L'art qui fait boum : En plein boom
Arts visuels

L’art qui fait boum : En plein boom

La Triennale de la relève québécoise en art est de retour pour sa seconde édition. Une récolte de meilleure qualité que celle effectuée en 2000.

Xuân-Huy Nguyen a de la suite dans les idées. Il nous avait promis une Triennale de la relève québécoise en art et, effectivement, après une première édition (plutôt moyenne) en 2000, il est de retour en 2003 avec son événement L’art qui fait boum au Marché Bonsecours. Nguyen, jeune homme dans la vingtaine, a donc tenu son pari de mettre au monde un nouvel événement qui ne soit pas qu’un simple feu de paille. Dans un milieu où il y a déjà pas mal de compétition (Biennale de Montréal de Claude Gosselin, Mois de la photo, blockbusters au Musée des beaux-arts et au Musée d’art contemporain), son aventure mérite considération. Des musées et pas les moindres – je pense entre autres au Musée des beaux-arts d’Ottawa dont on attend toujours la seconde édition de sa Biennale d’art contemporain canadien, présentée une seule fois, en 89 – n’ont pas su tenir une telle promesse. Cette année, Nguyen a même ajouté au volet arts visuels de son événement une section courts métrages qui semble prometteuse. Je ne vous en parlerai pas cette semaine, mais j’y reviendrai.

Pour l’instant, côté arts visuels, il faut bien constater que l’événement est malheureusement inégal. Dans la première salle, ça démarre en lion, mais ça tombe rapidement à plat dans le second espace, une fois passés les grands panneaux de Doyon-Demers. Néanmoins, au moins cinq artistes tirent leur épingle du jeu.

Artistes à remarquer
Cela commence en effet très bien. En entrant, Ève K. Tremblay, avec un colimaçon de photos, propose une très belle pièce intitulée Les Dédales d’Ariane. Cette oeuvre, que le public de Québec a pu voir à l’excellente galerie L’Oil de poisson en 2001, était peut-être mieux présentée là-bas, dans un espace plus resserré et donc plus intimiste. Cette installation photographique semble montrer le parcours parfois étrange des aventures amoureuses d’une jeune fille. Entre réalité et fantasme, va-t-elle se perdre? Va-t-elle tomber dans un cul-de-sac, confrontée à elle-même? C’est un peu ce que le spectateur expérimentera. Au bout de ce couloir d’images se trouve un portrait flou et ambigu de l’héroïne de ce roman-photo nouveau genre.

Avec Chutes (objets) et Chutes (miroirs), Gwenaël Bélanger propose une pièce qui nous parle de l’accident mais aussi du bonheur de laisser tout tomber… Gâteau, vase chinois et valise sont, dans un arrêt sur image spectaculaire, sur le point de se fracasser sur le sol. Une amie me disait comment, à la suite d’un divorce, elle avait eu un bonheur fou à jeter contre un mur le service de vaisselle pour 12 personnes qu’elle avait reçu pour ses noces… Le spectateur ressentira ce genre de liberté-là devant ces pièces. C’est l’une des réalisations les plus fortes de l’expo. La série de photos avec cette glace qui va se pulvériser fait penser, autant dans les couleurs, la facture que le thème du miroir, au travail de Michael Snow. Sauf qu’ici, le dispositif ne dénonce pas exactement le mensonge illusionniste des images. Il souligne plutôt comment une photo ou un film sont avant tout des images que l’on peut contrôler ainsi que manipuler, et non pas seulement de simples représentations du réel.

Michel Patry interroge ce que nous laisserons comme restes de notre civilisation. Ses photos, composées entre autres de diverses carcasses de voitures et de motoneiges, apparaissent comme des monuments au monde industriel. Et si demain les archéologues du futur y voyaient les dieux de notre monde contemporain?

Quant au duo composé de Mathieu Doyon et Simon Rivest, il continue de démontrer comment les systèmes de la pub constituent les nouveaux monuments de notre monde moderne. Dans la pub, il y a comme une monstration exacerbée, un dispositif de glorification qui dépasse le contenu glorifié et très vide. Une démonstration souvent faite mais impeccablement réalisée par le duo.

Une bonne récolte, si le spectateur passe rapidement sur quelques pièces moins intéressantes.

Je me permettrais néanmoins de critiquer le système de sélection des artistes. Pour l’instant, ce sont les créateurs qui soumettent leur candidature à cet événement auprès d’un jury qui effectue alors un choix parmi tous les dossiers présentés. Cela manque un peu de leadership artistique. Ce genre d’événement demande un travail de commissariat plus incisif. L’art qui fait boum pourrait garder cette manière de faire à condition de lui ajouter une section constituée de créateurs proposés par une personne du milieu (galériste, coordonnateur d’un centre d’artistes…). Je crois que ce serait un moyen de garantir à L’art qui fait boum un envol plus sûr pour son retour dans trois ans.

Avant de conclure, je m’en voudrais de ne pas mentionner – une fois n’est pas coutume – les très belles affiches réalisées pour cet événement, signées Stéphane Huot. Avec des mots comme Ouache ou Ayoye en grosses lettres, elles attaquent de front les préjugés attachés au monde de l’art contemporain.

Jusqu’au 8 juin
Au Marché Bonsecours

Aimants collés
Il faut que le courant passe pour qu’il y ait une attirance… Oui, c’est un commentaire sur les lois de l’amour, mais c’est aussi une description d’une des oeuvres que présente Michel de Broin à la Galerie Pierre François Ouellette. Intitulée Tenir sans servir c’est résister, elle donne à voir une pièce de métal qui colle à une autre plus grande juste parce qu’elle est branchée à une prise de courant. Si cet électroaimant se trouve déconnecté, il tombe… C’est une pièce exceptionnelle et la plus réussie de l’expo, qui est prolongée jusqu’à la semaine prochaine.

De Broin travaille beaucoup sur la direction du regard, comment il circule et comment il arrive à déterminer ce qu’il voit. Et du coup, l’artiste propose une réflexion intelligente sur le sens. D’où vient la signification d’une chose? À contre-courant du point où on la cherche. Le visiteur pourrait croire que c’est cette grande barre de métal qui est la source et la raison d’être de cette attirance. Mais en fait, tout part de cette petite prise de courant. Réflexion sur les sources du désir mais aussi sur le fonctionnement du réseau de l’art qui part d’un circuit plus souterrain et moins monumental que ce qu’il semble montrer.

Jusqu’au 3 mai
À la Galerie Pierre François Ouellette
Sensualité des formes scandinaves
Le design scandinave, c’est plus qu’IKEA… On pourra s’en faire une idée plus juste grâce aux Éditions Taschen qui viennent de publier une brique de plus de 700 pages signée par Charlotte et Peter Fiell et qui porte sur les styles danois, finlandais, islandais, norvégien et suédois, des années 1900 à nos jours. Le lecteur y retrouvera des incontournables comme Alvar Aalto et sa femme Aino, Arne Jacobsen (créateur des célèbres chaises Ouf et Cygne), Verner Panton, les voitures suédoises Volvo et Saab (compagnie qui fabriqua aussi des avions de guerre) ou les téléphones Ericsson. Mais on pourra aussi y voir les lampes-tutus de Jonas Bohlin, la chaise suspendue en forme d’oeuf, si populaire dans les années 60-70, de Nanna Ditzel… Un ouvrage de référence.

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