Blogue de Marie-Christine Lemieux-Couture Essais de néantologie appliquée RSS

MCLC a fait une maîtrise en arts à l'UQAM, où elle a eu le bonheur de devenir spécialiste en matière des choses qui n'existent pas encore. Elle est l'auteure de "Toutes mes solitudes!", un roman de plage pour intellectuels classé E pour tous, aux éditions de Ta Mère. Elle est aussi libraire, conseillère en communications, imagologue, ghostwriter, éventuellement doctorante en sémiologie, maman, radicale et manifestement éparpillée.

De la procréation dans le monde fabuleux de l’hétéronormativité

29 avril 2014 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Dans le domaine de la procréation comme dans celui de la prostitution, on risque toujours de se buter aux préjugés dans toute leur diversité. Trancher le nuage opaque des opinions (souvent garrochées) en la matière c’est, qu’on le veuille ou non, s’embourber jusqu’au cou dans plusieurs milliers d’années d’instrumentalisation du corps féminin, mais aussi un refus de céder à une multiplicité de nouvelles définitions de la sexualité, de la famille et de l’amour. Dans Les larmes d’Eros, Georges Bataille affirme que ce sont les premières guerres qui ont amené à la détermination de classes sociales, au moment où ceux qui avaient prouvé leur force sur le champ de bataille en récoltaient un pouvoir de domination sur autrui. Ces forces dominantes auraient eu l’idée d’utiliser les prisonniers de guerre pour en faire leurs esclaves, se libérant ainsi de l’obligation de travailler. Les prisonnières, elles, auraient été réduites à l’esclavage sexuel. Ainsi, les hommes de pouvoir pouvaient s’assurer de la procréation par le mariage, et de leur plaisir par la prostitution. Déjà aux premiers balbutiements de la société, le pouvoir et la richesse « tendaient à faire dépendre de l’argent la possession des femmes » à travers les « formes stabilisées » [...]

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Hommage à l’électeur exemplaire

4 avril 2014 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Il y a un grand nombre de choses qui m’étonnent et, parmi toutes ces choses, la farouche obsession avec laquelle l’électeur s’accroche au mot « démocratie » pour défendre le système électoral à la sueur de son front n’a de cesse de me surprendre. Il faut le voir aller, ce bon citoyen, se faire aller le gorgueton à coups de « il y des gens a qui sont morts pour obtenir le droit de vote » comme ma mère hurlait des « y a des enfants qui meurent de faim en Afrique » lorsque je n’arrivais pas à finir mon assiette. Contrairement aux enfants qui meurent réellement en Afrique, mais dont la vie ne dépend certainement pas de si je finis mon assiette ou non;  personne n’est vraiment mort pour le droit de vote (et même si des gens étaient morts pour le droit de vote, leur mort ne rendrait pas plus juste le système électoral). Le peuple, ce concept aux contours flou, se bat généralement lorsque ses conditions de vie sont pitoyables, lorsqu’il a faim, lorsqu’il est mécontent, lorsqu’une situation lui paraît injuste. Ses luttes sont liées à des besoins concrets, bien que ce soit des mots aux contours bien plus [...]

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Quelques questions de jugement en art et en humour

17 mars 2014 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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De Zola à Foucault, en passant par Bourdieu, de nombreux penseurs ont contribué à construire la notion de responsabilité sociale autour de la figure de l’écrivain moderne. Si le langage et l’écriture sont les seuls lieux de l’engagement (Barthes), l’écrivain a une responsabilité à l’égard de son public puisqu’il a l’aptitude de lui dévoiler le monde (Sartre). Cependant, les tensions entre l’éthique et l’esthétique vont largement au-delà du champ littéraire et s’étendent à l’ensemble du champ artistique. Ces tensions sont de plus en plus manifestes alors que l’art ne se contente plus de transgresser les limites de l’esthétique, mais aussi celles du réel. En ce sens, la pratique artistique de la performance amène parfois la subversion à franchir les limites de la fiction, car à l’intérieur de celle-ci, il y a passage de l’oeuvre à l’acte. Quand l’art quitte le symbolique pour remettre en question l’ordre du réel — accrochant au passage les critères éthico-juridiques et moraux qui régissent la vie sociale —, nier la responsabilité sociale retranche, il me semble, le sens même de la subversion et de la provocation qu’il cherche à mettre en jeu. L’art subversif veut s’attaquer aux préjugés, contraintes, [...]

