

Replis et articulations : Droits et libertés
Dans Replis et articulations, Manon de Pauw nous parle de l’écriture de soi, de l’identité comme établissement de petites règles et limites à respecter et à transgresser.
Nicolas Mavrikakis
Dans sa plus récente performance vidéo, Manon de Pauw propose une rencontre entre le Petit Prince de Saint-Exupéry et cette célèbre image de l’homme vitruvien (placé au centre d’un cercle et d’un carré) de Léonard de Vinci… Drôle de rendez-vous! D’autant plus que cette fois, ce n’est ni un jeune garçon blond, ni un homme adulte qui tiennent le rôle central. Comme à son habitude dans ses vidéos, c’est elle-même, Manon de Pauw, qui est le personnage central et qui se réapproprie, réinterprète, réinvente dans des gestuelles et des actions très simples, des activités humaines aussi quotidiennes que celles d’écrire ou de travailler à son bureau…
Ici, de Pauw se montre en train de dessiner avec de la craie un espace circulaire, sorte de petite planète dont elle est le point de départ. Couchée sur le sol, ses mains, mais aussi ses jambes, se déploient dans l’espace pour bien étaler cette craie blanche sur une surface sombre digne d’un tableau noir d’école, mais aussi des profondeurs du ciel. Elle se crée comme une petite planète dont elle fait rapidement le tour et habite la surface. Elle y écrit des mots qui forment lentement des expressions: "Choisir ses mots", "Retenir son souffle", "Rassembler ses idées", "Articuler sa pensée"… Voilà des petites devises qui tiennent du carnet de pensées pour changer sa vie, ou de prescriptions sociales (non médicales) presque morales pour apprendre à vivre avec les autres. De Pauw pose des questions qui nous hantent tous: comment habiter avec justesse son corps et sa propre vie? comment signer ses actions?
Entre des moments où on la voit en train de se laisser glisser sur cette surface noire et les moments où elle investit cet espace vide de signes, de sens et de limites, elle nous dit l’existence comme "un bricolage du soi" (l’expression est d’elle). Ce bricolage, comme nous le dit la craie en train de s’effacer, consiste en une écriture de l’identité qui passe par l’établissement de petites règles et limites continuellement respectées, oubliées, transgressées et reformulées.
Jusqu’au 21 novembre
À la Galerie Sylvaine Poirier art contemporain
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