Martin Boisseau : Toile de maître
Arts visuels

Martin Boisseau : Toile de maître

Je n’ai pas toujours apprécié les machines rotatives de MARTIN BOISSEAU. Je trouvais qu’elles tournaient un peu en rond et à vide. Mais sa plus récente pièce arachnéenne à la Galerie Graff est un dispositif d’une absolue efficacité.

Une salle entièrement remplie d’un réseau de 1300 fils tendus sur 2600 attaches fixées dans les murs! Une véritable toile d’araignée, toile au réseau orthogonal, qui serait tissée par un arachnide épris d’architecture moderne à la Le Corbusier.

Voilà Dixième temps: regarder debout, dormir dessous, la nouvelle installation de Martin Boisseau. Ces fils ressemblent à des câbles métalliques, mais sont en fait composés du matériel de 35 bandes vidéo, juste assez étirées pour qu’elles s’enroulent sur elles-mêmes et deviennent comme un filin.

Certes, il s’agit d’un travail sur l’illusion. Cela ressemble à des fils de métal, mais ce sont des rubans de bandes vidéo. La lumière de l’ampoule, placée au milieu de ce dispositif, crée des reflets qui, selon le point de vue du spectateur, forment des motifs géométriques. Un losange, une croix… À cet égard, il s’agit d’une relecture de la grille moderne utilisée par tant d’artistes (Mondrian, LeWitt…) dont a parlé avec justesse l’historienne Rosalind Krauss.

Mais la principale force de cette intervention de Boisseau réside dans la manière d’obliger le spectateur à aborder l’œuvre. Pour bien la voir, il faut enlever ses chaussures et se glisser en dessous du réseau, Boisseau ayant laissé un mètre de zone libre en dessous des 18 niveaux de ce treillis. Ainsi, on voit l’œuvre couché, allongé sur un tapis, un petit oreiller sous la tête. Chambre de méditation nouveau genre. Voici une expérience esthétique où la durée compte. Cela a presque de quoi surprendre à une époque moderne où les événements artistiques, dignes des collections de Citizen Kane, n’invitent le visiteur qu’à cinq à dix secondes de contemplation par œuvre. Ne tombons pas pour autant dans une dénonciation des pertes de valeurs de notre monde contemporain (n’en déplaise à Denise Bombardier), le phénomène existant depuis au moins le début du 19e siècle, lorsque l’expo officielle d’art à Paris, le Salon, a été atteinte d’une boulimie gargantuesque.

Cette vision chez Boisseau de l’œuvre comme expérience du corps m’a fait penser aux installations d’Ernesto Neto (au fait, quand invitera-t-on cet extraordinaire artiste brésilien à venir faire une expo dans l’un de nos musées ou galeries?), où le spectateur est convié à se déchausser et à pénétrer dans des sortes de cocons monumentaux (fabriqués avec un tissu proche des bas nylon), comme tissés par d’immenses chenilles. Ne serait-ce que dans cette rencontre en chaussettes, les spectateurs éprouvent un sentiment d’intimité.

L’installation de Boisseau fait bien sûr aussi penser à l’intervention de Claire Savoie, Quelque chose qu’on croit pouvoir tenir dans la main, présentée à la Galerie Skol au printemps 2000. À l’époque, j’avais déjà énoncé comment les arts minimaliste et postminimaliste étaient, parmi d’autres, des voies importantes que l’art contemporain devait suivre (le critique est humble dans ses prescriptions!!) pour éviter le ton ironique insupportable et éculé qui dominait la scène artistique d’alors. Je suis heureux de voir que cette voie continue de faire des adeptes.

Jusqu’au 27 mars
À la Galerie Graff
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La Croatie renaît de ses cendres
À quoi ressemble la Croatie après toutes ces années de guerre (1991-1995), ses 10 000 morts et 750 000 réfugiés? Dans sa petite expo intitulée De Pula à Dubrovnik… la Croatie, à travers une dizaine d’images, le photographe et collaborateur de Voir Alexandre Choquette nous invite à observer comment la vie a repris son cours dans cette région éprouvée. La Croatie recommence même à retrouver ses touristes, qui sont ici un élément positif, signe d’une certaine normalisation. Choquette propose des photos documentaires où des jeunes en skate-board croisent une religieuse souriante à bicyclette… La vie à Dubrovnik, ville éventrée durant la guerre, y semble presque normale. (N.M.)

Jusqu’au 5 avril
Au café-resto Le Barbare (4670, rue Saint-Denis)

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