Blogue de Élise Desaulniers Élise Desaulniers RSS
Ex-marketeuse devenue blogueuse, conférencière et auteure (Je mange avec ma tête, Vache à lait). Je m'intéresse à l'éthique, à la psycho, à la socio et à tous les sujets qui exigent des notes de bas de page.
Une gestion de l’offre qui ne répond pas à la demande
12 avril 2012 · Gastronomie, Société · Élise DesaulniersLorsque le prix de l’essence a commencé à augmenter et que le lien entre la consommation d’énergie fossile et le réchauffement climatique a été établi, les fabricants automobiles ont réagi en offrant des voitures plus compactes, voire hybrides ou électriques. Sans doute moins par conscience sociale que par opportunisme : ils ont vu poindre la possibilité de gagner la faveur des consommateurs en adaptant leur produit au marché. Ce genre d’analyse, pas besoin d’un MBA pour la faire. C’est la base du marketing : offrir des produits qui répondent aux désirs et aux besoins des consommateurs. Maintenant, imaginez que vous êtes un entrepreneur. Disons que vous souhaitez investir en agroalimentaire. Vous revenez d’un voyage en Europe où vous avez constaté que tous les œufs sont maintenant pondus par des poules vivant dans des conditions améliorées. Au retour, vous avez fait escale aux États-Unis et noté que dans de nombreux cafés, seul du lait bio était servi. En arrivant à la maison, vous ouvrez le journal et lisez que Jean-Pierre Léger, le président des rôtisseries St-Hubert ,qui achètent 1,5 million de poulets par année, souhaite offrir dans ses restaurants des oiseaux élevés sans antibiotiques et il est prêt à payer une prime. Une [...]
J’ai grandi dans la foi, avec les cours de catéchèse et les sacrements. J’ai même servi la messe et fait des chemins de croix. Mais comme la plupart des gens de ma génération, j’ai tout mis de côté. Je ne suis pas seule : dans sa dernière présence à TED, le psychologue américain Jonathan Haidt a commencé sa présentation en demandant à l’auditoire qui était croyant. Quelques mains se sont levées discrètement. Pas étonnant, on est dans une conférence d’intellos libéraux. Il a ensuite demandé qui avait une spiritualité. À ce moment-là, il y avait presque autant de mains levées que de têtes. Même les intellos ont une spiritualité. Mais pourquoi sommes-nous ainsi ? Stairway To Heaven Qu’on soit dans la rue à manifester avec 200 000 autres personnes, en train de danser à deux heures du matin ou en train de faire « om » dans un cours de yoga, il y a quelques moments dans la vie où on s’oublie comme individu pour se fondre dans un groupe. On appelle cet état d’esprit l’autotranscendance, le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand et de plus noble que soi. Dans ces moments, on est simplement bien, emballé et transporté. Athées [...]
Mon ordi était ouvert. J’hésitais entre parcourir les dizaines de tweets manqués pendant ma journée de rencontres et simplement poursuivre la rédaction de ma chronique due le lendemain matin. On était dimanche, fin de journée. J’étais assise dans un bus bondé et me préparais pour les deux heures de route qui me séparaient de la maison. « Toué ma tabarnac, tu vas comprendre… ». Je me tourne vers la fenêtre. Un homme sans âge et à la vie rugueuse hurlait sa colère à une fille capuchonnée qui me faisait dos. Le chauffeur de bus, à quelques pas d’eux, continuait de griller sa cigarette. La crise, ou plutôt le monologue s’est poursuivi pendant au moins cinq minutes à coup d’injures dont je peinais à entendre les détails. Je croyais à une chicane d’argent, voire de drogue, bref à ces conflits qui ne semblent pouvoir se régler qu’à coups de cris. Mais après un long silence, l’homme a pris la femme dans ses bras et lui a caressé la tête et le dos. Malaise, une chicane de couple. Le chauffeur est rentré. Une femme, assise devant moi, lui a dit que la scène la mettait inconfortable. Il a haussé les épaules et s’est assis [...]
