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Jean-Pierre Morin : Forger la nature
Arts visuels

Jean-Pierre Morin : Forger la nature

Jean-Pierre Morin présente ses oeuvres récentes à la Galerie Orange. Pour jouer au Petit Poucet au coeur d’une forêt pétrifiée.

Surtout connu pour son apport à l’art public d’envergure, Jean-Pierre Morin a élaboré, au fil du temps, une démarche formelle qui tend fermement vers une épuration des formes. Morin privilégie l’utilisation de l’acier intempérique dans ses oeuvres, mieux connu sous le nom d’ "acier corten". Leur fabrication est longue et ardue, et le sculpteur prend visiblement du plaisir à jouer avec les contrastes des matériaux, comme le plein et le vide, le lourd et le léger, les textures rêches et lisses. Inspirées des formes de la nature ou de l’industrialisation, les pièces en exposition forment un ensemble de grands objets aux profils organiques, sortes de colonie de végétaux géants fossilisés. C’est d’ailleurs à Morin que l’on doit l’arbre d’aluminium géant qui nous accueille devant la Grande Bibliothèque.

Il y a deux sortes d’oeuvres en exposition: les matrices de bois "sacrifiées" par le feu de la soudure pendant la construction des sculptures, et les sculptures elles-mêmes. Pour en arriver à ses exosquelettes de métal, Morin visse de petites pièces métalliques sur une matrice de bois, pour l’enrober selon la disposition qu’il a choisie. Ensuite, les vis sont retirées, et les cavités qu’elles laissent sont obstruées avec le même acier corten (vous me suivez?). Puis, un meulage assure les lignes finales de l’objet, et un sablage au jet de silice (sandblasting) donne aux pièces une teinte grisâtre. L’artiste les fera sciemment rouiller au contact de l’eau (c’est cette rouille voulue qui les protégera de la rouille). Perpétuant le plaisir qu’a le sculpteur à jouer avec la réaction de ses pièces aux éléments, elles poursuivront toutes seules leur vie chimico-organique lorsque disposées en extérieur, par exemple.

C’est à l’échelle humaine que l’ensemble se présente. Les matrices carbonisées côtoient les cinq sculptures, formes élancées ou ovoïdes, percées d’une multitude d’orifices qui filtrent la lumière comme une dentelle. Le contact est réussi entre le spectateur et l’oeuvre: on se sent comme le Petit Poucet, mais jamais envahis. On fait comme partie de l’étrange forêt et, d’ailleurs, les enfants aiment beaucoup…

Jusqu’au 18 juin
À la Galerie Orange
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