Blogue de Marie-Christine Lemieux-Couture Essais de néantologie appliquée RSS

MCLC a fait une maîtrise en arts à l'UQAM, où elle a eu le bonheur de devenir spécialiste en matière des choses qui n'existent pas encore. Elle est l'auteure de "Toutes mes solitudes!", un roman de plage pour intellectuels classé E pour tous, aux éditions de Ta Mère. Elle est aussi libraire, conseillère en communications, imagologue, ghostwriter, éventuellement doctorante en sémiologie, maman, radicale et manifestement éparpillée.

Le capital de l’horreur

16 avril 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Pour reprendre les mots de Slavoj Zizek, la violence n’est pas un accident du système, elle en est le fondement.[1] Loin de moi l’idée d’expliquer, de comprendre ou de justifier les attentats de Boston, la violence est inexcusable, mais elle se situe toujours déjà quelque part avant. Outre le spectacle malaisant des effusions de sang esthétisées par les bulletins de nouvelles en temps réel et des commentaires désespérément racistes se faire aller à coups de médias sociaux, c’est la chasse aux sorcières qui est déclarée ouverte. À voir comment, avant même d’avoir un coupable sous la main, on cherche à récupérer l’horreur pour en faire un instrument du pouvoir me sidère et me le fait comprendre comme un double drame. Il n’y a rien de nouveau dans la forme de l’attentat à la bombe. Pourtant, l’expression « attentat domestique » circule comme une forme nouvelle et des chroniqueurs à la Martineau se permettent de lire dans les tasses de thé en disant que « tout porte à croire que les attentats de l’avenir ressembleront à ça. » [2] Il n’y a rien de nouveau, non plus, à user de l’horreur pour ostraciser ceux et celles qui critiquent l’ordre établi ou [...]

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P-6 partout, démocratie nulle part

23 mars 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Chaque fois que j’entends quelqu’un parler de « démocratie » pour décrire le système dans lequel on vit, j’ai envie de m’arracher les tympans. On ne vit pas dans une démocratie. On vit dans une monarchie constitutionnelle qui, par la répartition des pouvoirs, véhicule une forme dégénérée du sens du mot « démocratie ». En faisant semblant de donner un morceau de pouvoir au peuple, le véritable pouvoir s’assure que le bon peuple se sustente du peu qu’on lui octroie. Dans les faits, il s’agit d’un mépris total de ce peuple que le véritable pouvoir croit bourré d’imbéciles incapables de prendre des décisions par et pour lui-même. La démocratie (à laquelle on ajoute aujourd’hui l’épithète « directe »), celle par laquelle toutes les citoyennes et tous les citoyens participent collectivement au processus décisionnel sans le filtre de la représentation, fait trembler l’élite au pouvoir parce qu’à leurs yeux, elle ne peut aboutir qu’à la « tyrannie des pauvres ». Et, c’est bien connu, en temps de politiques d’austérité comme en périodes fastes, les pauvres, ça sert à ce que les riches puissent continuer de s’enrichir. Au diable les services publics, le problème ce n’est pas la corruption, c’est les bénéficiaires de l’aide sociale. Au [...]

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Blâmer les anarchistes, c’est simple, pratique et utile

18 mars 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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« We will be safest from the right hand of repression and the left hand of recuperation when everyone is thoroughly confused as to whether we are frightening or loveable. » – A.G. Schwarz Chez les chroniqueurEs de foutaises en tout genre de nos mass médias, le soleil se lève tous les 15 mars sous le sigle du règne du chaos et de l’anarchie de banlieue. Le festival de la violence et de l’intimidation contre ces pauvres agents de la paix étouffés sous le poids de leur riot suit s’ouvre pour ceux et celles qui préfèrent les rapports de force aux négociations. Les commerçantEs barricadent leurs boutiques dès l’aube, terroriséEs, éprouvéEs par les pertes de profits dues aux strates les plus pauvres de la société, et par conséquent, des non-consommateurs et non-consommatrices, sans pouvoir d’achat, qui foutent le bordel dans l’économie en tordant le bras de la main invisible du marché. Les citoyens et les citoyennes, écœuréEs de payer, doivent rivaliser d’imagination pour éviter de croiser les marcheurEs, manifestantEs, protestataires, casseurEs, enfin, tous ceux et celles qui ne sont pas des citoyenNEs-payeurEs-de-taxes-et-impôts-clientèle-cible-des-cochonneries-made-in-Taiwan-family-sized-pis-toute qui, comble de malheur, ont l’indécence de ne même pas donner leur itinéraire. En [...]