Il est de bon ton de critiquer les entreprises, qu’elles soient privées ou publiques. On parle d’elles comme de son chum après quelques verres avec une copine : c’est jamais correct, c’est jamais assez, ce serait tellement mieux si. Je n’ai jamais hésité à chialer contre les pneus crevés des Bixis, contre les stations pleines au centre-ville le matin, contre le mauvais entretien et les chroniqueurs de La Presse se sont occupé du reste : gestion, financement, etc. Mais force est de reconnaître que Bixi est aussi capable de bons coups : Bixi qui a annoncé hier qu’elle avait mis les bouchées doubles et que la saison débuterait plus tôt que prévu, soit le 2 avril au lieu du 15 avril tel qu’on l’avait initialement annoncé. Peut-être qu’il s’agit d’un stunt publicitaire. Mais Bixi nous montre depuis cinq ans une capacité d’écoute et d’adaptation qu’on voit rarement de la part d’entreprises. Il faut jeter un coup d’œil à sa page Facebook pour voir l’empressement qu’ont les employés à répondre aux commentaires des utilisateurs et à ajuster les services aux besoin. Il y a deux ans par exemple, on a « inventé » des stations de dépôt en plein milieu de saison pour [...]
Je viens de voir passer ceci dans mon fil de nouvelles : Ce n’est pas une blague mais bien le libellé d’un appel d’offres gouvernemental qu’a publié la Société des designers graphiques sur sa pages Facebook. Je sais bien que c’est des termes techniques pris hors contexte et que c’est une pratique généralisée. Mais dans ce cas-ci, le résultat me semble particulièrement consternant, surtout quand on sait que l’appel d’offre aurait pu être fait différemment. On parle de design ici, pas d’asphalte ou de tapis de souris. L’idée de voir les même critères appliqués dans l’embauche de fonctionnaires me fait sourire… *** En complément d’info (copié d’un commentaire de Christian Gingras) : Cet appel d’offre relève de la Loi sur les contrats des organismes publics. Selon cette loi, les contrats attribués au terme d’un appel d’offres peuvent l’être sous trois formes différentes: 1. Prix le plus bas, sans évaluation de la qualité (il faut alors que l’appel d’offres soit très précis quant aux biens ou services demandés); c’est généralement ce qui est utilisé quand il faut acheter du papier ou des trucs du genre. 2. Prix [...]
Regardez, pour voir
28 mars 2012 · Gastronomie, Société · Élise DesaulniersOn se rappelle très peu de choses de Linda McCartney mis à part quelques clichés et une phrase qui est devenue l’adage préféré de tous ceux qui se battent pour un meilleur traitement des animaux : « si les murs des abattoirs étaient de verre, tout le monde serait végétarien ». Je n’en suis pas certaine, mais il est clair que la transparence est un rempart contre les mauvaises pratiques et que toute l’industrie agro-alimentaire s’est construite derrière des portes closes dont personne ne semble détenir les clés. L’industrialisation et la spécialisation de notre agriculture ont fait en sorte qu’il est maintenant extrêmement difficile de savoir comment la nourriture qu’on consomme a été produite. Au cours des dernières années, de nombreux documentaires comme Les alimenteurs et Terriens ont tenté de lever le voile sur la production de viande et ont probablement joué un rôle important dans la croissance du nombre de végétariens aux États-Unis. Ces documentaires ont eu très peu d’écho ici, ce qui explique peut-être en partie le fait que le Québec fait figure de société distincte en mangeant de plus en plus de viande. C’est la même chose en France, mais depuis le lancement de la traduction du livre [...]
Abattage rituel : se pose-t-on les bonnes questions ?
15 mars 2012 · Gastronomie, Société · Élise DesaulniersDepuis quelques semaines, j’observe le débat sur les rites d’abattage halal faire rage en France comme je remarque la sortie des films dans lesquels joue Arielle Dombasle : en espérant que ça ne traverse pas l’océan. Mais pas de chance, l’opposition péquiste a amené la question sur le tapis hier. L’abattage des animaux de consommation selon les rites religieux «heurterait de plein fouet» les valeurs québécoises. André Simard, porte-parole de l’opposition en matière d’agriculture, s’inquiète du phénomène de l’abattage rituel — halal ou casher — qui semblerait prendre de l’ampleur au Québec. «Cet abattage implique un rituel, le sectionnement de la gorge et le saignement de l’animal encore vivant [conscient]. Comme vétérinaire, je peux vous dire que ce type d’abattage ne correspond pas, selon moi, aux valeurs du Québec». Il oppose l’abattage rituel à « l’abattage laïque » qui prévoit l’insensibilisation de l’animal — généralement par électrocution — avant la mise à mort. Le problème, pour André Simard, c’est que le consommateur ne sait pas comment les animaux qu’il consomme ont été abattus : il pourrait manger halal sans le savoir. Le bien-être ne commence pas à l’abattoir Le consommateur ne sait peut-être pas comment son bœuf ou son poulet a été [...]
