Blogue de Dominic Tardif Du haut de la King RSS

Dominic Tardif vit à Sherbrooke. Il collabore à Voir Estrie et à Voir. Il s'intéresse à la musique et à la littérature.

Tom Petty and the Heartbreakers au Centre Bell: danser sur la tombe du rock pour tous

29 août 2014 · Musique · Dominic Tardif
Tom Petty and the Heartbreakers au Centre Bell: danser sur la tombe du rock pour tous

«This could go a little long. Better call the babysitters and tell them you’ll be home late», annonçait d’entrée de jeu Tom Petty hier soir sur la scène du Centre Bell – sa première présence au Québec depuis 1981 – avant d’ajouter, un sourire narquois au coin des lèvres: «I guess by now she’s hanging out on your couch with a teenage boy». Du Tom Petty tout craché que cette amicale vanne, balancée moins pour narguer cette foule pas exactement jeune en leur rappelant que leurs premiers émois d’adolescence, ceux du sexe et de la découverte du monde, étaient déjà loin derrière eux que pour nous ayons tous bien en tête qu’il n’y a rien comme le rock pour se jouer de l’emprise du temps. C’était en plein ça le projet de la soirée. On ne pouvait néanmoins s’empêcher de songer que si la babysitter qu’évoquait Tom Petty fricotait effectivement avec un teenage boy pendant que ses employeurs sirotaient de la bière à 10$ le verre dans le temple du CH, la trame sonore de leurs «rapprochements» relevait sans doute plus du rap ou de l’EDM que du rock, cette [...]

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Musicographie Philippe B

16 février 2012 · Musique · Dominic Tardif
Musicographie Philippe B

En juillet dernier, Philippe B présentait dans la chaleur caniculaire de la Petite Boîte Noire ses Variations fantômes. Quelques heures avant son concert, le chanteur d’origine abitibienne avait la générosité de m’accompagner jusque dans la cage d’escalier, derrière l’immeuble, et de se soumettre à une entrevue format «Musicographie». Du premier EP joyeusement brouillon de Gwenwed, un groupe ayant pavé la voie à l’avènement d’une véritable scène indie rock québécoise, à Variations fantômes, le troisième album solo signé Philippe B, son magnum opus d’une indicible beauté et d’une grande maîtrise, nous avons pris prétexte de certaines des pièces les plus marquantes auxquelles il a contribué afin d’évoquer différentes aspects de la création chansonnière. +++ Electric Fuse Quatuor (1998) Stuck Du haut de la King: Le premier succès (je mime des guillemets) de Gwenwed est une chanson en anglais. Comment un groupe de Rouyn-Noranda en est-il arrivé à prendre la décision d’adopter l’anglais? Philippe B: «Stuck, c’est nos premiers balbutiements avec du matériel original. Nous (les membres de Gwenwed) nous connaissions depuis longtemps et jouions essentiellement des covers. C’est ce qui a forgé notre son, des covers un peu bâtards de rock indépendant américain, des Pixies, de [...]

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Bloguons mode

27 janvier 2012 · Divers · Dominic Tardif
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«Vie normale, vie normale donne-moé une chance Vie normale, c’est quoi qui te dérange? C’est-tu parce que je porte des guenilles?» – Jimmy Hunt, Vie Normale + + + La fille, outrée,  me dit: «Tu es dans les toilettes des filles!» Moi, confus à l’os: «Hum?» La fille, maintenant plus amusée qu’outrée: «C’est des toilettes de filles ici!» Moi, résigné: «On est dans une école de filles. Qu’est-ce que tu veux que je fasse?» La fille, malicieuse: «Ha, ha!» + + + C’est vendredi soir. Une centaine de jeunes gens bien sapés, bien parfumés et bien coiffés prennent place sur des chaises droites dans le Grande salle (on jurerait être dans un gymnase) du Collège Mont-Notre-Drame, une école secondaire privée pour filles sise à la lisière du centre-ville de Sherbrooke. Une musique électronique réaffirme sa branchitude à chaque secousse de basse qui martèle la poitrine des convives. En matière de soirées mondaines, c’est probablement ce que Sherbrooke aura de mieux à offrir cette saison. Je repère Gaëlle Leroyer au fond de la salle, affairée comme une maman le 24 décembre au soir. C’est pour elle que nous sommes ici ce soir, elle seule a le culot de placer sur le [...]

