Blogue de Élise Desaulniers Élise Desaulniers RSS

Ex-marketeuse devenue blogueuse, conférencière et auteure (Je mange avec ma tête, Vache à lait). Je m'intéresse à l'éthique, à la psycho, à la socio et à tous les sujets qui exigent des notes de bas de page.

« Ici, c’est pas si pire »

20 avril 2014 · Gastronomie, Humeur, Société · Élise Desaulniers
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« Ici, c’est pas si pire »

Un hockeyeur professionnel qui devient végétalien, ça ne laisse personne indifférent. On a pu le constater en 2009 quand Georges Laraque, alors goon du Canadien racontait sur toutes les tribunes que c’est le documentaire américain Earthlings qui l’avait initié aux pratiques cruelles de l’industrie de la viande, des œufs et du fromage. Mais les images de Earthlings venaient de fermes américaine. Parmi les québécois, nombreux se rassuraient : « Faut pas virer fou. Chez nous, c’est pas si pire ». Tel fut d’ailleurs le point de départ d’une enquête de l’émission La semaine verte à Radio-Canada. Nos pratiques étaient-elles aussi mauvaises que celles de nos voisins du sud ? Dans le reportage d’octobre 2010, on peut voir des porcs castrés à froid, des truies qui passent toutes leurs vies dans de minuscules cages, des poules pondeuses qui ne peuvent ni se percher, ni ouvrir leurs ailes et des veaux attachés dans des logettes individuelles. Des images similaires à celles qu’on voit dans Earthlings et ailleurs sur Internet, des images difficiles à obtenir, même pour les caméras de Radio-Canada plutôt sympathiques à la cause des agriculteurs. « Tout n’a pas à être montré partout » affirmait Jean-Guy Vincent, producteur [...]

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Comment attirer les femmes dans des colloques ?

16 janvier 2014 · Société · Élise Desaulniers

Hier, on a beaucoup parlé de l’absence de femmes et de minorités parmi les dix invités de la Semaine de la souveraineté à l’Université de Montréal. L’organisatrice de l’événement, Catherine Fournier, déplore la situation contre sa volonté : aucune femme n’a accepté son invitation. Le problème de la sous-représentation des femmes dans les événements académique n’est pas propre au colloque de l’UdM. L’automne dernier, la question de la place des femmes en philo a été longuement discutée (aux États-Unis, 16,6% des profs seraient des femmes alors qu’elles comptent pour 27,1% des étudiantes au doctorat et la situation est encore plus troublante chez les femmes de couleur). À la recherche de chiffres spécifiques à la présence de femmes dans les conférences, je suis tombée sur un excellent texte Olga Khazan dans The Atlantic publié il y a à peine quelques jours : The Easiest Possible Way to Increase Female Speakers at Conferences. En 2014, les femmes sont encore sous-représentées en tant que conférencières, dans le monde académique comme ailleurs. Ça nuit à leurs perspectives de carrière (c’est toujours les mêmes qui sont invités) alors que les modèles de femmes qui prennent le micro pour débattre d’idées sont encore pas assez nombreux. Que propose [...]

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Retourner sa veste (et la donner)

10 décembre 2013 · Société · Élise Desaulniers
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Hier soir, j’avais troqué mes bottes de caoutchouc pour des talons hauts et je ne portais qu’une robe sans manches sous mon manteau. J’éprouve toujours un certain plaisir à subordonner ainsi l’hiver à mes envies vestimentaires. Je suis sortie de l’Île Noire vers 20 h. J’avais bu deux verres de vin, discuté avec plein d’amis et je me demandais si j’allais manger ou rentrer à la maison finir le dernier Jean-Philippe Toussaint. Marcher dans la slush serait le seul ennui de ma soirée. Puis je l’ai croisée. Début vingtaine, assise au sol, un verre de carton à la main. Elle ne porte qu’un chandail de laine, son pantalon est détrempé. En ouvrant mon sac pour trouver quelques pièces, je lui demande si elle a un manteau. – Non, ils n’en avaient plus. Mais ils vont chercher. Je pense à ma garde-robe, à ces anciens modèles que je n’ose plus porter, parce que démodés, j’ai honte. – Prend mon numéro, je vais t’en donner un. – Je n’ai pas de téléphone. Mais je suis toujours ici. – OK. Bonne soirée ! Je continue ma marche vers le métro, bouleversée.  Je n’ai plus faim, plus envie de lire Toussaint. Je pense à [...]