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Les Fêtes ou le silence des petits massacres

21 décembre 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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«Le pardon est fort comme le mal, mais le mal est fort comme le pardon.» – Jankélévitch Pour moi, les Fêtes ont toujours eu l’aspect d’une mauvaise blague. J’avais trois ans la première fois que j’ai voulu rétablir les faits au sujet de Noël. J’ai fait la file toute seule dans le village des clichés en carton-pâte d’un grand centre d’achat de la ville de Québec. (Je suis originaire de Lévis.) Une fois arrivée sur les genoux du Père Noël de service, j’ai arraché sa barbe devant tous les autres enfants en hurlant au scandale : « Les adultes nous mentent. » En grandissant, j’ai compris que les adultes se mentent d’abord à eux-mêmes. Devant ces tables trop pleines de nourritures aux couleurs pas mangeables, le partage inégal des richesses devient indécent. Ils se seront déculpabilisé le judéo-chrétien en larguant quelques cannes à la guignolée, avant de s’en laver les mains. On oubliera aussi que la montagne d’appareils électroniques sous nos beaux sapins est assemblée par des enfants qui souffriront de paralysie avant l’âge de trente ans à cause des matériaux chimiques dans lesquels ils se tuent vingt heures par jour. On passera [...]

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Quelque chose rose

27 novembre 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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À Philippe Mangerel Quand nous étions à la maîtrise, Philou et moi, nous avions pris l’étrange habitude — pendant un bon moment d’ailleurs —, de finir nos conversations par « sex is politics », déformation du fameux slogan « The private is political » utilisé par le mouvement étudiant et la seconde vague féministe de la fin des années 60. Ça semblait tout conclure. À l’époque, le féminisme et les gender studies ne m’intéressaient pas tellement. Je ne crois pas que je saisissais tout le sens de cette phrase. Je la voyais plutôt comme un pont entre nos préoccupations littéraires à Philou et à moi. J’entendais « sex » en tant qu’action, comme une des formes multiples que prend la relation à l’autre, l’éthique, non seulement dans son intimité, mais aussi dans sa mise en scène collective qu’est le meatmarket. Or, dans « sex », je n’entendais jamais un rapport de genres. J’ai grandi à une époque où il est plus ou moins de bon ton de se dire féministe. C’est bien connu, les féministes sont des chipies, des butchs, elles n’aiment pas les hommes, ne se rasent pas et puent des pieds, mais surtout tout est tout le temps de leur faute… [...]

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Mélodrame médiatique ou pourquoi j’en ai rien à battre du trouble.machin.ca et que je continuerai à bloguer au Voir

18 novembre 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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« The medium is the message. » Marshall McLuhan Depuis quelques semaines, on me sollicite l’opinion de toutes parts. MCLC, vous bloguez au Voir, que pensez-vous de Gab Roy ? Puis, de Gab Roy au Voir ? Et cette patente, là, le trouble.voir.ca, qu’en pensez-vous donc ? Vous devez bien avoir une opinion ? Révoltez-vous, scandalisez-vous, mais faites quelque chose, de grâce ! C’est odieux, comment pouvez-vous, vous, une féministe, bloguer aux côtés de l’horreur incarnée ? Comment pouvez-vous dormir sur vos deux oreilles en endossant la misogynie de ce sombre personnage qu’est Dominic Pelletier à qui votre média a tendu le micro ? Et votre intégrité dans tout ça ? Ouf. Il y a une multitude de problèmes d’interprétation dans toutes ces questions que je reçois un peu comme un mal de tête. Et si certains, certaines, en arrivent à percevoir le Voir comme un média à la ligne éditoriale homogène, tenu d’une main de fer par un Simon Jodoin despotique, conspirant pour dominer le monde à grands coups de clics ; je ne peux qu’être perplexe. Pour la nostalgie d’un temps révolu des autres, je n’y peux rien. Pour l’émotivité avec laquelle on voudrait nous rendre tous et toutes coupables [...]

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Le conformisme et l’intolérance

22 octobre 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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« la prison est là pour cacher que c’est le social tout entier, dans son omniprésence banale, qui est carcéral. » Jean Baudrillard La normopathie est une pathologie de la norme, où le sujet cherche à dissoudre sa propre subjectivité dans ce qui est tenu comme « normal » par le discours dominant. Le normopathe n’a pas d’autre identité que sa conformité, il est usiné au point de n’être rien d’autre que la norme, derrière elle : il n’y a rien. Autrement dit, il n’est plus un sujet, mais un objet, déshumanisé, et il paraît tout aussi malléable que l’est la norme. Ce concept psychanalytique n’est pas sans lien avec le concept de « banalité du mal » de Hannah Arendt, c’est-à-dire que le normopathe ne juge pas du bien et du mal ou des conséquences de ses actes, il n’en a pas conscience, il exécute, il se conforme, il répète, c’est tout. Normopathie et visibilité de la marge Le normopathe est l’individu idéal du capitalisme moderne. Il est infiniment instrumentalisable. Il ne fait ni la différence entre le bien et le mal, ni la différence entre le vrai et le faux, il suspend son jugement au profit de [...]

