Marc Mayer et le MAC : Le nouveau MAC
Arts visuels

Marc Mayer et le MAC : Le nouveau MAC

Marc Mayer deviendra, le 15 septembre, le nouveau directeur du Musée d’art contemporain (MAC). Comment envisage-t-il son mandat?

Après des mois d’un processus très secret, le MAC a finalement un nouveau directeur. En succédant à Marcel Brisebois, qui a occupé ces fonctions pendant 19 ans, Marc Mayer, né à Sudbury mais ayant vécu de nombreuses années à Montréal, devient la huitième personne à diriger ce musée fondé en 1964.

Mais qui est Marc Mayer? Parfait inconnu pour le public, il est pourtant un familier des gens du milieu. On dit que c’est un homme qui n’hésite pas à innover, qu’il est d’un dynamisme fou (la critique Sarah Millroy du Globe and Mail le décrit comme "une des personnalités les plus sympathiques et les plus énergiques au Canada!"). Mais on murmure aussi que c’est quelqu’un qui aime bouger.

À 48 ans, il a déjà un riche parcours. Il a été, durant quatre ans, conservateur au Albright-Knox Art Gallery de Buffalo, a dirigé quatre autres années le renommé centre Power Plant à Toronto pour ensuite aller travailler trois ans au Musée de Brooklyn en tant que directeur adjoint de l’art. Et on peut se demander pourquoi il quitte New York pour revenir à Montréal. C’est d’ailleurs la première question que je lui ai posée.

Marc Mayer: Les musées d’art contemporain aussi bien équipés que celui de Montréal, voués exclusivement à l’art contemporain dans toute sa splendeur et toute sa complexité, sont extrêmement rares. Celui-ci est parmi les meilleurs. Pas juste au Canada, mais dans le monde. Et c’est un musée très respecté. De plus, mes premières expériences marquantes en art contemporain, je les ai faites au MAC devant un tableau de Jean-Michel Basquiat alors que j’étais à l’Université McGill et que j’étudiais l’architecture baroque. Ça m’a fait de la peine de quitter Brooklyn, mais ce musée sortait de la logique de ma carrière, car ce n’est ni un musée d’art contemporain ni un musée célèbre pour sa collection d’art contemporain comme, par exemple, celui de Buffalo, où j’ai travaillé.

? Mais resterez-vous plus longtemps à Montréal?
Je ne promets rien. Je promets juste d’être utile. Mais à partir du moment où je réaliserais que je ne suis plus utile, que je n’arrive pas à débloquer des fonds, que la programmation n’est pas celle dont on avait envie à Montréal, que les gens ne viennent pas, alors là… Je serais étonné que ça arrive, mais… Cependant, j’ai l’impression que ce musée représente la meilleure situation pour moi et que je suis la meilleure personne pour ce poste et ces responsabilités. Je me sentais aussi un peu comme ça à Toronto, au Power Plant. On m’a souvent dit que j’étais très bon, entre autres, pour améliorer les collections. La notion de musée d’art contemporain est un paradoxe. Le jour où une œuvre entre dans la collection, elle date déjà… Comment demeurer un musée actuel qui sert à représenter le présent au présent, voilà la question.

? Justement, comment fait-on?
Le présent, ce n’est pas toujours le nouveau. Ce n’est pas toujours les jeunes, sans les oublier pour autant.
? Mais le musée va-t-il donner une place aux jeunes artistes?
Oui, absolument, mais le musée va donner une place aux artistes qui le méritent. Or, il faut voir comment on peut favoriser la situation économique de la vie des artistes dans un marché si petit. Je sais comment le marché fonctionne. Tout artiste connaît cette période de sept ans dans le désert. Tout le monde vous aime quand vous êtes un artiste génial à 20 ans, mais quand vous êtes le même génie à 35 ans, les gens ont une impression de déjà-vu… En tant que professionnel, c’est mon rôle de savoir qui est resté un génie, qui fait le grand travail de notre génération et d’appuyer ces gens-là. Il n’y en a pas plusieurs et ce ne sont pas toujours les gens à la mode.

? Mais est-ce un bon moment pour la culture contemporaine? Avec le gouvernement libéral, la tendance est plutôt aux coupures dans les budgets…
Il faut commencer par rencontrer les gens en place. Je vais me présenter, parler de mes passions, de mes idées, et voir comment on peut servir le peuple québécois et les artistes d’ici. Il faut trouver une façon de faire comprendre aux gens que d’encourager ses artistes et institutions culturelles, c’est bon pour le Québec. L’art, ce n’est pas juste des décors. Les grands artistes nous font comprendre qui l’on est, d’où l’on sort et dans quelle direction on s’en va. C’est très important de savoir cela. Et puis si on veut voir nos artistes célébrés à l’étranger, il faut les célébrer chez soi d’abord. Les Américains et les Européens ne vont pas s’intéresser à l’art québécois si les Québécois ne s’y intéressent pas.