Temps mort d'Humberto Chavez et Éponges de Giorgia Volpe : Espaces de la métamorphose
Arts visuels

Temps mort d’Humberto Chavez et Éponges de Giorgia Volpe : Espaces de la métamorphose

Entre Éponges et Temps mort, le corps se cherche.

Tous deux originaires d’Amérique du Sud, Humberto Chavez et Giorgia Volpe occupent présentement l’espace de la Chambre blanche et d’Engramme avec des propositions artistiques qui mettent le corps en jeu. Intime, multiple, organique ou en mouvement dans l’espace, le corps se révèle, dans Temps mort et Éponges, comme le dépositaire de tous les secrets.

Prenez une éponge et pressez-la entre vos mains. Elle ne résistera pas à la pression, mais reprendra aussitôt sa forme dès que vous la relâcherez. Pincez entre vos doigts un peu de votre peau. Elle réagira presque de la même façon que l’éponge. Elle se laissera saisir, étirer, déformer, puis effacera toute trace de votre geste sitôt que vous la relâcherez. Ce qui rapproche l’éponge et la peau, deux matières de nature si éloignées, c’est le geste. Originaire du Brésil, l’artiste multidisciplinaire Giorgia Volpe vit à Québec depuis 1998 et enseigne le dessin, la gravure et le photogramme à l’Atelier de la mezzanine du Complexe Méduse. Chez Engramme sont réunies et présentées, sous le titre Éponges, une série d’impressions numériques et une bande vidéo qui tourne en boucle. L’ensemble rend visibles, en les accumulant et les juxtaposant, les formes possibles non pas de l’éponge, mais du corps en mouvement. Le travail que Giorgia Volpe donne à voir révèle l’étonnante ressemblance entre l’éponge, matière synthétique que le temps flétrit à peine, et la peau, matière organique putréscible en continuelle transformation.

À la Chambre blanche, on entre dans les temps morts répertoriés et recomposés d’Humberto Chavez. Temps mort: celui où la chose perd son sens, où le désir est interrompu, où le chemin se révèle faux. En résidence in situ jusqu’au 2 décembre, l’artiste mexicain, aussi professeur de sémiotique, appuie sa démarche théorique et pratique, nourrie par les travaux de Kabakov, sur une expérience personnelle. Un jour, alors qu’il donnait un cours, Chavez a perdu la voix. La partie haute de ses cordes vocales a paralysé. Cause et remède: inconnus par la médecine. De façon inespérée, le corps lui-même a remédié au mal avec l’aide du temps. Humberto Chavez a retrouvé l’usage partiel de ses cordes vocales et donc aussi la voix, qui reste désormais limitée dans sa puissance. Si la science a pu cartographier le mal en en laissant l’origine dans l’ombre, l’artiste lui a donné une raison: si ses cordes vocales lui ont un jour interdit toute parole, c’est sûrement parce qu’il a dit quelque chose qu’il n’aurait pas dû dire, ou encore qu’il n’a pas dit quelque chose qu’il aurait dû dire, explique-t-il aujourd’hui. Temps mort: celui où j’aurais dû, mais n’ai pu, celui où la chose désirée ne se produit pas. Devenues objet en défaut de fonction, les cordes vocales photographiées et radiographiées de Chavez trouvent écho dans une accumulation de formes et d’objets évocateurs de vie détournée, perdue, biaisée. Comme pour mettre en perspective l’ensemble, Chavez l’accompagne d’un journal constitué au fil des mois et des déplacements et qui, à son tour, accumule des temps morts, saisis tantôt d’un point de vue subjectif, tantôt d’un point de vue sémiologique. Toujours en développement, le projet de Chavez trouvera son terme le 2 décembre. Entre-temps, vous aurez la possibilité de discuter avec l’artiste le 12 novembre et d’assister ensuite, au cœur des temps morts, à la performance en quadraphonie de Philippe Brière et Jacques Boucher.

Temps mort
Jusqu’au 2 décembre
À la Chambre blanche

Éponges
Jusqu’au 5 décembre
Chez Engramme

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BLOC-NOTES

LIVRES FRAIS
À voir: les projets d’étudiants en édition de livres d’artistes de l’Université Laval, promotion 2004. En prime: un hommage à Wendy Simon. Jusqu’au 21 novembre à la Galerie des arts visuels. Info: 656-2131, poste 5175.

L’OEIL DANS LE PÉRISCOPE
Qu’est-ce qu’une "autobiographie extrême"? L’exposition "évolutive" des œuvres photographiques de Josée Landry-Sirois devrait répondre à la question. Présentée dans le Foyer du Théâtre Périscope en collaboration avec l’Oil de poisson, jusqu’au 27 novembre. Info: 529-2183.

L’ENTHOUSIASME DE L’ENTOURNILLEUSE
Elle a travaillé la neige et mélange maintenant les fils de cuivre à tout ce qu’elle trouve. Encore en début de carrière, Valérie Beaulieu expose ses Entournillages à la Bibliothèque Étienne-Parent, à Beauport, jusqu’au 14 novembre. Info: 666-2199.