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Finalement, moi aussi, j’ai besoin du féminisme…

8 mars 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Il y a environ un an, à peu près à la même date, j’écrivais un texte dans lequel je disais que, a priori, je n’étais pas vraiment féministe. Pourtant, on m’a toujours collé l’étiquette et, un an plus tard, je me dois de rectifier le tir. Le poids du corps Petite, j’ai été élevée comme un garçon. J’étais sportive, je m’habillais comme un garçon, je parlais comme un garçon, je marchais comme un garçon et je jouais surtout avec des garçons. J’ai grandi avec deux grands frères (que j’adore), mais qui ne me protégeaient pas. J’étais le bébé, mais ça ne m’empêchait pas de manger des baffes ou de leur courir après, armée d’un manche à balais. Ma mère m’a appris qu’on ne pleure pas, on ne crie pas, on n’a pas d’émotion et on ne montre jamais, oh grand jamais, le moindre signe de faiblesse ou de vulnérabilité. Encore aujourd’hui, j’ai souvent l’émotivité d’une roche dans des situations qui mériteraient que je hurle ma vie. J’avais 13 ans quand j’ai compris qu’il y a une différence entre les sexes. L’adolescence m’est rentrée dedans comme un coup de batte de baseball en [...]

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Leçon de métonymie

16 février 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Cher Parti Québécois, En fait, je ne sais pas pourquoi je dis « cher », tu ne m’es pas plus cher qu’aucun autre parti ni qu’aucun autre gouvernement. Je crois que la société se porterait mieux sans gouvernement, que toute décision concernant la collectivité devrait être prise par le peuple pour le peuple et qu’il est aberrant de ne voter que pour légitimer les structures du pouvoir, éminemment hiérarchiques, selon lesquelles on t’accorde le droit de dilapider les fonds publics au profit de tes lobbys préférés. Cependant, c’est pas de ça dont je voulais te parler. Je voulais qu’on mette à nu ta rhétorique, toi pis moi, parce que franchement, je ne sais pas quels stratèges de l’image et des relations publiques tu t’es payés, mais ça vole pas haut. Bon, c’est sûr que ça doit pas être évident pour eux, tu vas et viens d’une décision à l’autre comme quelqu’un qui est pas capable de se stationner en parallèle dans un espace trop petit. Mais je m’égare encore. Rhétorique donc. La rhétorique est un instrument fort pratique pour manipuler l’opinion publique parce que la rhétorique ne s’intéresse ni au vrai [...]

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Quand le français est un véhicule idéologique dans lequel je n’embarque pas

5 février 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Dans le dernier billet qu’elle m’offre en guise de réponse au Petit traité de mythologie canayienne sur le « bon parler français », Mélanie Robert ouvre la discussion en s’autoproclamant pamphlétaire. Soit, jouons le jeu. Mais rappelons d’abord que « pamphlet » porte une connotation (souvent) péjorative  pour désigner un texte court et virulent qui s’en prend à l’ordre établi. Je ne suis pas certaine qu’elle s’en prenne à l’ordre établi autant qu’elle cherche à établir un ordre où des mots comme « bungalow » ne la feraient plus grincer des dents. Ceci dit, ce n’est pas parce qu’on bourre un texte d’inanités auxquelles quelques personnes décident de répondre, non pas tant pour livrer bataille que par altruisme, qu’il y a écrit pamphlétaire. Autrement dit, si Mme Robert entre en scène toute nue parce qu’elle a oublié d’enfiler son costume et que quelques personnes en arrière scène lui lancent des couvertes, il y a là, tout au plus, une provocation involontaire de sa part. Commençons par le titre du billet de Mme Robert où elle évoque le franglais comme un « fétiche », comparaison qu’elle se garde bien de développer dans son texte. Qu’entend-elle exactement par « fétiche »? La langue n’est pas un [...]

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Petit traité de mythologie canayienne : le bon parler français

25 janvier 2013 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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(J’avais publié ce billet du temps où je bloguais sur Terreur! Terreur!, comme il n’est plus disponible sur le site, je le reprends ici avec quelques ajouts pour répondre au billet de Mélanie Robert sur la question du franglais.) Mon rapport le plus sensible et, sans doute, le plus intime à l’écriture passe par la question du viol. J’aurais pu écrire « violence », mais je n’utilise pas le mot « viol » aléatoirement. Le viol est le point extrême de la violence, il frappe — avec autant de brutalité — de l’extérieur comme de l’intérieur. Il est le point de non-retour à partir duquel la conscience de soi, la conscience des autres et la conscience du monde sont drastiquement sabotées. Ma façon d’aborder la langue est porteuse de cette violence radicale. La langue nous pose comme sujet, mais elle est également le siège de l’Autre, elle nous traverse et nous met à la disposition d’autrui. Nous ne choisissons pas notre langue maternelle, pas plus que notre terre natale, et c’est par la force des choses que nous l’apprenons. On aura beau ne pas se tarir d’éloges devant la langue française, vouloir la protéger à tout [...]

