

Les années soixante au Canada : Des années à gogo
Le Musée des beaux-arts du Canada présente Les années soixante au Canada, une importante rétrospective de l’art canadien durant une époque agitée.
Patrick Nicastro
Photo : McMichael Canadian Art Collection, Kleinburg, Onta
Habituellement, avant de pénétrer dans la première salle d’une exposition au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), on peut lire sur les murs de la salle d’accès une sorte de mise en situation accompagnée d’une œuvre emblématique de l’exposition.
Cette fois-ci, nous entrons directement dans le vif du sujet au beau milieu de l’œuvre installative et interactive de Les Levine, Housse (1966), qui nous plonge dans un environnement miroitant où d’immenses sacs de Mylar se gonflent et se dégonflent, et sur lesquels des diapositives d’œuvres d’art ainsi que des jeux de couleurs sont projetés. Avec un léger décalage de quelques secondes, une caméra et un micro placés à l’entrée renvoient à l’intérieur de la petite pièce l’image du spectateur et les sons qu’il émet.
"En fait, l’œuvre interactive permet au visiteur de plonger au cœur d’un monde intérieur dans lequel des fragments assourdis et déformés d’un vécu récent s’entremêlent aux images chatoyantes retraçant une occupation plus ancienne des lieux." Cette citation de Denise Leclerc, conservatrice de l’exposition, pour décrire l’installation de Les Levine est également appropriée pour dépeindre l’expérimentation artistique amorcée durant les années 60 au Canada. Nous pouvons considérer ces propositions artistiques comme une récurrence du travail des premiers modernistes, mais transformées et déformées pour mieux traduire l’évolution de la société.
L’art, durant cette décennie, se sensibilise plus que jamais au dynamisme idéologique de l’après-guerre, aux idéaux modernes qui semblent réconcilier l’œuvre d’art avec la réalité du nouvel individu émergent lors de la deuxième moitié du XXe siècle.
Durant les années 60, les propriétés physiques des œuvres (surtout les matériaux) se confondent généralement avec le sujet, qui s’adresse directement aux sens du spectateur. Ainsi, la majorité des œuvres jouent sur l’immédiat de la perception du spectateur. L’utilisation de nouveaux médias de communication constituait également une qualité palpable pour le spectateur. On peut dire que le champ d’investigation des artistes se trouvait en majeure partie dans l’élaboration de nouvelles syntaxes visuelles adaptées à la société en pleine transformation.
L’exposition au MBAC est divisée en six salles: Le retour du Dada; Sensibilités pop: préoccupations sociales et politiques; Perception, perception, perception; La peinture en pleine expansion et la tentation des nouveaux matériaux; Traces des mémoires anciennes et L’art conceptuel dans tous ses états. Quoique nécessaire, cette division institutionnalise le caractère expérimental des œuvres de l’époque.
Si l’on tentait d’élaborer un nouveau statut pour l’artiste au Canada, on tentait aussi d’échapper à une conception rigide des pratiques et on essayait plutôt de s’engager vers de nouvelles pratiques multidisciplinaires axées sur de nouveaux idéaux sociaux. Aussi, il semble important de noter que des espaces d’exposition alternatifs et des centres d’artistes voyaient le jour dans plusieurs localités afin de répondre aux besoins criants liés au nouvel engagement de la part des artistes.
Si les œuvres de l’exposition sont contextualisées par l’histoire de l’art, elles possèdent toujours une énergie vibrante, comme si on les voyait, chacune isolément, pour la première fois.
Un volet photographique, Les années soixante. La question de la photographie, est présenté au Musée canadien de la photographie contemporaine jusqu’au 24 avril et le Musée canadien des civilisations présente le design des années 60, Design à gogo, jusqu’au 27 novembre.
Jusqu’au 24 avril
Au Musée des beaux-arts du Canada
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