Portrait européen de l’édition BD 2012

11 janvier 2013 10h25 · Raymond Poirier

Tiens…

Après un petit retour sur une enquête (française) autour de la lecture de la BD, autre regard (français)… Cette fois-ci, sur le marché européen de la BD.

Quid?

Il s’agit du rapport annuel de l’Association des critiques de bande dessinée (ACBD).

Essentiellement, on remarque une hausse de la production d’album BD (comme c’est le cas depuis 17 ans, d’ailleurs). « Confrontés à la multiplicité des genres et des publics, nombreux sont les éditeurs qui ont encore augmenté leur production d’albums de bande dessinée », nous explique-t-on. Pour 2012, elle se chiffre à 4,28% (comparativement à 2011), pour un total de 5 565 bande dessinée publiées (dont 4 109 nouveautées).

Petite note toutefois : « Évidemment, tous ces albums de bandes dessinées sont loin de bénéficier des mêmes tirages et de la même mise en place ! 281 d’entre eux (contre 235 en 2011) sont même diffusés uniquement localement ou via Internet et n’encombrent donc pas, systématiquement, les rayonnages des librairies, qu’elles soient spécialisées ou non. »

Ainsi, certains titres se démarquent tout particulièrement : « Le marché tourne essentiellement autour de quelques noms : 89 séries ou œuvres indépendantes d’auteurs bien installés ont été tirées à plus de 50 000 exemplaires en 2012 (moins que l’an passé où l’on en avait comptabilisé 10 de plus) et réalisent l’essentiel du chiffre sur ce secteur. »

Parmi ces gros noms? c’est le tome 13 de Titeuf, de Zep, qui domine avec un million d’exemplaires, qui mène. Suivent : Lucky Luke (le 5e de Pennac, Benacquista et Achdé) à 450 000, 440 000 pour le 18e Largo Winch de Van Hamme et Francq, autant que pour le 21e Blake et Mortimer (repris par Yves Sente et André Juillard), et, enfin, 350 000 exemplaires pour le tome 21 de la série XIII de Sente et Iouri Jigounov.

Parmi les autres gros vendeurs, citons Le Chat, Kid Paddle , Lou!, Le petit Spirou, Les blagues de Toto , XIII Mystery, Le Marsupilami, Les Légendaire et Les Légendaires Origines, Les Bidochons, Tintin : le secret de la Licorne, en case et en bulle, Les Tuniques bleues, Le cycle de Cyann, Cédric,  Les Schtroumpfs, Les mondes de Thorgal : Kriss de Valnor et Louve, Les Sisters, Les Profs, L’élève Ducobu, Yoko Tsuno, Lanfeust Odyssey, Moi René Tardif, prisonnier de guerre au Stalag IIB, Le Scorpio et Trolls de Troy.

Pour les mangas, c’est Naruto qui domine (trois nouveaux tomes à 225 000 pièces), One Piece (cinq tomes, avec entre 135 000 et 165 000 exemplaires chacuns) et Fairy Tail (six tomes, 85 000 exemplaires pièce).

Précision : « Force est de constater, qu’à de rares exceptions près, les chiffres de tirage des locomotives du secteur sont tous fortement en baisse. Aujourd’hui, les éditeurs ajustent au mieux leurs coûts en imprimant ce qu’ils espèrent être les ventes d’une première année de mise en place, tout en tenant compte des ventes effectives des précédents volumes. »

Outre ces chiffres, l’ACBD constante une polarisation du marché français entre quatre groupes : Delcourt, Médias-Participation (Dargaud, Dupuis, Le Lombard, etc), Glénat et Gallimard. Mais c’est tout de même 326 éditeurs qui ont publié des BD en 2012 (contre 316 en 2011). Malheureusement, d’ailleurs : « Cette concentration de l’édition laisse peu de place aux autres entreprises », note-t-on dans le rapport.

De son côté, le numérique peine toujours à trouver sa place en BD. Quelques plates formes, certes, mais l’ACBD remarque que l’offre légale progresse passablement moins vite que l’offre illégale (6 000 titres contre 10 000).

Enfin, combien d’auteur, demanderez-vous?

« Il y a encore quelques années, les auteurs européens de bandes dessinées francophones qui avaient, au moins, 3 albums disponibles au catalogue d’éditeurs bien diffusés et un contrat en cours ou un emploi régulier dans la presse ou l’illustration, pouvait espérer vivre, plus ou moins bien, de leur métier. En se basant sur ces mêmes critères qui ne sont, hélas, plus du tout suffisants, il y en aurait, aujourd’hui, 1 510 (1 487 l’an passé) : alors que les témoignages démontrant que ce métier est en voie de paupérisation se multiplient. À noter que 188 de ces 1 510 auteurs sont des femmes, soit 12,45% (183 et 12,3% en 2011), et que 280 sont scénaristes sans être également dessinateurs, soit 18,54% (273 et 18,36% en 2011). À ce nombre, il faut ajouter 191 coloristes ayant travaillé sur au moins 2 albums dans l’année (169 en 2011), dont 93 sont des femmes. Tous, ils continuent à se mobiliser pour valoriser leur métier et obtenir un vrai statut d’auteur, même s’ils doivent accepter, bien souvent, d’autres travaux dans divers domaines pour survivre ; les places étant de plus en plus rares et mal rétribuées. Pourtant, il y a quand même eu 1 951 créateurs francophones d’Europe qui ont publié, au moins, un album de bandes dessinées en 2012 (ils étaient 1 749 en 2011). »

Le détail sur le site de l’ACBD.

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  • Raymond Poirier
    Artisan du milieu des médias et des communications. Et surtout (pour ce blogue), amateur de bande dessinée. J'assure recherche et animation de l'émission "La vie en BD" (sur les ondes de CKRL 89,1) et je collabore à l'organisation de certaines activités à tendance bédéesques de la Capitale. Je suis également membre de l'ACBD (Association des critiques et journalistes de bande dessinée).

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