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À la critique

13 janvier 2013 · Livres · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Bien que la réalité objective soit une construction — à tout le moins, si elle existe, elle nous est inébranlablement inaccessible et s’en approprier est le pire mensonge que l’hégémonie puisse inventer pour étaler ses tentacules —, la subjectivité, et par extension l’émotion qui la motive, sont bien les premières choses qu’on soulèvera pour invalider un argument. Puisqu’on m’a dit que je me réclamais de Louis-Ferdinand Céline — ce qui est faux, mais jouons le jeu —, je suis plutôt d’accord avec l’affirmation selon laquelle « le fait est universel : personne aime le “je” d’autrui !… » [1] Le mien plus que d’autres, peut-être, ce qui me permettra sous peu de me prendre pour une Mordecai Richler et de savourer, sourire au coin des lèvres, la perspective plutôt réjouissante d’être l’ennemie à abattre d’une nation dans laquelle je ne me reconnais pas. Aussi, j’évite généralement de me tremper le « je » dans la chose littéraire. C’eût été noble, j’imagine, étant donné mon champ d’étude, que de consacrer mon penchant pour le blogue à transmettre ma passion pour la littérature. Surtout que les médias en parlent peu, et quand ils le font, ils se contentent habituellement de vendre (ou non) des [...]

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Critique de la faculté de débattre

25 décembre 2012 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Se targuer d’être un polémiste à une époque où plus personne (ou presque) ne maîtrise la rhétorique, où l’art de persuader est devenu (tout au plus) du scrapbooking linguistique et où le polemos se réduit au faux dilemme du avec-ou-contre-moi pour adopter la seule logique du pouvoir me donne envie de défenestrer des chatons. Qui pourrait bien encore me dire ce qu’est un astéisme sans recourir à Wikipédia? À force d’entendre crier « Au sophisme! Au sophisme! » des gens qui ne se sont même pas donné la peine de googler sa signification et encore moins d’ouvrir le gros livre qui ramasse la poussière dans le fin fond d’une étagère à quelque part entre les autres, on ne réagit plus quand on en voit un ; pire, on se défend d’en utiliser comme s’il y avait là quelque indicateur de contenu. Le leitmotif de ce qu’on nomme encore « débat », par erreur ou par habitude, n’est en fait que l’insulte et l’objectif vise le spectaculaire dans ce qu’elle porte de scandale et de provocation. Que dit l’ego de celui qui se prétend fabriquant de polémiques quand, pour reprendre les propos d’Héraclite sans les genrer : « Le Conflit est à l’origine de [...]

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La corruption n’est pas un aléa du pouvoir, elle en est un symptôme

9 décembre 2012 · Société · Marie-Christine Lemieux-Couture
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Il est de bon ton, chez les bien-pensants, de s’imaginer que le gouvernement est l’expression institutionnalisée du droit commun et de la vox populi. Que sans cette raison suprême, ce serait le règne du désordre ; que sans cette digue de justice sociale, le pauvre peuple serait dévoré par les tout-puissants ; que sans cet emblème de l’équité, nos droits et libertés seraient ensevelis six pieds sous la tyrannie. Pour les partisans du principe d’autorité, le gouvernement est une instance modératrice sans laquelle la majorité serait forcée de se plier aux intérêts d’une poignée d’individus. Il s’agit d’entretenir l’illusion selon laquelle l’égalité entre les êtres humains n’est possible que si elle est forcée par un pouvoir qui leur est supérieur. Et cette façade de bonne volonté que représente une telle conception de ce qu’est un gouvernement est largement profitable à la minorité qui se cache derrière pour opprimer le peuple. Mais si, vraiment, la société n’est constituée que d’individus en lutte — au point où il faut une instance supérieure qui réglemente les rapports entre eux afin d’éviter qu’il n’y ait que le plus fort qui l’emporte —, alors cette instance, tenue elle-même par des individus qui sont, [...]

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