Nicolas Baier : Repartir à zéro
Arts visuels

Nicolas Baier : Repartir à zéro

Après Les Bricolos et De fougue et de passion, Nicolas Baier livre tous les éléments de son univers, chez Skol.

«Je me débarrasse de tout», se plaît à répéter l’artiste Nicolas Baier. À voir sa nouvelle expo chez Skol, on est porté à le croire. Celui qui organisa avec Emmanuel Galland Les Bricolos, en 1998 à la Galerie Clark, et qui a participé (en tirant bien son épingle du jeu) à l’événement De fougue et de passion au Musée d’art contemporain, l’année précédente, nous propose une installation photo qui constitue une forme d’abandon mais aussi de contestation devant la fatalité du réel.

Cela s’intitule Liquidation Niko & co, et l’artiste semble y offrir symboliquement (grâce à une série de photos) tous les éléments qui composent son univers. C’est comme un dernier bilan avant un grand changement, un grand départ. Un dernier coup d’oeil jeté par-dessus l’épaule avant un long voyage. Est-ce un signe du désir qu’éprouvent certains de nos contemporains de repartir en neuf, avec le nouveau millénaire?

Quoi qu’il en soit, Baier semble faire le vide, en nous livrant le contenu de son appartement mais aussi de ses rêves: disques, journaux, outils, pots de peinture, système de son, vaisselle salle (présentée dans une extraordinaire image d’évier en coupe transversale), et même un cendrier au motif du père Noël… Tout est à liquider. Par endroits, c’est aussi le revêtement du sol qui est à vendre. On a l’impression que l’artiste nous dit: voici mon univers, il est à vous, je vous l’offre, je pars en chercher un autre. Même les projets possibles auxquels l’artiste a rêvé ou aurait pu rêver, avec ses amis et collègues, s’y trouvent exécutés.

Baier explique cette attitude ainsi: «On se fait des projets qui vont nous sauver, qui vont nous ramener à la raison. On appelle des amis, on travaille comme des fous pour que ça marche, on en parle sans cesse, on tasse tout! Puis on se rend à l’évidence, nos projets sont obsolètes, on les retrouve par terre, salis, l’un appuyé sur le mur, d’autres dans de vieilles boîtes, le reste dans un repli du coin des choses qu’on a oubliées».

Dans ce travail se profile une attitude saine devant l’art qui semble secondaire devant la réalité de la vie. On y sent une réaction contre le carriérisme, le désir de produire à tout prix une grande oeuvre et le fonctionnement en vase clos du milieu de l’art. Baier nous dit que si l’art a un sens, c’est parce qu’il nous permet de réaliser des choses importantes dans le quotidien.

Pour déjouer la vie qui nous offre juste un petit morceau de bonheur dont on voit déjà les limites, Baier jette tout. Et il se sert de l’art (et de la photo) pour échapper à cette fatalité. Lorsque l’on voit son expo, on a envie de suivre son exemple. Heureusement, et étrangement, grâce à ce demi-constat d’échec l’artiste présente une expo visuellement époustouflante avec de belles pièces dont certaines produites avec la collaboration de Marie-Claude Bouthillier, Mathieu Beauséjour. Il y a finalement un peu d’espoir.

Star d’un soir
Toujours chez Skol, mais dans la petite salle, il ne faut pas rater l’installation de dessins de Katie Bethune-Leamen. Cela s’intitule Starfucker .

Il y a des groupies et autres adorateurs de stars qui les poursuivent, les harcèlent, leur serrent la main (pour ne plus se la laver pendant des semaines), leur quémandent des autographes, une photo ou même une pièce de vêtement qu’ils conservent telle une relique. D’autres tentent de les fréquenter pour donner un peu de grandeur à leur propre vie.
Dans son expo, l’artiste présente des dessins volontairement simples et parfois un peu enfantins où sont exhibés des rêves qu’elle a eus et qui mettent en scène des vedettes avec lesquelles elle aurait eu aussi ce type de contacts.

