Nicolas Baier : Prendre l'air
Arts visuels

Nicolas Baier : Prendre l’air

Il s’était fait néo-cubiste le temps de quelques expos. Le voici post-suprématiste! Que voulez-vous, la prérogative de l’art est de ressurgir- heureusement – là où on ne l’attend pas. Et NICOLAS BAIER réapparaît avec des images encore extrêmement bien construites, mais qui, cette fois-ci, doivent plus à Malevitch qu’à Picasso. Jugez par vous-même.

Dans la petite salle de la Galerie René Blouin, une immense image, presque totalement noire, formée de quatre panneaux, évoque, en négatif – photo oblige! -, le célèbre Carré blanc sur fond blanc. Ici une petite tache rouge, en fait un trapèze de couleur, rappelle les compositions légèrement mouvantes du Russe Malevitch; là des chiffres évoquent l’utilisation de lettrage dans ses tableaux. Ce qui semblait être pure abstraction se révèle une vision nocturne d’un appartement meublé d’un téléphone et d’un cadran lumineux, ainsi que de quelques autres objets du quotidien toujours allumés (dont une chaîne stéréo qui dit l’intérêt de Baier pour la musique) et éclairant comme des veilleuses. Noire Nuit est donc une image très contemporaine qui trouve ses sources dans les leçons formelles de l’art moderne.

Même dans les images de Nicolas Baier qui semblent plus "réalistes" – quoique ce mot ne veuille rien dire en art où le monde est toujours recomposé par l’artiste -, tout comme chez Malevitch, le spectateur sentira des effets de suspension spatiale. Grâce à une manipulation des images par ordinateur, Baier réussit à provoquer des sentiments de renversement et de flottement. Ainsi dans Lévitation où l’artiste est dans les airs flottant dans sa cuisine comme un héros du film Matrix. La photo s’y montre capable de dire la vie dans toute sa magie. Un émerveillement devant le monde.

Voilà une expo de Baier peut-être moins originale que celle présentée chez Skol en 99. La critique la plus sensible avait alors perçu la qualité intrinsèque de sa démarche qui se poursuit ici avec rigueur, mais dans une présentation globale un peu trop épurée.

Ce solo de Baier chez Blouin est néanmoins l’un des musts de la saison. Courez-y! Premièrement parce que le plus grand galeriste du Québec vient de prendre un nouveau poulain dans son écurie, ce qui est rare – pour ne pas dire rarissime -, mais surtout parce qu’un art du quotidien de la vie est au rendez-vous.

Jusqu’au 23 juin
Galerie René Blouin

Retour attendu sur la scène québécoise
Cela faisait sept ans qu’il n’avait fait d’expo solo à Montréal. Pourtant, Alain Paiement n’a pas chômé. Il a participé à plusieurs événements hors du pays, dont en Belgique. Après avoir accompli le tour des galeries et des musées du Québec, il était normal qu’il aille confronter sa démarche avec la scène européenne. Il nous revient accompagné d’une production dont l’amateur avait déjà pu avoir un aperçu lors du dernier Mois de la photo.

Comme Baier, Paiement ressurgit là où on ne l’attendait pas. Et il délaisse lui aussi une composition trop clairement morcelée au profit d’images qui semblent unifiées. Retour à un certain classicisme "compositionnel"? Fin de la fragmentation post-moderne qui, en photo, fut tant développée par David Hockney?

Que l’oeil du spectateur ne s’y trompe pas. Ces images sont bel et bien encore finement composées. Elles ne sont peut-être pas manipulées au sens propre du terme (quoique les ordinateurs aient aussi permis un travail subtil sur l’image); mais elles sont au moins ajustées de manière à garder quelques traces du montage, afin d’éloigner l’apparence de réalisme. Il ne s’agit pas de "simplement" capter la réalité du monde, mais bien de montrer sa force intrinsèque et de la mettre en valeur.

Et cela résulte en effets des mieux réussis. R-21, qui donne à voir le dessous d’une voiture Renault, montre la rouille comme un corail. Tout aussi impressionnante est cette vue à vol d’oiseau d’un appartement en désordre: un superbe chaos. Quelques images sont cependant moins réussies, telle celle d’un enfant avec ses jouets. Un peu trop banal. Néanmoins un très heureux retour.

Jusqu’au 17 juin
Galerie Clark

Ayot – Hors musée
Pour compléter votre parcours de l’univers de l’artiste Pierre Ayot, présenté au Musée des beaux-arts, il faut à tout prix aller à la Galerie Graff. Vous y "écouterez" des pièces mettant en scène des sons du monde moderne. S’y montre l’intérêt d’Ayot pour le travail de John Cage (qu’il invita d’ailleurs à Montréal pour une série de rencontres en 89). Un disque avec quelques-uns de ces sons est publié pour l’occasion, tout comme l’avait fait Jean-Pierre Gauthier – dont le travail trouve ici une importante filiation – lors de ses expos à Montréal Télégraphe ou chez Dare-dare.

La pièce Poste Canada vaut à elle seule la visite. Basée sur un fait divers, elle fait entendre, sortant d’une boîte aux lettres, le cri d’un bébé déposé là par sa mère… Le travail d’Ayot, qui a été trop souvent perçu – comme on le fait avec le pop art – comme une simple transposition du monde moderne, retrouve ici toute sa profondeur et sa conscience sociale.

Jusqu’au 29 mai
Galerie Graff
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À signaler
Il défraie la chronique des journaux et des émissions de télé. Non, ce n’est pas une rock star mais un artiste contemporain… Et que fait Spencer Tunick pour attirer les foules? Tout simplement des nus? Ben oui! Comme beaucoup de peintres et de sculpteurs depuis l’Antiquité, mais ceux-là sont en photo, croqués dans la rue, dans des lieux assez passants. En 94, il a posé des individus dévêtus couchés sur le sol de Time Square à New York… Il récidivera à Montréal, le 26 mai à 5 h du matin devant le Musée d’art contemporain, dans le cadre de l’expo Métamorphoses et clonage. Se fera-t-il arrêter cette fois-ci?

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