Marc Séguin : Tragédie boréale
Arts visuels

Marc Séguin : Tragédie boréale

La forêt de Marc Séguin est assiégée. Le feu fait rage. L’artiste peintre pose un regard critique, mais réaliste, sur le pillage de la forêt boréale.

Le 11 novembre dernier, le peintre et graveur Marc Séguin dévoilait sa récente production à la Galerie Jean-Claude-Bergeron. Intitulée Forêt, celle-ci diffère de ses séries antérieures plutôt orientées vers la condition humaine. L’artiste porte maintenant un regard critique, mais réaliste, sur le destin de la forêt et des animaux.

D’une part, Marc Séguin est très sensible au pillage éhonté de la nature, à son avilissement au service d’une société irresponsable. Son discours n’est pas éloigné de celui de Richard Desjardins, qui, dans son documentaire L’Erreur boréale, dénonce les coupes à blanc de la forêt du Québec et constate les implications sociales et économiques de telles pratiques. Séguin pousse sa réflexion au-delà de la simple analyse des protocoles de gestion forestière en présentant des toiles dénuées de la présence d’humains ou d’animaux. Un tableau inclut pourtant un chien qui hurle à la lune. Pas un chien ordinaire, mais plutôt le contour de celui-ci, délimité par une épaisse ligne de couleur bleue. On perçoit l’animal par l’espace négatif qu’il occupait. Il s’est transformé en habitant virtuel de cet écosystème déstabilisé. Séguin rejoint en cela le discours du chercheur Hubert Reeves, qui soulignait lors de sa dernière conférence au Musée des beaux-arts du Canada qu’il était persuadé de la pérennité de la vie sur terre, mais que ce ne serait pas nécessairement celle des êtres humains.

D’autre part, tout en posant un regard réaliste, Marc Séguin conserve une part d’optimisme. Les forêts portent en elles les semences de l’espoir: le vent transporte les grains aux quatre vents et ceux-ci concourent à la régénération de l’écosystème. La destruction violente laisse place à la lente et habile reconquête du territoire.

L’artiste nous interpelle avec ses images d’une forêt brûlée vive, abandonnée. Certains tableaux, tels que Forêt 3, sont saisissants. De grands mais délicats coups de pinceau laissent deviner une forêt balayée par le vent. Les fragiles silhouettes sombres sont précédées d’un large tourbillon rouge vif. Le feu menace l’équilibre précaire. La toile Forêt 1 réunit des arbres squelettiques, encore fumants. Au centre du premier plan, un seul arbre nous fait face. Il a conservé ses épines vertes, et un long trait rouge couvre son tronc. L’artiste garde le souvenir d’une mésaventure au cours de laquelle il s’est retrouvé en canot non loin d’une forêt dévastée par le feu. Angoissé et n’y voyant plus rien en raison de l’épaisse fumée, il a réussi à s’orienter vers la terre ferme lorsqu’il a distingué un arbre à l’horizon. L’arbre solitaire se métamorphosait alors en phare, en guide vers la terre ferme et la liberté. Séguin restera marqué par la vision de la forêt incendiée.

Marc Séguin tient à ne pas représenter la forêt de manière idéalisée, préférant accentuer le paradoxe entre la destruction et la renaissance. Il oppose la force vitale et la fragilité passive de la nature. Les œuvres exposées ne forment pas qu’un simple constat désolant de la précarité de notre environnement; l’ensemble constitue aussi un vibrant hommage à la vie, à la survie même.

Jusqu’au 28 novembre
À la Galerie d’art Jean-Claude-Bergeron

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