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Michel Rivard se prononce sur la Charte des valeurs québécoises

Après avoir qualifié la Charte des valeurs québécoises de « réductrice et électoraliste » sur sa page Facebook mercredi (commentaire qu’il a par la suite effacé), Michel Rivard apposait aujourd’hui sa signature au fameux Manifeste pour un Québec inclusif. Entretemps, l’artiste s’est entretenu avec moi jeudi pour discuter de son album à venir. Actualité obligeant, la conversation s’est dirigée vers la chanson engagée, l’identité culturelle québécoise et, bien sûr, la Charte des valeurs québécoises.

En attendant l’entrevue à paraître dans le Voir de jeudi – ainsi que le verbatim pas mal complet de la conversation sur mon blogue par la suite -, voici un extrait de l’échange où l’auteur-compositeur-interprète aborde le sujet de l’heure.

 En parlant de Montréal, si c’est possible de bifurquer un peu : à la veille des élections, de quoi Montréal aurait besoin, culturellement parlant, selon vous?

J’suis totalement excité par la variété, par la quantité de proposions culturelles qu’on a, qui nous amène à différents échanges avec les communautés. J’suis content de voir les jeunes musiciens d’un certain âge s’accepter. Autant les bands francophones qu’anglophones et « l’interpollinisation » entre les deux. Ce que je demande aux élus, c’est de faire en sorte que Montréal soit de plus en plus ouverte, verte et tolérante.

Mon rêve est toujours le même : je suis nationaliste jusqu’à un certain point. Je suis nationaliste jusqu’à l’ouverture. S’il s’agit de fermeture, je ne suis plus là pantoute. Je crois que le Québec devrait être un pays, mais je crois que le Québec devrait être un pays à l’image de la réalité qu’on vit actuellement et cette réalité là, elle passe aussi par les communautés, etc. Autant que je lutte pour que le français se conserve, autant je suis content de savoir qu’on retrouve pas mal de bands et d’auteurs-compositeurs-interprètes anglophones de talent à Montréal et que ceux-ci connaissent leurs vis à vis francophones. C’est ce que je souhaite : que l’ouverture se fasse dans les deux sens. C’est à dire qu’on réussisse à préserver ce qu’on a à préserver tout en demeurant ouvert et que ça ne se fasse pas que d’un côté; que seulement la communauté francophone soit accoutumée aux artistes anglophones, par exemple; que les anglophones aussi savent aussi qui sont les Louis-Jean Cormier, Marie-Pierre Arthur et compagnie.

Mais je suis plus un optimiste qu’un polémiste. Je regarde les choses aller organiquement. Il y a 30 ans, on ne mangeait pas de fromage québécois, on ne buvait pas de bières québécoises et puis il y avait quatre groupes à Montréal! (rires) Là, il y en a une centaine, on a une culture de bouffe et une ouverture vers les autres cultures. Je crois qu’il faut rassurer les gens, le reste du pays, que cette ouverture-là ne nous éloigne pas de nos propres valeurs.

Comme c’est le sujet de l’heure, je prends une chance : et vous la Charte, vous en pensez quoi?

J’ai l’impression que je viens de répondre! (rires)

En effet! Je voulais juste m’assurer qu’on faisait bel et bien référence à ça…

Je fais surtout référence au fait que je n’accepterai rien du gouvernement qui va faire en sorte que de mes ami(e)s se sentiront exclu(e)s. Ça s’arrête là. Moi, me faire guérir par un monsieur qui a un turban, qu’est-ce que tu veux que ça me fasse!? Tant que c’est un bon médecin!

Je suis aussi tombé sur des témoignages extraordinaires. Une femme musulmane qui disait, avec un grand sourire, qu’on ne doit pas avoir peur, qu’on ne la force pas à porter le voile, qu’elle n’est pas soumise à un mari intégriste, que c’est son choix et que sa soeur, par exemple, ne le porte pas. Est-ce que ça l’empêche d’être une excellente éducatrice en garderie? Quand elle habille nos enfants pour l’hiver, est-ce qu’elle lui inculque aussi le Coran? Ben voyons donc! J’ai peur que ça alimente les peurs. J’ai aussi entendu un témoignage d’une dame d’Huntingdon, qui disait : « Ben moi, je suis pour la Charte parce qu’il faut qu’on se protège. Sinon, ils vont nous envahir! Nous autres, quand on va dans leurs pays, faut le mettre leur accoutrement. Sinon, on se fait lapider! » C’est un peu extrême, entendons-nous, mais y’a vraiment des gens qui mélangent tout, qui confondent Al Qaïda et cette dame qui travaille à la garderie.

Je ne condamne pas le gouvernement. Je trouve ça un peu électoraliste, mais ça suscite au moins un débat. Mais que le débat reste sain et profitons pour expliquer les différences aux gens. Il y a des différences entre la propagande, le prosélytisme et compagnie. Ça me dépasse! Je trouve que ça va à l’encontre de tout ce que je ressens depuis des années : le plaisir d’entendre une jeune Chinoise avec un accent québécois ou encore de voir quelqu’un manger une poutine avec un voile sur la tête. Je ne monte pas aux barricades. J’attends de voir, car il y a des discussions en cours, mais je souhaite que ça suscite un débat sain. Mais, honnêtement, je ne vois pas comment ça passerait. Il y a trop de gens contre, trop de gens qui peuvent se dire « on veut bien se définir, mais pas faire dans l’exclusion pour des raisons aussi ridicules. » Et c’est des problèmes qui ne sont pas là! Y’en a d’autres et des vrais!

Site officiel de Michel Rivard : michelrivard.ca

Photo : Valérie Jodoin-Keaton