Paul Lacroix : Esthétique de la disparition
Arts visuels

Paul Lacroix : Esthétique de la disparition

Polaroïds agrandis, dessins et photocopies manipulés, les impressions sur papier et autres photogrammes de PAUL LACROIX en font un véritable iconoclaste de la photographie.

"En photographie, je suis un imposteur! clame Paul Lacroix. Je manipule. Je fais ce qui n’est pas très catholique… On ne travaille pas [en art] avec des oeillères!" poursuit-il. Après Des lèvres de velours et d’autres qui le sont moins, qui lui a valu le prix Reconnaissance de Videre lors de la dernière remise des Prix d’excellence des arts et de la culture, la présentation du travail récent de Paul Lacroix à la Galerie Madeleine Lacerte continue de nous convaincre de l’ampleur de son oeuvre. Comme l’écrivait Lisanne Nadeau lors de l’exposition de ses oeuvres sur papier au Musée du Québec en 1998: "Fort de la connaissance parfaite de son métier et avec une conscience assurée de la virtuosité acquise, Paul Lacroix s’affairera à briser constamment ses propres automatismes et à fuir l’aisance d’un certain savoir-faire." Ce n’est donc pas étonnant de l’entendre dire à propos de son travail photographique: "Chaque fois que j’agrandis l’image, elle dégénère: j’adore ça! Je pervertis les moyens. Je pervertis les techniques." C’est ainsi qu’il transforme librement ses dessins ou ses photocopies laser en photogrammes, multipliant les générations d’images, provoquant volontiers leur dépérissement. Mais ne nous méprenons point: dans le lot des accidents et autres manipulations, Paul Lacroix sait lesquels choisir.

L’exposition actuelle comprend deux grands ensembles. Un premier réunissant des photogrammes – un procédé consistant à imprimer un objet ou une image directement sur le papier photographique sans utiliser de négatif. Des photogrammes réalisés d’après d’anciens dessins et des photographies que l’artiste revisite. De la photographie à la photocopie, puis copiées sur des papiers transparents, de nouvelles versions d’oeuvres anciennes apparaissent sur de grandes surfaces noires ponctuées de couleurs. Elles acquièrent, au cours de manipulations successives, des qualités esthétiques exceptionnelles. On pense particulièrement aux grandes bandes verticales jaunes et noires réalisées à partir de la Série dorée de 1993. Ainsi, à travers ces diverses manipulations de l’image s’inscrit un double rapport au temps. Celui suggéré par l’évanescence des générations d’oeuvres constamment retravaillées et modifiées par l’artiste, et l’autre, immuable, fixé par l’empreinte photographique.

La seconde série présentée chez Lacerte est constituée d’images Polaroïd photographiées et agrandies. Dès 1974, Paul Lacroix utilisait la caméra Polaroïd dans son travail de dessin. Dans la magnifique série de 1995-1996, présentée pour la première fois à Québec, l’artiste a photographié son ombre sur des surfaces d’ardoise de la rivière Palmer à Sainte-Agathe-de-Lotbinière. Son profil se confond avec la pierre et se découpe sur un fond saturé de lumière. Encore ici, les qualités plastiques et poétiques des photographies enivrent. Si certaines d’entre elles ont sagement été encadrées – impératifs de la présentation en galerie privée (!?) – quelques-unes sont heureusement montées sur des charnières, laissant les photographies flotter nonchalamment. Il faut le souligner, toutes ces explorations fécondes se poursuivent depuis quelque temps dans les laboratoires du centre photographique Vu, avec la précieuse collaboration du photographe André Barrette, véritable magicien, selon les mots de Paul Lacroix. Les deux complices sont d’ailleurs déjà de retour au laboratoire. "Je m’amuse comme un petit fou! s’exclame Paul Lacroix. Je suis à la retraite et j’ai jamais autant travaillé!" D’ailleurs, la commissaire Marie-Lucie Crépeau prépare, pour avril prochain, une autre exposition des oeuvres de Paul Lacroix, cette fois au Musée du Bas-Saint-Laurent.
Jusqu’au 11 mars
Galerie Madeleine Lacerte

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Des nouvelles des Atopistes

Lancé en décembre dernier, l’ambitieux projet de l’Atopie textuelle continue son bout de chemin. Trois cent vingt-cinq palets ont été distribués et devront être transmis de main à main dans les six prochains mois à une deuxième génération d’Atopistes… à défaut de disparaître totalement de la circulation virtuelle. Lors de la remise des rondelles (soirée mémorable quoique interminable…), chaque participant a remis du son, des images, des textes ou des fragments de vidéo que les organisateurs ont transférés sur le site Web des Atopistes. Pour les curieux, on peut les consulter à l’adresse suivante: www.atopie.ca. Pour les aspirants Atopistes, il reste encore une centaine de palets disponibles. S’inscrire à la même adresse.

Sculpter à marée basse
La Maison Blanchette de Cap-Rouge invite les artistes intéressés à participer à une journée de sculpture sur glace qui s’annonce des plus sympathiques. Le dimanche 11 mars prochain, pendant la marée basse, c’est-à-dire entre 12h et 15h30, des sculpteurs munis de petites haches et de râpes à glace transformeront les masses de glaciers (pas toujours blancs comme neige!) échoués le long des berges du fleuve. Ces sculptures éphémères reprendront, sitôt terminées, le cours des marées… On demande aux artistes intéressés de s’inscrire rapidement.

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