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Après des études en arts, en cinéma et en littérature, j’ai tenté de me trouver un poste d’enseignante au cégep ou devenir muse d’un grand écrivain. Ayant un loyer à payer, je suis tour à tour devenue correctrice-réviseure, rédactrice de manuels scolaires et fille de pub. Puis, par un beau jour d’automne, je devins journaliste et critique de cinéma. The rest is history, comme qu’on dit…

Berlinale 2013 : Une histoire simple de Camille Claudel

17 février 2013 · Cinéma, Divers · Manon Dumais

« J’ai la nostalgie des films de Dreyer et de Tarkovski, je ne me remets pas de leur mort. En France, on a la chance d’avoir Bruno Dumont. J’avais envie d’avoir cette caméra posée sur l’âme, sur le rien, sur le vide, sur le tout », lançait Juliette Binoche à la conférence de presse de Camille Claudel 1915, de Bruno Dumont, où elle tient le rôle de l’artiste au triste destin. Film austère, âpre, dépouillé, lent, ponctué de cris et de pleurs à fendre l’âme, Camille Claudel 1915 illustre avec force la détresse d’une femme enfermée contre son gré dans un asile psychiatrique, s’accrochant vainement à l’espoir que son frère, le poète Paul Claudel (Jean-Luc Vincent), vienne enfin la libérer. Afin de s’approcher de la vérité, Dumont s’est inspiré de la correspondance de Camille et de son journal médical. « De la dureté naît l’éblouissement, expliquait le réalisateur à un journaliste se plaignant de la dureté du film. Le temps d’un spectateur, c’est une heure et demie. Pour aller à l’éblouissement, il faut passer par toutes les couleurs. Je pense qu’on devait ressentir la dureté des conditions de vie de Camille Claudel. Elle crie, elle pleure. Lentement, le film va vers la parole. [...]

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Berlinale 2013 : Guillaume Nicloux à la rencontre de Diderot

17 février 2013 · Cinéma, Divers · Manon Dumais

Il y a une vingtaine d’années, Guillaume Nicloux (Cliente, Cette femme-là) était venu à la Berlinale présenter un film expérimental. À sa grande surprise, certains spectateurs, sans doute choqués parce qu’ils voyaient à l’écran, en étaient venus aux coups. Cette année, le réalisateur français a plus ou moins été décontenancé par les rires provoqués par son adaptation de La religieuse de Diderot, ou plutôt par le jeu grotesque d’Isabelle Huppert en religieuse énamourée d’une jeune novice (Pauline Étienne). « Il n’y a rien de plus chiant que la tiédeur, l’unanimité, concédait-il lors d’une entrevue organisée deux jours après la projection au Berlinale Palast. On en a parlé avec Isabelle, on avait l’impression que l’ironie et la distance qu’installait Diderot nous permettaient de créer des soupapes de décompression. » Un peu partout à travers le monde, surtout en Europe, on s’apprête à célébrer le tricentenaire de naissance de Diderot. Étrangement, il semble que l’auteur soit tombé en désuétude. « C’est à la fois très curieux, car c’est sans doute le philosophe français le plus connu dans le monde, mais peu de gens l’étudient. Ce qui est troublant, c’est que ses textes sont d’une incroyable modernité. Je n’ai même pas eu à essayer de trouver [...]

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Berlinale 2013 : Pauline Étienne et la foi chrétienne

15 février 2013 · Cinéma, Divers · Manon Dumais

Vue dans Élève libre de Joachim Lafosse et Qu’un seul tienne les autres suivront de Léa Fehner, la talentueuse Pauline Étienne, à qui certains journalistes de la presse étrangère décerneraient l’Ours d’argent pour son interprétation fiévreuse d’une novice rebelle dans La religieuse de Guillaume Nicloux, a découvert, à l’instar d’Isabelle Huppert, le potentiel comique du film lors de sa présentation devant public. « Sur le plateau, je n’aurais jamais cru que cela pouvait être ridicule, avouait-elle à propos des manifestations amoureuses de la mère supérieure incarnée par Huppert à l’égard de son personnage. J’étais tellement concentrée sur le rôle, sur ce que j’avais à faire que je n’arrivais pas à me rendre compte de l’absurdité des scènes. Du coup, je trouve ça pas mal; la première partie est si lourde et dure que le fait que les gens rigolent leur permet de respirer un bon coup. Je crois que ce qui a fait rire les gens, c’est l’humour de Guillaume; il y a quand même une certaine intelligence là-dedans. Je ne sais pas s’il savait qu’il y aurait des rires. De choisir cette chanson limite grivoise que Suzanne chante devant ce parterre de sœurs, c’est une très bonne idée.  » Contrairement à [...]