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Fragments d’Hélène

3 décembre 2013 · Livres · Élise Desaulniers
Fragments d’Hélène

Je pense qu’il est urgent que les femmes redeviennent dangereuses et tonitruantes, comme dans les années soixante-dix et une partie des années quatre-vingt. Non seulement leurs acquis économiques et sociaux sont-ils fragiles, mais leurs voix sont ignorées dans les domaines qui font l’identité d’un peuple : les arts et la culture au sens large. À tel point que les jeunes de ce début du XXIe siècle n’ont aucun modèle significatif de femmes à admirer. Leurs références et leurs penseurs de prédilection sont encore masculins.   Hélène Pedneault Citée dans Qui est Hélène Pedneault?, p. 207   Avant d’être un magasin de bobettes, La vie en rose a été un magazine. Et pas n’importe lequel : un magazine dans lequel a témoigné toute une génération d’auteures féministes. Publié de 1980 à 1987, il était tiré mensuellement à 20 000 exemplaires. Mais il n’est jamais rentré chez moi. À la maison, on lisait le Reader’s Digest et Écho Vedettes, laissant aux autres les réflexions sur les congés parentaux, le droit à l’avortement et la dénonciation de la violence faite aux femmes. Pendant mon bac en sciences politiques, j’ai préféré les cours de stats aux leçons de féminisme. Je me souviens de mon [...]

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Je ne vote pas pour le changement!

29 octobre 2013 · Société · Élise Desaulniers
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Sur les sites de rencontres, tous les gars sont mi-intellos, mi-sportifs, aiment la musique et le cinéma. Il en est de même pour les programmes électoraux. Les différents partis nous proposent tous de « prioriser » l’environnement, le développement économique et les consultations citoyennes. Pas surprenant qu’on soit souvent déçu de nos élus et qu’on cherche constamment le changement. Peu importe la forme qu’il prendra, le nouvel élu ne peut pas faire pire que l’ancien. Ce sera la cinquième fois cette année que je voterai aux élections municipales montréalaises. Pour la première fois, je ne voterai pas pour le changement. J’habite le Plateau Mont-Royal et il y  a quatre ans, j’ai voté pour Projet Montréal. Luc Ferrandez promettait de verdir mon quartier, de le rendre plus sécuritaire pour les piétons et les cyclistes, de redonner un peu de vie au chalet du parc Lafontaine. Luc Ferrandez et son équipe ont été élus et j’ai vu mon quartier se transformer. Sur la rue Roy à côté de chez moi, les trottoirs ont été élargis aux intersections et des plantes y ont poussé rendant ainsi les traversées plus sécuritaires et la rue plus jolie. La piste cyclable de la rue Rachel que [...]

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Urgence climatique : et la viande?

2 octobre 2013 · Divers · Élise Desaulniers
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Une version modifiée de cet article est parue dans la rubrique Libre Opinion du Devoir du 9 octobre 2013     « Le péril climatique s’accentue », « il est minuit moins cinq » et « il y a urgence d’agir » : on juxtapose les mises en garde en pointant du doigt le laxisme des politiques publiques. L’inaction des gouvernements en matière de lutte aux changements climatiques est honteuse. Mais j’ai tout de même été surprise de constater que, de tous les articles publiés ces jours-ci autour du récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), pratiquement aucun ne mentionnait l’enjeu de l’alimentation. Pourtant, chacun d’entre nous a la possibilité d’agir concrètement contre les changements climatiques. Certes, on peut prendre le vélo pour aller travailler, mais on peut surtout réduire drastiquement sa consommation de protéines animales. En utilisant les mêmes méthodes de calcul que le GIEC, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture évalue les émissions liées à l’élevage à 7,1 gigatonnes d’équivalent de CO2 par année, soit 14,5 % des émissions anthropogéniques (contre 13 % pour l’ensemble des transports individuels et collectifs). Rien de nouveau là-dedans. Le lien entre la production animale [...]

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les deuxièmes : équation du second degré

28 septembre 2013 · Livres · Élise Desaulniers
les deuxièmes : équation du second degré

  — Bon, chui un peu rouillée. Tu vas devoir être indulgent. — Ben non voyons, on s’en fout. On les voit s’approcher de deux pianos à queue remplissant une grande pièce. On est au dernier étage d’une grande maison d’architecte quelque part en Hollande. Il pleut. Elle est en bobettes, il est en pyjama, ils viennent de fumer, il lui a fait un cunnilingus et ils s’apprêtent à jouer quelques mesures de Scaramouche. Un couple. Un lieu magnifique, de la musique, des silences. Ce sont les deuxièmes que vient de publier Zviane chez Pow Pow. Une oeuvre magistrale, toute en subtilité et en demi-teintes qui nous fait entrer dans l’univers d’un couple d’amants isolés du monde et de la vraie vie. C’est tout ce qui les unit et les sépare que réussit à nous montrer Zviane, dont le dessin ne cesse de se perfectionner à chacune de ses publications. Mais si le trait est juste et incroyablement précis, le scénario l’est tout autant. Comme Darius Milhaud l’a fait avec Scaramouche, l’oeuvre de Zviane nous transporte à travers différents rythmes et c’est dans les détails qu’on est séduit. L’homme qui a perdu ses lunettes et qui a l’air con avec [...]

