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Patrick Lemay s'interroge : « ça ne fait pas chier les auteurs, les bibliothèques? » Plusieurs auteurs, plusieurs réponses. En ce qui me concerne, je suis en faveur des bibliothèques. Pour d'innombrables raisons. D'abord, les épinettes se font rares, il convient de maximiser l'utilisation du livre. La bibliothèque est l'un des instruments les plus élégants, efficaces et modernes que l'humanité se soit donné pour partager le savoir. L'imprimerie, à côté, ressemble à de l'industrie lourde. Donc, les bibliothèques : oui. En tant qu'auteur, j'estime toutefois qu'un programme de compensation devrait exister pour l'utilisation publique des livres. Un tel programme existe déjà, mais il est sous financé depuis le début.
La semaine sans télé est de retour. Une idée profondément enracinée dans nos têtes veut que la télévision soit l'antéchrist du livre, et qu'en luttant contre le tube cathodique on encouragerait la lecture. Les sportifs, les amoureux de la nature et les philatélistes tiennent sans doute le même discours. Sur le site d'Adbusters, on affirme qu'il s'agit en réalité de protester contre la publicité. Chacun ses manies. Ce qui me fait songer : connaît-on des cas de placement de produit dans les romans?
Je reviens d'Ontario avec une grippe musculaire bien poivrée. Mes jointures clignotent comme des tubes fluorescents. Entre deux périodes de coma, je suis tombé sur une brève prédisant, exemple du iPod à l'appui, un chambardement numérique dans le monde du livre. On entend parler du fameux livre électronique depuis des années – mais personne n'a jamais vraiment expliqué l'utilité d'un tel gadget (hormis pour quelques utilisateurs spécialisés). Encore et toujours l'obsession pour le support.
Au sens propre
20 avril 2006 · Divers · Nicolas Dickner(Brève réponse à Martin Laflamme au sujet du billet Mauvaise science et bonne fiction.) Non, il ne s'agissait pas d'ironie : je trouvais vraiment le débat intéressant. J'estime beaucoup le regard que certains scientifiques portent sur la culture. Ce sont des gens habitués à la rigueur, à la précision. Ça ne les empêche pas de se tromper, comme tout le monde – mais être intéressant et avoir raison sont deux choses fort différentes. J'ajouterai que l'un des meilleurs lecteurs qu'il m'ait été donné de rencontrer est neurobiologiste. J'ignore s'il lit toujours autant (70 heures par semaine dans un laboratoire universitaire, ça vous mine le temps libre) mais il était, à l'époque, un grand dévoreur de bouquins, exigeant et curieux, un véritable modèle. Lui, il ne devait pas laisser beaucoup de livres inachevés.
Il y a des moments où j'envie Ivan Quinn – ce Johnny Cash oublié du golfe Saint-Laurent. Quinn composait des ballades country sur des thèmes maritimes, qu'il chantait d'une voix éraillée. Il n'a jamais vraiment fait carrière, mais dans la microscopique épicerie insulaire qu'il opérait, sa vieille Fender gardait le fort, plantée au milieu de la place dans un garde-à-vous perpétuel. Sur demande, il vous poussait quelques chansons et vous vendait une boite de soupe Campbell. De la porte de son épicerie, on voyait, je vous jure, des centaines de kilomètres d'eau salée, des îles, des noyés, du vent, le cimetière de l'île – l'un des paysages les plus époustouflants du monde. Il n'est pas vraiment important de savoir si j'aurais été plus heureux dans la peau de Ivan Quinn. L'important, c'est d'avoir un petit Ivan Quinn personnel, planqué quelque part dans le grenier, avec qui on peut aller fumer le cigarillo de temps en temps.
À force de répondre aux mêmes questions, il arrive parfois que l'on s'écarte des réponses habituelles. On me demandait pour la centième fois, la semaine dernière, quels auteurs m'avaient influencé. Il faut dire que je ne réponds jamais tout à fait la même chose – à cette question comme aux autres. Peu importe. Je parlais d'écrivains lorsqu'une soudaine, irrépressible et improbable parenté s'est imposée entre Georges Perec et Douglas Coupland. Perec, Coupland. Suis-je le seul à voir là une indubitable filiation?
De l'autre côté de la rue, ce matin, quatre gaillards démontent un mur de brique. Rien de plus agaçant, pour un écrivain, que de voir des gars de la construction démonter un mur de l'autre côté de la rue. Pas que ça vous perturbe l'air ambiant – on finit par se durcir la couenne, dans ce métier -, mais disons que ça vous réaligne le sens de la vie. Tandis que vous êtes assis à votre clavier à construire des trucs flous et intangibles, eux déplacent la matière, concassent du mortier, plient de l'acier à main nu en lâchant des sacres magnifiques.
Yanick Villedieu animait hier, dans le cadre des Années lumière, un débat public sur la science fiction. On y parlait notamment de mauvaise science et de bonne fiction. Il est assez intéressant, je dois dire, d'entendre parler littérature par des gens qui manipulent d'ordinaire les algorithmes et les tubes eppendorf.
Nicolas Langelier déclare la guerre au mot « bouquin ». MàJ : « Pas question que je me range de votre côté pour lui déclarer la guerre », annonce Sylvain Cadieux. Mon titre, je l'avoue, portait à confusion. J'aime bien le mot bouquin, moi aussi, et je n'ai pas envie qu'on le retire de la circulation. J'abonde toutefois dans le sens de Langelier : on utilise souvent ce mot à tort et à travers, sans égard au niveau de langage.
La chronique de
Nicolas Dickner
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