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Berlinale 2013 :La passion d’Isabelle Huppert

15 février 2013 · Cinéma, Divers · Manon Dumais

Présenté en compétition plus tôt cette semaine, La religieuse de Guillaume Nicloux, d’après le roman de Diderot, n’est pas un mauvais film en soi. Ainsi, il propose un intéressant décalage entre la joliesse de la photographie, accentuée par la douceur des éclairages à la bougie, et la cruauté du destin de cette jeune Suzanne (Pauline Étienne, étoile montante du cinéma belge), fille illégitime condamnée à expier les péchés de sa mère (Martina Gedeck) en prenant le voile. Durant son noviciat, la religieuse rencontrera trois mères supérieures : la bonne Madame de Moni (Françoise Lebrun), la sadique sœur Christine (Louise Bourgoin), toutes deux du couvent Sainte-Marie, et celle, exaltée, du couvent Saint-Eutrope. Cette dernière apparaissant au troisième est interprétée par Isabelle Huppert, qui ne s’attendait pas à déclencher autant de rires le soir de la première. « J’ai été très surprise par les réactions du public hier, racontait-elle lors d’une rencontre de presse à l’hôtel Adlon. C’est vrai que le roman de Diderot est un roman satirique; il s’autorise à une certaine distance ironique dans son roman, qui s’exerce surtout dans la troisième partie avec l’arrivée de cette religieuse. Je n’ai pas pensé faire rire, mais je crois que c’est Diderot qui est [...]

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Berlinale 2013 : La voix sacrée d’Alanis Obomsawin

14 février 2013 · Cinéma, Divers · Manon Dumais

Plus tôt cette semaine, à l’Ambassade canadienne, le volet Talents en vue de Téléfilm Canada offrait une conférence intitulée La voix sacrée des femmes où l’Australienne Catriona McKenzie (Satellite Boy, présenté dans la section Generation), la Néo-Zélandaise Chelsea Winstanley et la Canadienne Alanis Obomsawin (Richard Cardinal : Cry From a Diary of a Métis Child, présenté dans la section NATIVe) parlaient de leur carrière respective et du rôle qu’elles jouaient dans leur communauté. « Au cours des deux dernières décennies, a expliqué la directrice générale de Téléfilm Canada Carolle Brabant, le cinéma autochtone a réellement pris son essor. Les créateurs autochtones nous instruisent, nous inspirent, nous provoquent et nous divertissent en perpétuant la tradition orale et en partageant leur expérience unique et leur savoir. Le succès et la diversité du cinéma autochtone doit beaucoup aux femmes. » Présentée comme un trésor national par le modérateur Jason Ryle, directeur exécutif d’ImagineNATIVE Film, Alanis Obomsawin est l’une des premières à avoir fait entendre la voix des autochtones alors que personne ne l’écoutait. Lorsque Ryle lui a demandé d’expliquer sa mission auprès des autochtones, elle a eu cette réponse humble : « Je peux seulement dire que j’écoute les gens. J’ai passé ma vie à écouter les [...]

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Berlinale 2013 : La pasionaria de Téléfilm Canada

12 février 2013 · Cinéma, Divers · Manon Dumais

Directrice générale de Téléfilm Canada depuis 2010, Carolle Brabant paraît bien réservée derrière ses lunettes rectangulaires. Et pourtant, dès qu’elle parle de notre cinéma, on sent en elle toute la passion qui l’anime. Mardi, peu avant un dîner de presse à l’Ambassade du Canada, à quelques minutes de marche du Berlinale Palast, j’ai pu m’entretenir brièvement avec elle à propos de l’engouement du cinéma québécois et canadien à l’international au cours des récentes années. « J’espère qu’on n’est pas la saveur du mois, c’est pour cela qu’on travaille très fort, assure-t-elle. Notre rôle à Téléfilm Canada, c’est d’essayer le plus possible de faire connaître nos cinéastes, nos films, d’offrir des occasions de les montrer et de les faire briller. » À cette fin, des projets ont été créés, dont Talents en vue : « Il s’agit d’une signature que nous avons mise en place il y a à peu près trois ans à Toronto. Elle est toujours liée à ce qu’on a comme sélection dans le festival. Par exemple, il y a deux ans, on avait organisé un événement sur le court métrage et un autre sur la diversité. Cette année-là, il y avait beaucoup de films sur ce thème, dont Monsieur Lazhar de [...]

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Berlinale 2013 : Pierrette + Romane + Marc-André

10 février 2013 · Cinéma, Divers · Manon Dumais

Cet après-midi, peu après la projection de presse de Vic+Flo ont vu un ours, Denis Côté, Pierrette Robitaille, Romane Bohringer et Marc-André Grondin ont rencontré des journalistes de la presse internationale. Comme l’a fait remarqué Martin Bilodeau du Devoir, pour ceux qui ne la connaissaient pas, Pierrette Robitaille est surtout connue pour ses rôles comiques. Il était donc surprenant que de la voir évoluer dans l’univers de Denis Côté, un cheminement qui n’a sans doute pas été de tout repos… « Le chemin est assez simple, a raconté l’actrice. Juste le fait que Denis m’ait demandé pour jouer dans ce film-là, c’était déjà pour moi une façon de changer complètement de jeu. Il sait très bien ce qu’il veut lorsqu’il tourne. Il savait comment me parler, j’ai cru comprendre ce qu’il voulait et fait du mieux que j’ai pu. Il n’y avait pas d’autres choix possibles, je voulais vraiment correspondre à ce que lui imaginait, ce qu’il voulait de moi. Je ne sais pas s’il a eu un cheminement à faire pour me retrouver, mais moi, c’est celui que j’ai fait. » Après que Denis Côté ait affirmé avoir écrit le rôle pour Pierrette Robitaille et reconnu avoir tiré beaucoup de plaisir [...]

