, des vautours cinématographiques voulant ajouter quelques jolies pièces à une collection déjà désuète. Habilement, le commis dirigeait les clients, répondait à leurs questions d’anciens habitués retournant une dernière fois dans un bateau coulant abandonné par tout potentiel capitaine mais encore occupé par un matelot lucide devant le naufrage. Les visages de célébrités qui ont meublé ma jeunesse déferlaient dans les rangées, me rappelant visuellement la chronologie de leur carrière: d’extra à acteur de soutien à vedette internationale à ange déchu d’un Hollywood cruel. Arnold le surhomme monstrueux et injuste. Tom Cruise en sauveur incompris et intense. Et Robin Williams. Les visages déferlent, et celui-ci restera gravé longtemps dans la mémoire collective: un bijou rare d’humour, d’intensité, d’absence totale de peur du ridicule. Pourquoi on l’aime, ce Robin Williams? Parce que l’élément le plus instable dans Flubber, ce n’est pas Flubber. Parce que ce qu’il y a [...]

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Tant qu’à y être, achètes-en 5.

13 août 2014 · Livres · Joseph Elfassi
Tant qu’à y être, achètes-en 5.

Je suis peut-être irrationnellement irrité par la récente initiative « Achète un livre québécois » probablement à cause de son caractère un peu trop humble. J’aime lire, donc quand je transpose la nature de l’initiative à d’autres phénomènes culturels, ça me semble absurde: La journée pour aller voir un show d’humour québécois. Le jour de l’écoute d’une chanson québécoise. Film québécois: la journée. Le dernier semble plutôt tristement approprié, en fait. Mais bon, plutôt que de continuer d’expliquer pourquoi la formulation spécifique de cette journée m’a embêté (c’était hier, le temps passe si vite), moi je vous dis, tant qu’à être dans une librairie qui présente des livres québécois, voici 5 suggestions à ajouter à votre panier.   1. L’Énigme du retour. Ce livre apparaît dans trop de mes palmarès personnels. Meilleur livre de Dany Laferrière à mon avis, un des 5 meilleurs lus de ma vie, il s’agit pour moi de la meilleure lecture québécoise dans mon expérience littéraire personnelle. Quelques années avant son entrée à l’Académie, Dany Laferrière est déjà au sommet de sa forme, racontant dans ce récit la mort d’un père à qui il n’a parlé qu’à travers une [...]

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La quête de la vérité est futile. Bonne affaire.

1 août 2014 · Cinéma, Humeur, Livres, Scène · Joseph Elfassi
La quête de la vérité est futile. Bonne affaire.

Je me qualifierai, je l’espère sans trop d’arrogance, de lecteur assidu. Depuis la découverte de cette activité enivrante il y a de cela une décennie, tandis que je poursuivais des études relativement futiles sinon socialement enrichissantes en journalisme, il ne se passe pas vraiment un jour sans qu’un livre se retrouve entre mes mains ou dans un sac que je traîne avec moi. Le but initial de cette lecture assidue était de faciliter la communication avec une gent féminine érudite retrouvée entre les murs de l’Université, rapidement ça s’est transformé en plaisir esthétique relativement pur, mêlé à la vertigineuse conception d’un monde complexe pour lequel chaque livre est un morceau d’un énorme puzzle qui a cette qualité étrange de s’arrimer parfaitement avec tous les autres morceaux. En me perdant dans une quête relativement superficielle, je suis tombé sur une quête plus significative. Je suis en train de terminer la lecture d’une brique. Quand un livre contient plus de 300 pages, il devient un investissement plutôt qu’un divertissement; on a, face à nous, une bête qu’il faudra dompter, et qui ne sera pas consommée avec la même légèreté que ces produits [...]

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Nous n’avons rien choisi de ce merveilleux chaos

26 juillet 2014 · Humeur · Joseph Elfassi
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En ce moment il y a autour de nous une attaque compréhensible d’un mode de vie moderne qui, je pense, s’acharne injustement sur des cibles inopportunes. Dans la critique du selfie et du like et du message texte, il y a comme une accusation irrationnelle d’une génération héritière de ce monde. Nous n’avons fait que naître ici, nous n’avons pas choisi cette époque ni construit les murs dans lesquels se sont façonnés nos appareils intelligents, qui d’ailleurs nous surveillent. Nous sommes héritiers de ce monde bruyant et rapide, et l’imperfection est une piste de danse effrénée sur laquelle nous évoluons tous, probablement avec une grande maladresse selon certains prédécesseurs certains d’avoir connu une époque glorieuse pendant laquelle la vie avait plus de sens, mais contrairement à tous nos gadgets et nos meubles, l’existence n’est pas venue avec un manuel d’utilisation. Certains d’entre nous sommes assez vieux pour comprendre qu’il n’existe réellement que peu de modèles, et ce ne sont généralement jamais ceux qui se présentent comme tels qui peuvent réellement s’accaparer ce rôle mystérieux, énorme, ingrat, étrange. Mais ceux d’entre nous qui comprenons que ceux qui se présentent comme des modèles sont souvent des fraudes sont aussi encore trop jeunes [...]