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FME jour 4 (correspondance rouandaise)

7 septembre 2011 · Divers · Dominic Tardif

Salut grande fille, C'est avec «N'toun de ipop sué lèv'» (traduction simultanée: Une toune de hip-hop sur les lèvres) que je me suis enfoncé dans mon lit en rentrant à la maison, tôt lundi matin, pour me réveiller, finalement, hier matin, toujours pris avec «N' [satanée] toun de ipop sué lèv'», celle d'Alaclair Ensemble (justement intitulée N'toun de ipop sué lèv'). Allez, chante avec moi: «N'toun de ipop sué lèv' / Je voudrais pouvoir te plaire. / Je ne sais pas pourquoi / mais quand j't'aperçois / y'a de quoi en moi qui mon-te. / J'ai envie de te dire quelque chose, / j'ai peur que t'aies le Bégin pour quelqu'un d'autre.» Tu le sais, je ne suis pas exactement du genre à m'extirper précipitamment de mon siège quand Charles Prévost Linton entonne le Ô Canada au Centre Bell. Mais lorsque Claude Bégin d'Alaclair Ensemble, dimanche soir au Paramount, nous a ordonné de poser notre main gauche sur notre cœur avant de gueuler une version revue et corrigée du «hit» d'Adolphe-Basile Routhier/Calixa Lavallée, j'aurais bien voulu pouvoir, pour une fois, me lever avec enthousiasme. J'aurais obéi à n'importe quelle demande venant d'Alaclair. Comme j'étais déjà debout, j'ai jeté mon bras droit dans les airs «comme [...]

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FME jour 3 (correspondance rouandaise)

4 septembre 2011 · Divers · Dominic Tardif
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Salut man,  Si je voulais que tu saisisses l'esprit qui anime le FME en une seule image, je retiendrais sans doute celle-ci: la gueule d’ahuri d’Yves Lambert se détachant de la foule au concert de Duchess Says. Je ne sais pas s’il est resté jusqu’à la fin monsieur Bébert (je peux te garantir qu’il n’a pas plongé dans le circle pit, en tout cas), je ne sais pas non plus si l’ex-leader de la Bottine-tine-tine a rigolé pendant cette cérémomie insane et défoulatoire présidée par l’inquiétante Annie-Claude Deschênes. Peu importe, son ouverture d'esprit l’honore (Lambert avait offert un spectacle familial en plein air un peu plus tôt en journée). Même si Duchess Says est devenu assez prévisible dans son imprévisibilité, c’est toujours avec une fascination bouche-bée que j’observe la toute menue Annie se garrocher à gauche, à droite, couiner comme un cochon que l’on égorge et dévisager de son regard glacial les spectateurs. Comme de raison, elle était déjà descendue de scène avant la fin de la deuxième chanson (pour mieux nager dans la foule) et n’y est presque jamais retournée, allant [...]

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FME jour 2 (correspondance rouandaise)

3 septembre 2011 · Divers · Dominic Tardif

Salut boss, Tu vas être fier de moi, j’ai répondu à l’appel du chauvinisme hier et suis allé entendre nos compatriotes sherbrookois de b.e.t.a.l.o.v.e.r.s, qui égayaient le 5 à 7 du Trèfle Noir (une microbrasserie pas piquée des vers). Excuse la formule éculée: elle en a fait du chemin (au figuré comme au propre, c'est pas à la porte l'Abitibi!) la bande de Charles Lavoie depuis son premier concert. C'était au Tremplin 16-30, on y avait assisté ensemble, tu t'en souviens? Du chemin, oui, bien que certaines choses ne changent pas: hier, il faisait aussi chaud que lors de ce baptême du feu (mais sans les odeurs d’altermondialistes en décomposition). Une chaleur oppressante annonçant l’orage qui allait s’abattre sur Rouyn plus tard et finalement débarrasser l’air de ses relents âcres. Ils en ont fait du chemin les b.e.t.a.l.o.v.e.r.s donc, et ont largué quelques collaborateurs en route. La nouvelle mouture «rock-mais-pas-vraiment-rock» (selon Lavoie, grand indécis) prend appui sur la batterie de Didier Bergeon (lackofsleep), dit l’adolescent, et les guitares de Stéphane Leclerc (Champion et [...]

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FME jour 1 (correspondance rouandaise*)

2 septembre 2011 · Divers · Dominic Tardif

Salut grande fille, Je t’écris de La Grande du Sud. C’est le nom de ma chambre aux Matins Tranquilles, pittoresque gîte tenu par Doris, mère nourricière de tous les écartés qui aboutissent à Rouyn-Noranda: truckeurs, gars de la construction, commis-voyageurs et journalistes venus assister au Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (je mets «journaliste» au pluriel, mais il serait pour le moins surprenant que le gars avec la chemise Big Bill que j’ai croisé tantôt en allant aux toilettes soit ici pour le FME). J’écris «pittoresque» mais, en réalité, je connais peu de peintres qui auraient été capables d’imaginer la décoration des lieux (peut-être Dali, et encore…) Au-dessus de la table de travail, trois Mona Lisa de tailles différentes accrochées au mur me toisent comme si j’avais quelque chose à me reprocher. Comme si je gâchais leur week-end. C’est insoutenable, je ne peux pas travailler, j’ai l’impression d’être sous interrogatoire. J’ai préféré me réfugier au lit, à l’ombre d’une gargantuesque toile signée Sénéchal (génie tristement méconnu), rencontre improbable entre la pochette du Jaune de Ferland et Le [...]

