La Biennale de Montréal : L'art du temps
Arts visuels

La Biennale de Montréal : L’art du temps

Pour Claude Gosselin, la Biennale de Montréal est un moment privilégié de rencontres et d’échanges entre artistes d’ici et artistes internationaux. Et l’occasion exceptionnelle pour le public de prendre le pouls de la création contemporaine.

Jeudi dernier, au Palais du commerce, l’ambiance était à la fête. La seconde édition de la Biennale de Montréal venait juste d’ouvrir ses portes. Et le public très cultivé d’artistes, de spécialistes et de critiques qui emplissait les salles savourait avec grand plaisir les différents pièces présentées.

Certains murmuraient que telle pièce exceptionnelle d’un artiste renommé allait certainement être achetée par un musée montréalais… D’autres faisaient remarquer, avec justesse, combien l’ambiance générale évoquait les plus beaux moments des Cents Jours de l’art contemporain à la fin des années 80!

Il faut dire qu’en effet cette cuvée 2000 de la Biennale est un bon cru, qui risque de bien vieillir dans notre mémoire collective. Et ce, malgré quelques pièces décevantes.

Plusieurs des oeuvres exposées sont d’une grande sensibilité. Leurs artistes ont réussi à éviter les simples effets de mode qui prennent l’affiche plus souvent qu’autrement dans ce genre de manifestations.

Les biennales sont loin d’être toujours des événements montrant des oeuvres nouvelles et vraiment majeures. À travers le monde (Venise, Sao Paolo, Istanbul, Lyon, Sydney, New York avec le Whitney…) elles sont, pour plusieurs d’entre elles, les nouveaux Salons, ces expositions officielles qui autrefois à Paris – tous les deux ans – consacraient des noms déjà bien connus, en ne prenant pas de grands risques. Bien souvent dans les biennales (les moins importantes, bien sûr), les artistes expédient des pièces réalisées ailleurs, mal réinstallées pour l’occasion, et déjà à maintes reprises vues dans des revues d’art ou dans des galeries.

Alors à quoi sert une biennale à Montréal? Est-ce que des événements ponctuels dans des galeries ou comme par exemple avec Artifice (malgré sa vision plus régionale), ne peuvent pas plus facilement et plus librement montrer les recherches les plus innovatrices sans pour autant tomber dans la répétition des grandes tendances internationales? À l’évidence cette année, la Biennale, avec sa trentaine de participants, a démontré la nécessité de son existence dans le milieu de l’art canadien.

Il faut dire que "75 % des oeuvres présentées sont soit totalement nouvelles, soit des premières nord-américaines", insiste le directeur Claude Gosselin. C’est ce qui donne une ambiance excitante à l’ensemble.

De plus, Gosselin perpétue avec intensité un noble mandat qu’il s’est donné il y a des années: "Depuis 1986, dans la lignée des Cent jours, j’ai toujours mis en place un événement qui attire un large public à voir la création d’artistes importants. C’est ce qui motive par exemple mon désir de laisser le prix d’entrée à seulement 2 dollars".

Et puis, d’ajouter Gosselin, la Biennale de Montréal, de par sa structure encore malgré tout très familière, demeure "un moment privilégié de rencontres et d’échanges entre artistes d’ici et artistes internationaux".

Et ceux-ci sont bien d’accord. Du Japonais Yoshihiro Suda, qui apprécie "l’atmosphère très intime qu’une plus petite biennale comme celle de Montréal peut encore permettre", au jeune Montréalais Nicolas Baier, qui se réjouit encore d’avoir pu ainsi discuter simplement avec le chevronné Michael Snow au détour d’un corridor, il s’accordent tous pour vanter les mérites de la Biennale… "Ce n’est pas comme dans un symposium", fait remarquer Diane Landry, "on ne vit pas ou on ne mange pas ensemble durant le montage, mais c’est une occasion exceptionnelle de dialoguer sur une même problématique".

