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La liste de Noël de Poulet Neige en 10 sélections

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L’étiquette locale Poulet Neige remet ça cette année avec une quatrième édition de sa Liste de Noël, une compilation d’albums d’artistes québécois offerts gratuitement en ligne.

Cette année, le collectif derrière l’initiative revient à la charge avec une sélection réduite lorsque comparée aux éditions précédentes, mais tout de même considérable (on parle quand même de 59 disques!). Le principe est simple : vous vous rendez sur le site, vous choisissez les oeuvres désirées, vous recevez un courriel vous expliquant comment les télécharger le 25 décembre puis vous profitez du congé des Fêtes – et de votre gueule de bois – pour découvrir de la nouvelle musique.

Vous ne savez pas trop quoi choisir? Je vous en propose dix sélections tirées de nos critiques…

Xania – Xania (Indépendant)
Artiste rap de champ (très) gauche de Montréal, Xania faisait paraître il y a quelques semaines une œuvre homonyme fort intrigante. Avant de froisser les puristes, précisons que l’interprète privilégie des inclinaisons dignes d’électrons libres comme Random Recipe, Kimya Dawson ou encore Luscious Jackson au profit d’un rap qui adhère mordicus aux préceptes du genre. Ceci étant dit, Xania peut se faire aussi aigre que Kanye (Hip Op) et donner du fil à retordre aux Angel Haze de ce monde dans le département du délicieusement salace (Jealous Boys). Les beats étant incroyablement rudimentaires (voire trop), notre attention est donc portée par les rimes de la rappeuse. Là où elle brille, justement.

Oothèque – Oothèque (Bonsound)
Dire du projet indie-rock-électro-grunge-new-wave de Francis Mineau qu’il est iconoclaste tient de l’euphémisme, mais l’artiste connu du grand public en tant que batteur de Malajube et Peter Peter est toutefois loin de livrer un joyeux bordel. Bien qu’un bon nombre d’écoutes soit nécessaire avant de saisir les clés de l’œuvre, ces séances demeurent tout de même agréables, Mineau parsemant son morceau de bravoure de plusieurs compositions accrocheuses à la sensibilité très pop, dont Portrait d’une panthère, FM et Ligne ouverte, notamment. Celles-ci devraient d’ailleurs plaire aux amateurs de The Cure, de Broken Social Scene, voire de certaines pièces de Dumas. À découvrir, lentement mais sûrement.

El Motor – Le Monstre (Big Fat Truck/Label For Rent)
La machine s’emballe à nouveau, six années après la parution de leur premier album. Des années de spectacles (ensemble ou en accompagnant Louise Forestier) et de galère qui nous amène à ce Monstre détonnant. Bien que le collectif n’ait pas perdu sa plume éthérée et imagée ni son sens de la mélodie accrocheuse (l’extrait L’homme éléphant vient en tête), la première moitié surprend en versant dans le rock pop de champ gauche qui devrait plaire aux fans des Pixies, voire certains moments de Malajube et Karkwa si vous tenez à des références locales. Plus l’œuvre se dévoile, par contre, plus la bête s’avère sombre et psychédélique. Tout un trip. On devine que le disque divisera bon nombre de mélomanes, certes, mais El Motor revient quand même à la charge avec un album aussi inattendu qu’apprécié. Pari relevé, donc.

L’homme éléphant

Champion – °1 (Bonsound)
Ce troisième album studio, Champion aurait pu le lancer sous un autre nom tant il diffère de son fameux Chill ‘Em All ou de Resistance. Malgré quelques apparitions de Pilou (voix) et la subtile présence des G-Strings, le party électro-rock cède le pas à des pistes instrumentales électro-orchestrales, très cinématographiques, dont l’ambiance est assombrie par les mystérieux arrangements de cordes de Jean-Nicolas Trottier. Répétitif, plus axé sur l’émotion que les mélodies, °1 s’écoute comme la trame sonore d’un film qui n’existe que dans la tête de Champion. Sauf qu’émane du disque une telle sincérité (le musicien va jusqu’à livrer quelques maquettes folk-blues sans pudeur) qu’une écoute nous permet d’imaginer la dureté des épreuves vécues par Champion ces dernières années. (O. Robillard-Laveaux)

40 #@%&!

David & The Woods – David & Les Bois (Cuchabata)
Après bon nombre de parutions de tout acabit – allant de l’album d’excellentes reprises Satory (2008) au très rock alterno «Sebadohesque» bilingue The Peace Den (2011) – essentiellement en anglais, le versatile troubadour David Dugas Dion se glisse la langue de Molière bien profond dans le gosier et livre David & Les Bois, une oeuvre intrigante et imprévisible. Alliant des inclinations prononçées pour le rock dit «nineties» (Scaphandre) ainsi qu’un intérêt marqué pour un folk psychédélique que Serge Fiori ne renierait pas (Je suis mort), Dion propose un disque aussi touffu que «low-fi». Un chouette trip! Les mélomanes appréciant The Besnard Lakes, les projets de Lou Barlow, voire Navet Confit, devraient tendre l’oreille.

