

Nicholas Stedman : Sous la couverture
Nicholas Stedman travaille sur des robots qui ne semblent servir à rien, si ce n’est à donner corps à nos peurs et angoisses.
Nicolas Mavrikakis
Cela bouge. Cela grouille même. Cela se remue d’un bord et de l’autre. Cela avance un peu, recule, bondit de temps en temps. Au premier coup d’œil, dans ses ondulations, cette chose tient presque du ver de terre. Mais elle possède aussi quelques qualités presque humaines. Cette impression tient peut-être au fait que cette forme mouvante est placée dans un lit.
Couchée, étendue, abandonnée sur ce grabat aux draps légèrement tachés, la chose composée d’un carré de tissu blanc molletonné fait penser à une couette qui, dans un récit fantastique, aurait avalé un dormeur, ou à un sac de couchage dans lequel aurait été enfermé un individu. Le spectateur croirait presque le voir en train de gesticuler pour en sortir. Mais les dimensions de l’ensemble nous disent quelque chose de plus inquiétant. Cela évoque une expérience qui aurait mal tourné dans un film de science-fiction ou dans un laboratoire secret. Pis encore, cela fait penser au personnage du splendide film Johnny Got His Gun (1971) du réalisateur Dalton Trumbo. Celui-ci y racontait l’histoire d’un jeune homme qui, durant la Première Guerre mondiale, survit à l’explosion d’un obus. Mais dans quel état il en réchappe! Il y a perdu jambes, bras et même visage. Il ne peut ni parler, ni voir. Encore en vie, il est placé dans un lit où il sert de cobaye. Chair à canon, et maintenant bout de viande, il est à la merci de ses médecins, bougeant et grognant pour protester. Juste en remuant sa tête qui reproduit le code morse, il trouve tout de même le courage de demander qu’on l’achève. Peine perdue. Une histoire angoissante.
Vous ressentirez un trouble assez similaire devant l’œuvre grouillante fabriquée par Nicholas Stedman au Centre Oboro. Elle s’intitule The Blanket Project et fait partie d’une série de pièces robotiques rassemblées sous le titre de Machines for Social Circumstance. L’artiste, qui partage son temps entre Toronto et Buffalo, nous montre les monstres mécaniques qu’il a fabriqués ou qu’il prépare grâce à divers prototypes et dessins. Il y a dans ses créations quelque chose du travail du docteur Frankenstein. Ici, la robotique n’est pas montrée sous des atours séduisants, tel le petit chien Aibo de Sony, tout mignon, tout en rondeur, petit puppy qui ne grandira jamais, mais comme de l’ordre du monstrueux. Stedman nous touche profondément, car il évoque notre peur de la maladie (ou des accidents) qui pourrait tous nous clouer dans nos lits.
Dans cette expo, vous verrez aussi une sorte d’araignée robotique à trois pattes affublée du gentil nom de Triad. Présentée dans un vidéo où Stedman la teste et la contemple, cette invention semble même faire peur au chien de l’artiste, totalement médusé. Une vision des monstres de compagnie qui remplaceront peut-être bientôt nos animaux domestiques…
Vous en apprendrez plus sur le travail de Stedman en visitant aussi son site: nickstedman.banff.org.
Jusqu’au 18 février
Au Centre Oboro
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