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Va te gratter la charte avec autre chose que mon féminisme !

18 septembre 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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J’ai bien peu d’intérêt pour la bébelle idéologique du PQ. Idéologique, oui, j’y reviendrai. À vrai dire, le débat sur la charte des valeurs québécoises ressemble bien plus à du grattage de bobo pis de la chicane de balcon qu’autre chose. Ça pue le populisme, l’émotivité et l’irrationnel. Je dois avouer que j’ai même une sorte de plaisir coupable (et surtout cynique) à regarder les deux camps s’obstiner à celui qui pisse le plus loin est plus laïc que l’autre. Devant le ridicule de la situation, je facepalme beaucoup ces temps-ci. Aussi, il est médiatiquement de bon ton, semble-t-il, de prendre position sur ladite bébelle. J’aimerais ça, pouvoir dire que je m’en bats complètement les couilles (symboliques et ostentatoires), malheureusement, non. C’est ben d’valeur ! Idéologiquement, ce que le PQ a présenté, ce n’est pas n’importe quelle charte, c’est une charte des « valeurs québécoises ». Qu’est-ce qu’une valeur? Un jugement d’ordre moral (généralement personnel) sur ce qui est bon, beau, vrai, bien, et qui détermine la conduite (d’un individu). Vouloir ériger un système de valeurs dites québécoises sous forme de norme sociale, ce n’est pas anodin, c’est du nationalisme (identitaire). C’est dire, [...]

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Initiation à la honte

4 septembre 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Écrit en collaboration avec Véronique Grenier Des pimps pis des putes. C’est ça le thème plein de gros bon sens des initiations des étudiantes et étudiants de la faculté de communications de l’UQAM. L’UQAM, une université, et, qui plus est, une université qui se targue d’être « progressiste ». Est-ce ce genre d’aperçu du merveilleux monde des communications que les étudiantes et étudiants de l’UQAM veulent donner aux nouvelles et aux nouveaux venues ? Est-ce que la faculté des communications cherche à attirer une « clientèle » Radio-Xoise et à former le journalisme-jambon de demain plutôt que d’enseigner l’épanouissement du sens critique et d’une vision objective du monde ? Est-ce que l’UQAM n’a pas honte d’être associée à ces futurs publicitaires ou agentes et agents de firmes de relations publiques qui ne manqueront certainement pas de perpétuer ce modèle réifié de la femme ? Parce qu’il semble que cette thématique soit récurrente depuis quelques années, c’est donc dire que tout ce beau monde est au courant. Ça prend juste un tout petit peu d’imagination pour penser l’événement, pas trop d’effort puisqu’on a été habitué depuis l’enfance à traiter les femmes comme de la marchandise. Ce n’est pas que nous n’avons pas [...]

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Le capital de l’horreur

16 avril 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Pour reprendre les mots de Slavoj Zizek, la violence n’est pas un accident du système, elle en est le fondement.[1] Loin de moi l’idée d’expliquer, de comprendre ou de justifier les attentats de Boston, la violence est inexcusable, mais elle se situe toujours déjà quelque part avant. Outre le spectacle malaisant des effusions de sang esthétisées par les bulletins de nouvelles en temps réel et des commentaires désespérément racistes se faire aller à coups de médias sociaux, c’est la chasse aux sorcières qui est déclarée ouverte. À voir comment, avant même d’avoir un coupable sous la main, on cherche à récupérer l’horreur pour en faire un instrument du pouvoir me sidère et me le fait comprendre comme un double drame. Il n’y a rien de nouveau dans la forme de l’attentat à la bombe. Pourtant, l’expression « attentat domestique » circule comme une forme nouvelle et des chroniqueurs à la Martineau se permettent de lire dans les tasses de thé en disant que « tout porte à croire que les attentats de l’avenir ressembleront à ça. » [2] Il n’y a rien de nouveau, non plus, à user de l’horreur pour ostraciser ceux et celles qui critiquent l’ordre établi ou [...]

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