170 millions. C’est le nombre de poulets qui sont produits au Québec chaque année, essentiellement pour notre consommation domestique : pas étonnant, on en consomme 31 kg par personne. Produit de luxe jusqu’au milieu du siècle, le poulet est aujourd’hui devenu la viande la moins chère sur le marché. Mais si on réussit à produire du poulet pas cher, c’est au prix du bien-être des oiseaux et de notre santé. Que faire? On peut évidemment devenir végétariens. Mais pour ceux qui ne peuvent se passer de leur hot chicken ou de leur pad thaï au poulet, le chroniqueur Mark Bittman du New York Times propose une solution qui me semble idéale. Production à la chaine Nos poulets « de grain » et « élevés en liberté » ont passé toute leur vie dans de grands entrepôts sans fenêtres et surpeuplés. Aucune loi ne contrôle la densité d’élevage et on estime qu’en moyenne, chaque oiseau dispose de moins d’un demi pied carré d’espace lorsqu’il arrive à maturité (la taille du tapis de votre souris d’ordinateur). Les contraintes commerciales sont telles que les éleveurs n’ont pas d’autre choix que de chercher à avoir le rendement le plus important. Et comme les oiseaux passent une quarantaine de jours [...]
En début de semaine, j’ai pris quelques verres avec la documentariste Magenta Baribeau. Magenta termine Maman? non merci, un long-métrage sur les femmes occidentales qui décident volontairement de ne pas avoir d’enfant. On s’était rencontrées il y a quelques temps autour du micro d’Isabelle Maréchal au 98,5. J’essayais de présenter la non-maternité comme un choix conscient à coup de citations et de statistiques. Je tournais en rond et Magenta a réussi à expliquer tout ça avec une simplicité désarmante : si elle n’a pas d’enfant, ce n’est pas faute d’avoir trouvé la bonne personne ou en attendant la bonne situation économique, c’est simplement parce que ça ne l’intéresse pas. En 2012, il faut encore justifier le désir de faire sa vie sans être mère. Étonnant, non ? À une amie sans enfant qui voulait une ligature des trompes, le médecin a dit « vous savez madame, ça peut être irréversible ». Dit-on aux femmes enceintes qu’avoir un enfant est irréversible ? Demande-t-on à Coeur de Pirate si elle ne risque pas de regretter un jour d’avoir fait un enfant à 22 ans ? Pourtant, on me dit souvent que je risque de regretter mon choix de ne pas avoir d’enfant une fois dans la [...]
Exploitez un travailleur et économisez 60 cennes
5 mars 2012 · Gastronomie, Société · Élise DesaulniersChez Juliette et Chocolat, on oublie qu’on est sur une rue St-Laurent délabrée où la moitié des espaces commerciaux sont à louer. Le plus souvent, il faut faire la queue pour avoir une place : toutes les tables sont occupées et on trouve des Canada Goose sur le dossier de la majorité des chaises. Mais ce n’est pas la popularité du café qui me surprend. Ce sont les prix. Chez Juliette et Chocolat, on doit payer 0,60 $ pour avoir du café équitable. Come on! Sur une tasse d’espresso à 2,40 $, ça représente un extra de 25 % pour boire du café produit dans le respect des travailleurs. La très grande majorité des clients ne doit pas se rendre jusqu’aux petits caractères du menu et prendre la peine d’exiger du serveur que son café soit équitable. L’option par défaut Et si c’était le contraire qui était proposé? Et si l’espresso était offert à 3 $ (admettons que le café équitable coûte effectivement plus cher[1]) et qu’en petits caractères il soit écrit : « café inéquitable : soustrayez 0,60 $ ». Rares sont ceux qui feraient l’effort d’exiger leur rabais en disant « tant pis pour les travailleurs colombiens ». Les clients du Juliette et Chocolat ne sont [...]
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