Dans ses rencontres nocturnes, Bethune-Leamen embrasse River Phoenix, a des relations sexuelles avec Arnold Schwarzenegger, costumé en Conan le barbare – à chacun ses fantasmes -, ou avec Drew Barrymore; et rencontre Michael Jackson, avec lequel elle ne couche pas (un peu de réalisme tout de même!), mais qui lui confie que sa carrière va très mal! C’est drôle et cela laisse rêveur!

Jusqu’au 11 décembre
Galerie Skol

Parcs d’attractions
Du caravagesque Evergon, le public était habitué à de grands et impressionnants polaroïds dégageant une atmosphère baroque dramatique. Depuis peu, cet important photographe semble s’engager sur une nouvelle voie avec de petits formats plus épurés. Il tourne ainsi le dos (momentanément?) à une certaine esthétisation qui ne fut pourtant chez lui jamais facile ni complaisante. Il y a toujours eu dans son travail un intérêt pour des êtres étranges et atypiques comme, par exemple, ces figures inspirées du dieu antique Pan (mi-homme, mi-bouc) au désir débordant pour les deux sexes.

Avec Manscape and Artefact, à la Galerie Trois Points, l’artiste documente, par une série de photos, ces parcs et ces lieux de rencontre, entre hommes, que l’on retrouve dans la majorité des grandes villes. Evergon possède déjà plusieurs milliers de clichés sur ces lieux. On avait déjà aperçu quelques éléments de cette série lors de mise en vente de photos de l’artiste pour la campagne de financement d’Action Séro Zéro, au Sky Pub, en mai dernier. Le photographe n’a cependant pas opté, cette fois-ci, pour une impression ocre ou sépia (un peu pisseux) qui donnait à ses images une atmosphère ancienne, onirique et en même temps un peu dérangeante.

Sur un des deux grands murs de la galerie, près de deux cents images en noir et blanc sont simplement alignées. En comparaison avec ses travaux plus anciens, c’est une présentation pauvre peut-être même à l’excès. On reconnaît ici et là des lieux comme, par exemple, le petit Soho Square à Londres. La liste des villes représentées est impressionnante: Chicago, Berlin, Sydney, Melbourne, Tenerife, Vancouver, Montréal et même la ville des amoureux, et des mariages (hétérosexuels, bien sûr), Niagara Falls. Les murs de ces lieux servent ici de supports à des graffitis, des signes de reconnaissance, des expressions plus ou moins vulgaires.

Sur le mur opposé, une série d’objets trouvés sur place par l’artiste sont préservés dans des sacs en plastique. Cela va des sous-vêtements aux photos pornos en passant par une ceinture et, étrangement, un ours en peluche! On se demande bien ce que cet objet fait là…
Evergon a voulu inclure différents restes d’activités sexuelles réalisées dans ces lieux pour enlever tout aspect romanesque à ses photos qui documentent, après tout, des parcs souvent créés d’une manière pittoresque avec une profusion de sculptures pour en agrémenter le parcours. Le photographe a bien fait de compléter ainsi ce paysage sexuel car la simple représentation de ces endroits (malgré un avertissement à l’entrée de la galerie) est tout de même assez banale pour tout citadin ayant les yeux un peu ouverts.
Evergon se propose de poursuivre prochainement ce projet, cette fois avec des villes en marge du monde occidental. Il a déjà commencé son repérage et établi des contacts à travers le monde. On attend avec intérêt de voir s’il existe vraiment un ailleurs pour le désir.

Jusqu’au 18 décembre
Galerie Trois Points Jocelyne Aumont

à signaler
*La peintre Louise Robert est de retour à la Galerie Christiane Chassay. Les mots dans la peinture, la peinture des mots: c’est à ce noeud entre image et langage que nous convie l’artiste jusqu’au 11 décembre.

*Importante expo, avec des pièces de Pierre Ayot, André Fournelle et quelques autres, au Centre des arts contemporains du Québec à Montréal. Jusqu’au 22 décembre.

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