Avec le temps
Cette année, pour renouveler l’esprit de l’événement (et pour faire suite à certaines critiques?) Gosselin ainvité une commissaire réputée pour diriger le volet arts visuels de la Biennale. La Torontoise Peggy Gayle a choisi le temps, comme thème. "Mais pas le temps qui se mesure, un temps plus symbolique" nous a-t-elle indiqué. Donc rien à voir avec l’expo qui s’est tenue en début d’année au Musée Beaubourg à Paris. "Pas d’horloges ou de montres à voir ici", précise-t-elle. Et c’est tant mieux. Le temps y est présenté à un niveau plus abstrait.

Dans cette biennale la surprise la plus forte vient des jeunes artistes locaux. Ils questionnent d’une manière originale cette notion de temps pourtant si souvent discutée.

On ne vous dira jamais assez combien nous aimons le travail de Massimo Guerrera. Surtout quand l’artiste s’abstient de rendre trop claire sa critique de la société de consommation (par des références à McDonald’s, par exemple). Son installation est tout simplement formidable. Il entremêle les temps avec brio. Un party (dont on peut voir des photos) et qui a eu lieu dans un décor semblable à celui recréé dans les locaux de la Biennale peut se reproduire à n’importe quel moment… Le spectateur est invité à s’asseoir, à manger et à poursuivre dans le présent avec l’artiste, qui sera souvent là, le processus créatif et festif de son projet.

Très sentie est aussi l’intervention de Nicolas Baier dont nous avions beaucoup aimé le travail chez Skol il y a quelques mois. Trois immenses photos détaillent une chambre en évolution, de la simple installation du lit jusqu’à sa continuelle décoration. Cela nous parle d’une intimité mouvante en continuelle redéfinition. Intense.

Quant au grand ménage de Jean-Pierre Gauthier, il traite non pas d’une technologie à sa fine pointe, toujours en train de se propulser dans un futur plus performant, mais au contraire, de la désuétude, de l’archaïsme de machines poétiques qui produisent des bruits d’oiseaux et des fragments de musique. Il nous parle aussi du temps du plaisir. Ses "éjaculation de savons", en rafale, nous ont fait bien sourire…

Sans vouloir leur donner la grosse tête, nous devons dire que Guerrera, Baier et Gauthier n’ont rien à envier aux artistes internationaux. Ils volent presque la vedette aux autres.

Bien captivants, aussi, les parapluies qui semblent respirer, de la Québécoise Diane Landry ou la projection presque Science-Fiction du Français Bertrand Lamarche. Les fleurs et feuilles faites de bois de Yoshihiro Suda (que l’on peut voir aussi ces jours-ci chez René Blouin – on vous en reparle bientôt) parlent avec raffinement du temps d’exécution de l’oeuvre d’art mais aussi de la patience en général. Et il nous manque de la place pour parler des interventions de Michael Snow, Barabara Steiman ou d’Eric Cameron qui sont toutes trois d’une grande force…

Cependant, on ne vous cachera pas que nous avons eu quelques déceptions.

La pièce de Geneviève Cadieux frôle la banalité. Un cliché d’un arbre dans lequel le vent fait vibrer les branches est une métaphore du temps plus qu’éculée, malgré toute la sophistication des textures obtenues et la sensation justement évoquée de plénitude atemporelle. Le Forum de Germain Koh, avec ses amoncellements de livres, énonce bien simplement aussi le temps de la lecture (en faisant trop penser au Tapis de lecture de Felix Gonzalez-Foerster). Et cela, même si son idée in situ de récupération de livres n’était pas totalement inintéressante. Christian Marclay, avec ses disques posés sur les sol (et qui craquent sous nos pas), nous parle du temps de l’écoute d’une manière un peu trop évidente. Même si nous avons aimé le geste un peu iconoclaste qu’il nous demande de faire. Il est tout au plus amusant de piétiner (symboliquement) les stars de la musique… Comme quoi l’effet visuel esthétique ne suffira jamais comme recette pour créer une bonne pièce…

Malgré ces quelques bémols, il faut à tout prix prendre le temps d’aller contempler la nouvelle Biennale.

Jusqu’au 29 octobre
Au Palais du commerce, 1650, rue Berri

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