Stéphane Gilot : Tout est sous contrôle
Arts visuels

Stéphane Gilot : Tout est sous contrôle

Stéphane Gilot nous parle de l’imaginaire convoqué par la conquête de l’espace. Tout y sera ordre et beauté, calme et volupté?

Nous avons moins vu Stéphane Gilot à Montréal depuis quelque temps, mais ce n’est pas parce qu’il a diminué ses activités artistiques. Au contraire. Il a beaucoup exposé en dehors du Québec, en particulier en Europe. D’ailleurs, une des deux pièces faisant partie de sa présentation ces jours-ci au centre Oboro a été montrée en début d’année à Berlin lors de l’événement Transmediale (festival d’arts numériques). Gilot travaille décidément beaucoup hors Québec, lui qui est représenté par une galerie en Belgique (Espace 251 Nord à Liège) et une autre en Ontario (Paul Petro Contemporary Art Gallery à Toronto).

Je ne sais s’il va conquérir le monde, mais il réfléchit en tout cas à la conquête de l’espace. En effet, il a transformé le centre d’art Oboro en un véritable centre spatial. Cela ressemble presque à un vaisseau intersidéral dans lequel pourraient s’enfermer des astronautes durant les mois ou même les années que leur prendrait leur voyage. Pour son installation La Station, Gilot a investi les lieux avec un ensemble de petites salles modulaires colorées, presque jolies, aux couleurs vives, conviant un univers d’ordre poétique: cabines de repos, salle hydroponique, hublot montrant une planète au loin… Le visiteur a même droit à un véhicule télécommandé. Vous pourrez vous asseoir et contrôler les déplacements d’une voiture d’exploration (en fait, miniature et se déplaçant dans une maquette attenante). Au-delà de l’aspect ludique de l’ensemble, Gilot poursuit sa réflexion très poignante sur des espaces clos, sur la notion d’enfermement.

En 1999, à la Galerie Lilian Rodriguez, il avait produit une installation totalement angoissante. Elle avait des allures de prison et faisait peut-être aussi écho aux rapts de petites filles en Belgique. Plus récemment, en 2003, à la Galerie Circa, dans son Pavillon de réorganisation, il nous montrait des espaces de réhabilitation d’individus incarcérés. L’intelligence du travail de Gilot réside souvent dans sa capacité à montrer comment des espaces où l’être humain est enfermé, physiquement ou psychologiquement, se présentent comme des lieux d’ouverture, de liberté…

Dans ce projet chez Oboro, la conquête de l’espace se dévoile lentement dans toute sa symbolique. Elle est en fait un désir d’ordre, une volonté de mettre en place un nouveau monde, meilleur, totalement organisé. En voyant cette expo, j’ai pensé au film Gattaca où l’humanité projette de conquérir l’espace avec seulement des êtres totalement parfaits génétiquement (même les myopes comme moi y sont interdits et restèrent très inquiets à l’idée de ce scénario). La conquête de l’espace sera-t-elle belle et héroïque ou sera-t-elle, comme la conquête de l’Amérique, plutôt horrifiante?

Pour symboliser ce renversement de point de vue, Gilot passera une combinaison spatiale aux membres du public qui le souhaiteront. Ainsi bizarrement affublé, le visiteur pourra aller explorer les abords du centre Oboro… Expérience de l’étrangeté et rencontre du troisième type garanties!

Jusqu’au 13 mai
Au centre Oboro
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