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Berlinale 2013 : Vic + Flo ont été vues à Berlin

10 février 2013 · Cinéma, Divers · Manon Dumais

Surnommé à son corps défendant « le gars des festivals », Denis Côté aime apparaître là où personne ne l’attend. Ainsi, un an après Bestiaire, poème zoologique ayant été accueilli avec enthousiasme chez les uns et rejeté avec violence par les autres, le voilà de retour avec Vic + Flo ont vu un ours. Comme il l’expliquait à la conférence de presse cet après-midi à la 63e Berlinale, ce n’est ni un film pour enfants, ni un film d’animation, et les Vic et Flo en question ne sont pas des garçons. De fait, Vic + Flo ont vu un ours, présenté en compétition officielle (l’an dernier, Bestiaire s’était retrouvé dans la section Forum), flirte avec le drame naturaliste, le film de vengeance, le film de genre, le surnaturel, le conte et le romantisme. « Des fois les gens me demandent quand est-ce que je vais faire un film d’horreur, expliquait le cinéaste rencontré tout juste à près la conférence de presse en compagnie de confrères de la presse québécoise. Je ne veux pas faire de films d’horreur, je veux faire Les yeux sans visage de Franju. C’est un peu un film d’horreur, mais ce n’en est pas tout à fait un et il [...]

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RIDM 2012 : Tomi dans tous ses états

14 novembre 2012 · Divers · Manon Dumais

Premier film de Brad Bernstein, Far Out Isn’t Far Enough : The Tomi Ungerer s’avère un portrait vivant et original d’un artiste à la fois adulé et controversé. Né en 1931, à Strasbourg, d’un père horloger et d’une mère actrice, Tomi Ungerer, lauréat du prix Hans Christian Anderson (l’équivalent du Prix Nobel en littérature jeunesse), est très tôt déchiré entre ses racines mi-françaises mi-allemandes. Ayant perdu son père très jeune, enfant de la guerre, l’artiste torturé et paranoïaque s’installe à New York où il rencontre l’éditrice Ursula Nordström. En 10 ans, il publiera 90 livres pour enfants, dont Les trois brigands, adapté au cinéma par Hayo Freitag en 2007 pour lequel Ungerer a assuré la narration. Pacifique convaincu, il dénonce dans ses percutants dessins satiriques les atrocités de la guerre du Vietnam. Par la suite, il se lance dans une série d’illustrations à caractère érotique et pornographique. Et puis, silence radio pendant près de 25 ans… Ponctué de séquences d’animation inspirées de l’œuvre d’Ungerer, Far Out Isn’t Far Enough divertit autant l’œil que l’esprit. Alors que l’artiste livre ses confidences tantôt avec son humour si singulier, tantôt avec une vive émotion, Bernstein met brillamment en lumière le génie de cet artiste unique, [...]

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Cinemania 2012 : Bonnaire et Kline

4 novembre 2012 · Cinéma, Divers · Manon Dumais

Joueuse, premier long métrage de Caroline Bottaro, se veut un hommage à Sandrine Bonnaire, qui y joue au côté de Kevin Kline s’exprimant en français avec un irrésistible accent américain. Présenté par Dominique Besnéhard, le film sera projeté ce dimanche à 17h, à la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque québécoise. En 2009, j’ai rencontré au FFM la réalisatrice et l’acteur venus promouvoir Joueuse. Voici leurs propos. « Souriez de temps en temps, ça vous va mieux que cet air sérieux », lance Kevin Kline à Sandrine Bonnaire dans Joueuse, où la seconde s’initie aux échecs au contact du premier. Cette réplique, absente du roman La Joueuse d’échecs de Bertina Heinrichs qu’a librement adapté Caroline Bottaro, la réalisatrice l’a écrite en pensant à l’actrice. « Il y a plusieurs choses écrites spécialement pour Sandrine dans le scénario, expliquait Bottaro rencontrée au FFM, le rôle a été écrit spécialement pour elle. J’avais aussi envie de faire un portrait de Sandrine et ça m’a fait plaisir en France lorsqu’on m’a dit que mon film était presque une somme de sa carrière, que certains de ses sourires font penser à À nos amours, à La Cérémonie. » À propos de sa partenaire, Kevin Kline, également rencontré au FFM, [...]

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