Catherine Bolduc et John Massey : Contes de fée
Arts visuels

Catherine Bolduc et John Massey : Contes de fée

Catherine Bolduc et John Massey sont à l’affiche de la Galerie de l’UQÀM. Univers féerique et monde cartésien semblent s’y opposer, en apparence.

Décidément, le féerique a la cote en art contemporain. Dans l’événement Greater New York 2005, qui se tient ces jours-ci à P.S.1 dans la Grosse pomme américaine, et qui présente toute une nouvelle génération de jeunes artistes, c’est une tendance lourde. Mais ici aussi, c’est un courant profond, une des tactiques choisies par plusieurs artistes afin de s’affranchir de la légèreté insupportable du ton ironique qui domine encore et qui ne dit rien, sauf l’incapacité des artistes à prendre position.

L’artiste Catherine Bolduc en est un bel exemple. Dans son installation Le jeu chinois à l’UQÀM, elle renoue avec le féerique à la fois dans le dispositif visuel qu’elle met en scène et par l’univers narratif qu’elle convoque.

C’est presque une caverne qu’elle a construite. Un corridor nous mène à une salle qui semble faite de cristaux et où la lumière vibre au rythme accéléré d’éclairs lumineux. Partout des miroirs nous renvoient notre image démultipliée et nous donnent le sentiment étrange que nous ne sommes pas seuls… Bolduc renoue avec les émerveillements de l’enfance, ne serait-ce qu’avec les matériaux utilisés, simples pailles de plastique, feuilles miroirs et stroboscopes. Mais le titre aussi y fait référence. Petite, elle reçut un simple jeu de baguettes de bois "made in China". Si celui-ci l’avait fait rêver, c’est que son père, qui lui promettait un cadeau, l’avait décrit plusieurs jours à l’avance comme un "jeu chinois"… Le vrai cadeau de son père était en fait le pouvoir poétique des mots, mais aussi le langage comme jeu. Son installation renoue merveilleusement avec cette découverte que nous avons tous faite.

Toujours à la Galerie de l’UQÀM, John Massey, artiste actif depuis la fin des années 70, semble être à l’opposé de l’univers onirique de Bolduc. Mais ce n’est pas si simple. Dans La maison que Jack a bâtie, courte rétrospective de son œuvre, Massey met en scène un monde trop ordonné, qui semble sur le point de se fissurer.

Dans la série de photos Les fantômes du moderne (2004), Massey montre, d’une manière presque documentaire, la maison que son père architecte a réalisée dans le style de Mies van der Rohe. Le fantôme du père plane là aussi. Dans cette demeure, tout semble ordonné. Une ambiance assez froide y règne en effet. Mais ici et là se dégage de l’ensemble une atmosphère inquiétante obtenue par quelques détails, comme cette chaise-sculpture composée d’une femme presque nue avec de longs gants noirs… L’univers paternel est parfois plus obscur que prévu.

Le même type de tension entre rationalité et pulsionnel se retrouve dans les autres œuvres comme dans l’installation Chambre 202, un modèle pour Johnny (1980). D’une maquette d’une petite maison est émis un discours presque scientifique sur diverses matières naturelles: charbon, caoutchouc, fer… Mais ces descriptions factuelles sont systématiquement niées par la fonction d’usage de ces différentes substances. Après la lecture de la fiche signalétique du dioxyde de carbone "qui fait tripler le rythme respiratoire", le spectateur entendra le souffle rapide d’un couple en plein orgasme… Une œuvre qui est contre la rationalité, mais qui pour la dénoncer prend les allures de son ennemi. Encore de l’ironie?

Jusqu’au 18 juin
À la Galerie de l’UQÀM

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