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Les 10 ans de Dare to Care/Grosse Boîte en 10 chansons marquantes

27 mai 2011 · Divers · Dominic Tardif

L'étiquette Dare to Care et sa filiale franco Grosse Boîte soufflaient ses dix bougies le 6 mai dernier à Sherbrooke. Sur la scène du Théâtre Granada, Jimmy Hunt, Tricot Machine et Bernard Adamus ont tous célébré la maison de disques qui leur a permis d'éclore, avant que We Are Wolves ne pulvérise la piñata et invite tous les spectateurs à les rejoindre sur les planches pour une séance d'impro collective bordélique. Bernard Adamus qui s'époumone dans son harmonica sur un rythme carré de We Are Wolves? C'était quelque chose…  De ses très DIY débuts au succès fracassant de Cœur de pirate, Dare to Care est passé maître dans l'art de faire traverser à des artistes pas comme les autres et/ou mal fagotés la mince ligne qui sépare la marge du mainstream, sans totalement tourner le dos aux faiseurs de chansons au moins fort potentiel commercial. Question de souligner l'éclectisme et l'audace des choix de Dare to Care/Grosse Boîte, voici la compilation Du haut de la King composée de dix chansons marquantes issues de leur catalogue. Au rang des remarquables oubliés: The Sainte Catherines et Avec pas d'casque. Pardonnez-moi. Lire l'entrevue d'Olivier Robillard Laveaux avec Éli Bissonnette, cofondateur de l'étiquette. __________________________________________________________________________________  1. Suck la Marde – Rock ta mère De la grosse défonce qui ne [...]

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L’écho des locaux: Outseek

20 avril 2011 · Divers · Dominic Tardif

Chacun sa cause: les agriculteurs nécessiteux, l'Afrique, la sclérose en plaques, etc. Depuis les années 80, la vedette pop, comme pour racheter dans une bonne action la trivialité de ses préoccupations quotidiennes, donne dans le caritatif, porte la parole, amasse des fonds. Malgré quelques fumistes, la décision semble la plupart du temps motivée par un sincère élan du cœur. Exemple: Outseek, formation sherbrookoise qui met son pop-punk au service de la Société canadienne du cancer et, plus largement, de la prévention d'une maladie qui ne demande pas la permission avant de saboter votre vie, lors du concert-bénéfice Sounds 4 a Cure. L'empathie est manifeste lorsque l'on discute avec Monica «Mone» Windsor, chanteuse, violoniste et petite bombe du quintette, qui arbore parfois sur scène un t-shirt sur lequel est inscrit: «…still we believe in the words we sing». Elle parle de l'énergie positive qui émane du groupe et qui, l'espère-t-elle, rejaillira sur les malades. Elle parle aussi de gens aux prises avec le cancer dans l'entourage de ses partenaires, de ceux qui ont inspiré One Last Lullaby, berceuse-cri d'espoir composée spécialement pour l'événement, avec en prime un chœur gospel, gracieuseté des étudiants en musique du Collège Champlain. Un premier [...]

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L’écho des locaux: Yan Houligan + Les Chevettes

6 avril 2011 · Divers · Dominic Tardif

«Vers la fin de ma consommation, on me comparait souvent à Shane MacGowan», se souvient Yan Chevette. Le rapprochement n'est pas précisément flatteur, encore moins la manifestation d'une bonne santé mentale et physique. C'est que la réputation du chanteur de The Pogues, célèbre pour ses hymnes folk-punk-celtiques à la classe ouvrière, s'est calcifiée sous une ingestion astronomique de stout (sa dentition à l'image des ruines de Pompéi en a longtemps témoigné). Il faut dire que Chevette avait aussi en commun avec la géniale épave une mèche particulièrement courte dont certains malheureux ont fait les frais. Deux ans de désintox et de thérapie plus tard, le gosier sec et les esprits désenglués, l'homme renfile son béret. Troquant le mythe du rockabilly autodestructeur pour celui du phénix, Chevette passe à la mairie et devient Yan Houligan. Sous ce patronyme emprunté à la famille de voyous irlandais qui aurait, selon la légende, donné son nom aux partisans d'équipes sportives belliqueux, il signe des chansons punk acoustiques gueulées en one man band, une charleston sous un pied et une vieille valise en guise de grosse caisse de fortune sous l'autre. Les textes, eux, sont peuplés de cols bleus accablés et de clodos en vadrouille. L'ombre de l'oncle [...]

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