Yann Perreau – À genoux dans le désir (Bonsound)
En choisissant de mettre en musique des textes inédits de Claude Péloquin, Yann Perreau a trouvé une petite mine d’or: une poésie crue et sensuelle qui cadre parfaitement avec l’urgence de son interprétation. Chantant l’amour et le désir, Yann Perreau a accouché d’ambiances hétéroclites, si bien que l’unité du disque ne semble tenir qu’aux mots de Péloquin. Bien que certaines idées tombent à plat (le rock brut de la chanson Les temps sont au galop, les sonorités électro 80 de la pièce Le coeur a des dents), le risque paye alors que Perreau immortalise deux de ses meilleures chansons en carrière: Qu’avez-vous fait de mon pays?, un hymne solennel qu’on chantera pendant des décennies, et Le bonheur est à côté, pas de l’autre côté, qui nous rappelle à quel point la formule piano-voix décuple l’impact de Perreau. (O. Robillard-Laveaux)

Misteur Valaire – Bellevue (Mr Label)
Bellevue amène Misteur Valaire vers un son électro-pop plus actuel, plus éclaté aussi avec ses échos de ragtime, de tex-mex hawaïen (!), de hip-hop et de disco cosmique 70s. La troupe de Sherbrooke n’a toutefois pas délaissé les tournures jazzistiques, prog et rock qui pimentaient ses précédents efforts. Sur ce quatrième album, MV démontre habilement son savoir-faire, proposant une production léchée et quelques invités de marque, dont Jamie Lidell et l’ex-Das Racist Heems. Si Bellevue se veut plus maîtrisé et plus calculé que le précédent Golden Bombay, le groupe y a perdu au passage un peu de son côté fou-fou et de son groove. Ceci dit, c’est surtout sur scène que ça se passe avec MV et c’est sans doute là que nous découvrirons ces 11 nouveaux titres sous un autre jour, ce qui devrait changer notre perspective sur l’album qui laisse au final l’impression d’un disque un peu trop chargé et froid. (P. Baillargeon… mais moi, j’ai adoré ce disque du combo, bon!)

Ponctuation – 27 Club (Bonsound)
Guitares fuzzées, batterie adéquatement néanderthalienne, aboiements exaltés; le sac à malices du duo de Québec Ponctuation distille, pour le malin plaisir de notre tête brûlée, le raffinement d’une bagarre de bar vue par la référentielle lorgnette de Quentin Tarantino. Ce premier album nimbé d’écho malaxe rock garage, rockabilly, yéyé et autres musiques narquoises pour une demi-heure de poum-paf-poum-paf-gling-gling vénéneux qui désencrasse et transpire une toute séduisante nonchalance. Bien que largement inaudibles, les textes spirituels des frères Guillaume et Maxime Chiasson – diatribe anti-métro-boulot-dodo, histoires d’amour foireuses, douloureux souvenirs d’humiliations – méritent qu’on reprenne son souffle, le nez dans le livret. (D. Tardif)

O Linea – Distractions (Slam Disques)
O Linea a beau s’éloigner du punk pour embrasser un registre plus rock sur ce quatrième disque, la formation arrive à bon port grâce à ses forces intrinsèques présentes depuis la parution de La force des choses en 2007. Toujours mené par le chant puissant de Julien Vézina, dont les inflexions en hauteur procurent le même effet d’urgence que celles de Cedric Bixler-Zavala (At the Drive-In, The Mars Volta), le quatuor va même jusqu’à introduire des rythmes disco (Carte postale), voire soca (Mutation) dans son répertoire. Malgré ces changements, les guitares acérées d’O Linea naissent toujours d’une agressivité bien servie par la plume et les mélodies rassembleuses de Vézina qui ne tombe jamais du côté de la pop prévisible. (O. Robillard-Laveaux)

Rock Forest – X1000 (Indépendant)
Projet issu de la ferraille du groupe rock expérimental Man Machine, Rock Forest convainc sur sa première offrande X1000. Œuvre recherchée et bourrée d’idées – voire trop? –, cette carte de visite est traversée d’époques et d’ambiances. Ainsi, Tears for Fears rencontre Vampire Weekend, tandis que Talking Heads flirte avec Organ Mood (autre formation orchestrée par Christophe Lamarche-Ledoux, chanteur de Rock Forest) sur la première moitié de l’enregistrement; la seconde est davantage réglée au quart de tour, évoquant l’appellation antérieure du quatuor. Bref, un disque un brin brouillon – et aux textes parfois faiblards –, mais, par-dessus tout, un produit s’émancipant brillamment du giron indie local typique.

La suite sur listedenoel.ca.