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Ode aux Obies

15 juillet 2014 · Musique, Société · Joseph Elfassi
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Jouons ensemble un peu. Je dis ceci sans condescendance, plutôt avec le plaisir authentique d’un individu trop enthousiaste à qui on donne un prétexte parfait pour jouer avec des joujous qu’il aime bien. Tout récemment, Mathieu Bock-Coté a traité les Dead Obies, comme ses admirateurs, de colons raffinés obsédés par une époque nouvelle, nous avertissant sagement (désolé pour cette ironie grossière et évidente) des dangers potentiels d’une obsession malsaine avec la nouveauté. Ce qui est magnifique, c’est qu’on peut finalement s’éloigner d’un terrain trop parfaitement maîtrisé par Mathieu Bock-Coté, c’est-à-dire l’argumentaire social conservateur appuyé d’une rare érudition historique égalée uniquement par le caractère sévèrement limitatif de sa conception de l’Histoire. Je n’irai jamais dans l’arène pour discuter avec Mathieu Bock-Coté de Lucien Bouchard ou de Charles de Gaulle ou de Pierre-Elliot Trudeau. Mais ce qui est intéressant c’est que la lecture occasionnelle de ses textes de plus en plus similaires contribue à la lecture critique de la situation actuelle avec les Dead Obies. Et ça, c’est magnifique. Les Dead Obies sont propulsés à l’avant-plan d’un débat politico-culturel, qui est beaucoup plus idéologique que politique en fait, plus identitaire que culturel. On les présente comme les assimilateurs, des faux prophètes érigeant [...]

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Pourquoi j’aime tant la littérature

6 juillet 2014 · Humeur, Livres · Joseph Elfassi
Pourquoi j’aime tant la littérature

Ça fait maintenant une dizaine d’années que je lis…j’ai débuté sérieusement tandis que j’étais à l’UQAM, en journalisme. Un début, tardif, je l’avoue, mais les lectures obligatoires à l’école m’avaient toujours peu intéressé: dans l’école privée juive à laquelle j’allais, une trop importante proportion du corpus littéraire était dédiée à de la littérature jeunesse sur l’holocauste, aussi contradictoire le concept puisse-t-il paraître. La nécessaire Anne Frank était au rendez-vous, mais pas Primo Lévi, ni Élie Wiesel. À l’école publique au secondaire, avec un penchant québécois, on misait encore sur certains classiques français plutôt hermétiques, qui sont souvent le résultat ou l’aboutissement d’une culture littéraire érudite, mais ne devraient pas servir d’introduction à la matière. Parmi Le petit prince, universel, inévitable et sublime à tous les âges, on retrouvait ici et là trop d’exemples fades, et trop peu d’encouragements d’enseignants pour faire sa propre recherche et découvrir des œuvres géniales. C’était toujours conseillé, évidemment, mais formellement, comme si une déclaration de forfait non-écrite concernant la littérature était affichée à l’entrée de tous ces cours pendant lesquels la médiocrité de certains, ou leur absolu désintérêt, était [...]

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Danser parmi les ruines

2 juillet 2014 · Humeur, Société · Joseph Elfassi
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Je pense à la vie, ces temps-ci. Pas seulement la mienne, malgré mon incapacité obstinée de me dissocier de mon propre petit parcours, mais surtout à la notion même de la vie. C’est dans l’air. Des bébés apparaissent autour de moi et chaque apparition distancée apporte son lot de progrès indéniables : soudainement, mon petit neveu adorable, d’une volonté de fer qui dépasse largement la mienne, remarque sur le balcon que des voitures peuvent passer derrière sa tête d’un côté et sortir de l’autre, lui permettant comme ça de conceptualiser un espace tridimensionnel invisible mais tout aussi réel. À mon âge, la découverte demande soit une entreprise individuelle volontaire qui exige que je m’expose à de l’inconnu, comme le voyage ou bien une nouvelle activité, soit un émerveillement face à un quotidien qu’on a tendance à trop prendre pour acquis, ce qui est en fait bénéfique pour un cerveau qui n’a plus besoin de se fatiguer à continuellement enregistrer minutieusement des informations redondantes. Mais les enfants de mon entourage, eux, ils découvrent absolument tout : c’est en faisant tomber régulièrement des objets qu’ils comprennent une certaine notion de la gravité. Toute nouvelle texture est une découverte stimulante. Tous les visages sont nouveaux. [...]

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