Pascal Grandmaison : Oeil de verre
Arts visuels

Pascal Grandmaison : Oeil de verre

Pascal Grandmaison est partout. Ouvres dans la rue, au Musée d’art contemporain, dans des galeries à Toronto, à New York… Visite de son expo chez René Blouin.

À la Galerie René Blouin, Pascal Grandmaison présente des portraits qui n’en sont pas vraiment… Vous y verrez certes des images de cinq individus, presque des portraits en buste, et qui, à défaut de clairement signaler des identités particulières, pourraient au moins passer pour être des portraits d’une génération (disons, pour faire court, de ceux qui sont nés dans les années 70). La jeunesse (relative) de ses modèles pourra même agacer. N’a-t-on pas assez de la pub qui fait inlassablement dans ce créneau? Mais ce n’est pas si simple. Grandmaison semble vouloir délaisser une référence trop explicite à un certain type d’image publicitaire un peu d’avant-garde (genre Gap ou Prada). Nous connaissons tous ces images très rétro 70 (clin d’œil à l’enfance du jeune public cible ou à certains baby-boomers ayant vécu cette époque). Dans celles-ci, de jeunes gens faussement ordinaires semblent attendre que le temps passe et que le flash photo cristallise leur pose de faux abandon. C’était le type de reproche que la critique avait fait à Grandmaison à propos de ses photos présentées chez Blouin il y a deux ans. Et cette fois-ci encore, une absence d’identité, de références à un métier, à une classe sociale ou à d’autres éléments spécifiques à ces individus, participe à cette idée, faussement démocratique et très pub, que nous sommes tous pareils (de potentiels acheteurs).

Mais Grandmaison s’éloigne un peu de cet univers-là (et de la critique plus ou moins claire qu’il en faisait peut-être).

Ces photos ont toutes pour titre le mot Verre (suivi d’un numéro). Que nous apprend donc ce titre? Chacun de ces jeunes gens tient une immense plaque de verre entre ses mains. Cette plaque presque totalement transparente est signalée par quelques reflets, qui montrent Grandmaison et son appareil photo sur un trépied. Le regard des modèles semble lui aussi un indice de sa présence, ces jeunes gens semblant presque chercher, de leur côté de cette paroi miroitante, le reflet de leur être. Mais cette plaque s’aperçoit aussi parce qu’elle n’occupe pas tout le plan de l’image. Sa bordure vient en cisailler la hauteur. À droite, elle s’arrête et dévoile une couleur différente à l’arrière-plan. Ce que l’on prenait pour les vraies couleurs de l’image, des vêtements et des personnes est soudainement mis en question. Il n’y a donc pas que les êtres qui trahissent… L’image se montre alors dans sa matérialité, dans son dispositif séduisant avec un fini brillant, comme un jeu visuel sur la couleur grâce à des filtres photographiques.

En bout de ligne, vous ressentirez comment la matérialité de ces images est en fait plus importante que le portrait de ces jeunes gens. Voici une démonstration faite de nombreuses fois mais qui est ici très bien exécutée. J’attends cependant avec impatience de voir comment Grandmaison poursuivra une voie de recherche plus complexe, celle qu’il avait entamée avec son vidéo Spin, où le portrait tremblant et fragmenté de plusieurs individus déconstruisait plus originalement les images contemporaines.

Jusqu’au 7 mai
À la Galerie René Blouin

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