

Le monde est un document : Exclusion volontaire
Le livre Le monde est un document nous fait découvrir le travail de JOHN MAX, photographe qui a influencé des générations d’artistes; les textes de DAVID HOMEL nous introduisent dans leurs deux univers. Vivre éveillé.
Nathalie Côté
Le monde est un document
, c’est un portrait que l’auteur David Homel fait du photographe John Max. Né en 1936 à Montréal, Max est un des premiers photographes québécois à faire un travail photographique avec une approche autobiographique et intime. Comme l’explique Rodrigue Bélanger, coordonnateur aux Éditions J’ai VU: "Alors que la plupart des photographes documentait, par exemple, les Portugais sortant de l’église, lui photographiait sa blonde tout nue…" Cela nous semble banal aujourd’hui, mais John Max est un précurseur d’une attitude poétique, d’une certaine approche du quotidien: il envisage toujours son sujet de manière frontale. David Homel, écrivain d’origine américaine, traducteur et journaliste, nous raconte, dans la première partie du sympathique livre, la vie de l’artiste en français, puis, dans un deuxième temps, il livre dans sa langue maternelle un récit plus autobiographique, nous raconte son arrivée à Montréal après Woodstock et la mauvaise mescaline. À propos d’un voyage à New York qu’il fait à 15 ans, on lira: "I choose east. Back towards civilisation, towards the Old Country, the origins. I wanted nothing to do with California, its hippies, its optimism." Cela donne le ton: sarcastique et sans compromis. Le texte de David Homel se lit comme un roman et nous fait entrer dans l’univers étrange de John Max "par la ruelle, directement dans la cuisine". Et puis, David Homel gagne d’emblée notre sympathie quand il écrit: "La maison, dans l’interprétation freudienne du rêve, ne symbolise-t-elle pas le moi, l’âme? J’aime cette proposition, moi qui lis fidèlement Freud à la manière d’un vieux conte de fées dont on ne se lasse pas."
Cet ouvrage publié récemment aux Éditions J’ai VU fait partie de la collection L’Image Amie, dont c’est ici le troisième numéro, une collection qui fait se côtoyer auteurs et photographes. Les deux premières parutions réunissaient respectivement des textes d’Erménégilde Chiasson et un collectif de photographes, et ceux de Stanley Péan et de François Lamontagne. Cette dernière parution convainc vraiment du potentiel de la formule. David Homel nous ouvre grandes les portes de l’oeuvre du photographe. À l’instar des photographies de John Max, qui sont, comme le dit si bien Rodrigue Bélanger, "pas inutilement léchées et assez brutes", le texte de David Homel est à la fois historique et poétique, sans lyrisme, dans un style clair, jamais appuyé. Homel laisse parler John Max: ""Si je devais appartenir à une religion, je dirais que je suis bouddhiste", plaisante-t-il. Il a beau rire, mais son choix se lit partout dans sa vie. Et surtout dans son art […]." Aujourd’hui, L’Image Amie nous fait découvrir le travail photographique de John Max, connu dans les années 1960 et 1970, mais un peu oublié aujourd’hui. Son travail photographique ancré dans le quotidien, ancré aussi dans le quartier Rosemont à Montréal, mais dont la portée s’avère plus universelle. Homel termine en rapportant les paroles de John Max: "Et il [Max] ajoute en citant un texte indien: "Tenir une maison est la pratique la plus difficile qui soit. La discipline la plus difficile." La maison du moi, de l’âme. C’est le sujet de ses photographies…"
Le monde est un document
de John Max et David Homel
Éditions J’ai VU
Québec, 2002