Manuel Alvarez Bravo : Toute petite, la planète?
Arts visuels

Manuel Alvarez Bravo : Toute petite, la planète?

La renommée de Manuel Alvarez Bravo déborde enfin des frontières du Mexique. Au tour de Montréal de consacrer une exposition à l’oeuvre marquante du photographe, à peine quelques semaines après sa disparition.

Une femme aux seins nus couchée sur le sol. Elle personnalise la Bonne renommée endormie. Elle incarne presque la mauvaise réputation. Une sorte de pied de nez au bien-pensant. Elle se fait bronzer la poitrine, juste les pieds et les hanches entourés de bandelettes; à ses côtés, des formes piquantes ressemblent à des oursins: au second regard, une image presque surréaliste.

Un autre cliché, proche du style de l’Américain Weegee: un homme étendu sur le sol, une immense flaque de sang auréolant sa tête. Un ouvrier en grève assassiné. Un être sacrifié au nom d’une cause qu’il n’a pas nécessairement choisie.

Mais qui a donc réalisé ces images, presque des icônes de la photographie du 20e siècle?

Manuel Alvarez Bravo – mort le 19 octobre dernier à l’âge de 100 ans – a signé des photos marquantes. Vous en connaissez sûrement quelques-unes, sans savoir que c’est lui qui les a produites. Alvarez Bravo vaut mieux que cet effet de déjà-vu. Il mérite d’être célèbre en dehors des frontières de son pays, le Mexique. Et c’est ce qui est heureusement en train de se produire, plusieurs musées et galeries proposant des rétrospectives de son oeuvre. Sa création a été consacrée en 1997 par le Musée d’art moderne de New York (on peut d’ailleurs voir le site (//moma.org/exhibitions/1997/alvarezbravo/index.html) et en début d’année par le Getty Museum de Los Angeles. C’est au tour de Montréal d’apprécier son univers visuel.

Une partie de son oeuvre participe à cette esthétique du quotidien, si actuelle: images de draps séchant au soleil, de robes simplement posées sur une chaise, de devantures de magasin, de feuilles de papier enroulées… Le titre de l’expo, Que le monde est petit, est d’ailleurs issu d’une de ses photos montrant simplement un homme et une femme se croisant dans la rue.

Une autre partie de sa création semble plus engagée, et cela, même si, ainsi que le souligne Marcel Blouin dans le fascicule de présentation, Alvarez Bravo n’a pas milité pour des mouvements politiques comme l’a fait à la même époque sa compatriote la photographe Tina Modotti, proche des communistes. Néanmoins, Alvarez Bravo donne de la place aux ouvriers en grève, coiffeurs travaillant dans la rue et autres petites gens… Les Travailleurs du feu donne à voir des êtres, presque des extraterrestres, recouverts des pieds à la tête d’habits ignifuges. Dans l’esprit de Gustave Courbet au 19e siècle et des photographes comme Dorothea Lange ou Walker Evans qui ont documenté la vie des simples gens et des travailleurs.

Il est bon de voir un artiste en marge du réseau États-Unis-Grande-Bretagne-Allemagne entrer dans l’histoire de l’art. L’événement est assez rare pour que vous alliez examiner de près le phénomène.

Jusqu’au 28 décembre
À la Galerie Occurrence et Espacio Mexico

C’est pas la grosseur qui compte…
L’expo Think big a reçu un accueil tiède de la critique. Je n’en ferai pas non plus l’apologie. Cependant, je tiens à signaler un petit vidéo qui vaut le détour. Dans DMT, créé par March21 (nom d’artiste du Vancouverois Jeremy Shaw), on voit un gros plan de 12 minutes sur un visage de jeune homme couché. Les yeux fermés, il sourit souvent, bouge parfois ses épaules, fronce un peu les sourcils… Que fait-il donc? Dans ses moments de béatitude, on pourrait croire qu’il se masturbe. En fait, le titre de l’oeuvre nous parle plus de drogue – le DMT étant de la diméthyltriptamine -, tout comme les sous-titres qui tentent de résumer les hallucinations du jeune homme. Certes, c’est une oeuvre qui a un côté un peu adolescent. Voici un portrait très cool. Un peu trop même. Mais il mérite tout de même l’attention. Il nous parle des liens entre l’art, la création et les drogues, mais aussi de la difficulté de percevoir les émotions parfois très profondes des autres. Artiste à surveiller.

Jusqu’au 5 janvier
Au Centre des arts Saidye Bronfman

Le futur dans un rétroviseur
Permettez-moi de choisir \\à nouveau une oeuvre dans une autre expo collective plutôt moyenne, celle-ci à la Galerie d’art Leonard & Bina Ellen de l’Université Concordia.

Il vous reste jusqu’à samedi pour aller voir la pièce de Stéphane Gilot présentée dans le cadre de l’événement Le Secret le mieux gardé de Montréal.

Intitulée Unité de transformation génétique pour la colonisation de Mars, la pièce de Gilot est composée d’une salle d’attente futuriste dans laquelle est diffusé un petit film composé d’images abstraites et très dignes des avant-gardes des années 20. Voilà une belle mise en scène sur la modernité, sur les utopies portées par l’idée de futur. En revenant sur une forme de film un peu ancienne, Gilot nous oblige à réfléchir sur nos utopies actuelles. Notre modernité scientifique et esthétique fera certainement et très rapidement sourire…

Jusqu’au 14 décembre
À la Galerie d’art Leonard & Bina Ellen de l’Université Concordia

à signaler
La photographe Caroline Hayeur lance son livre Tanz party, le mercredi 18 décembre, de 17 h à 19 h, O Patro Vys, 356, avenue du Mont-Royal Est. Lors d’une résidence de création en France, Hayeur a croqué "les mouvances nocturnes autour de la ville de Mulhouse", et en particulier dans des "guinguettes, bals populaires, soirées de mariage, danses de salon, fêtes communautaires, free-party…".

Hayeur a le vent dans les voiles puisqu’elle signe aussi un essai visuel dans le plus récent numéro de la revue Parachute traitant de "l’impact des musiques électroniques sur l’art et sur la société".