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Stevan Harnad : « J’ai honte d’avoir été végétarien pendant 50 ans »

28 mai 2013 · Gastronomie, Humeur · Élise Desaulniers
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Stevan Harnad : « J’ai honte d’avoir été végétarien pendant 50 ans »

J’ai entendu parler de Stevan Harnad pour la première fois l’hiver dernier alors qu’il signait un plaidoyer pour le végétalisme dans la revue Québec Humaniste. Le chercheur, qui est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sciences cognitives à l’UQAM, y faisait une observation troublante : presque  tous les humains se portent exactement comme des psychopathes en exploitant les animaux. On sait en effet que les psychopathes ne sont pas troublés par la misère d’autrui. Pour atteindre leurs buts, ils n’hésitent pas à faire souffrir les autres. Puisque manger de la viande n’est pas nécessaire (Harnad, végétarien depuis cinquante ans et devenu végétalien il y a quelques années, en est la preuve vivante), il concluait simplement son article en affirmant son refus de faire souffrir des animaux pour son plaisir gustatif. Il n’est pas carnivore parce qu’il n’est pas psychopathe.   L’article m’avait marquée par la simplicité et la puissance de son argumentation. « Si vous mangez de la viande, ce n’est certes pas parce que la viande est nécessaire pour votre survie, ni pour votre santé : c’est pour atteindre un but qui est à votre [...]

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Pourquoi j’ai écrit sur le lait?

3 avril 2013 · Gastronomie, Livres, Société · Élise Desaulniers
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Pourquoi j’ai écrit sur le lait?

On marchait sur le boulevard St-Laurent, Émilie et moi. C’était l’automne. Le soleil nous chauffait encore le visage et j’avais détaché mon manteau, comme pour attraper chacune des dernières molécules d’été avant de plonger dans l’hiver. Depuis quelques mois,  j’avais découvert les questions d’éthique alimentaires. J’étais devenue végétarienne et les boîtes Amazon s’accumulaient dans mon salon : je lisais tout ce que je pouvais trouver sur le sujet. Émilie aussi était végétarienne. Et même végétalienne. Chez elle, pas de longues lectures. Simplement l’intuition que la souffrance occasionnée aux animaux est injustifiable. Par la force des choses, j’étais devenue l’encyclopédie d’Émilie. Et nos marches sur St-Laurent étaient une façon de lui filer mes connaissances en profitant de ses conseils de végé avertie lorsqu’on rentrait dans une épicerie.   Une question d’Émilie, toute banale, allait ébranler un grand pan de mes convictions : « Paraît que les vaches, elles ne produisent pas naturellement du lait. Elles le font parce qu’on les force à le faire. Tu es au courant?» À vrai dire, je n’en avais aucune idée. Soit que je n’avais rien lu sur la question, soit que j’avais écarté de mes lectures tout [...]

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L’université gratuite existe déjà

8 février 2013 · Société · Élise Desaulniers
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Réfléchir, ça tient les neurones au chaud. Au cours des prochaines semaines, des dizaines de cours et de conférences gratuites sont offerts aux quatre coins de la ville et sont accessibles à tous. L’université gratuite existe déjà ! L’Upop : les cours du soir les plus courus en villes Imaginez une université où l’échange entre les profs et les étudiants est au cœur de l’enseignement. Où les chaises de plastique font place à des tabourets de bar qu’on agence comme on le souhaite, où la bière coule à flots. Une université où on est pas évalué, où on apprend par plaisir, en ayant du plaisir. Et surtout, une université complètement gratuite. Cette université existe déjà. C’est l’Upop, l’Université populaire de Montréal qui ouvre cette semaine sa 6e session. Au menu, des cours ancrés dans l’actualité mais qui permettent aussi de s’élever au-dessus des débats stériles. On y parlera de corruption, de finance contre les peuples, de l’exploitation des océans, des politiques queer, de lindy hoop et même sur de psychologie morale. Tous les cours sont décrits sur le site de l’Upop. Aucune inscription préalable n’est nécessaire et l’entrée est évidemment gratuite. Le premier cours de la session aura lieu lundi le 11 février à 19h Aux derniers [...]

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