«It’s the sound of sorry looking yonder with regret / Sorry ’cause of what you got and what you didn’t get», chante Abbey Lincoln de sa voix cassée et diablement poignante. Et ces deux vers de Should’ve Been donnent le ton à cet album crépusculaire, sur lequel la dernière des divas du jazz d’après-guerre revisite certaines de ses plus belles chansons (And It’s Supposed to Be Love, Bird Alone, Being Me, etc.) dans des arrangements remarquables de sobriété et imprégnés de spleen. L’époque où l’on surnommait la plantureuse jeune femme la «Marilyn Monroe sépia» est bien révolue. Maintenant septuagénaire, cette cadette spirituelle de Billie Holiday entonne ces blues et ballades, dont elle a signé tous les textes, avec une tristesse, une sagesse et une richesse d’émotion hors du commun, qui tiennent de l’expérience et de la vie, tout simplement. Selon toute probabilité, cet album constituera son chant du cygne et c’est ce qui nous le rendra encore plus cher, plus déchirant, plus indispensable.
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