Érick D'Orion : Le traducteur
Arts visuels

Érick D’Orion : Le traducteur

Séquence présente une installation sonore de l’artiste Érick D’Orion, qui démonte le piano et le montre dans tous ses états.

Avec Solo de musique concrète pour 6 pianos sans pianiste, Érick D’Orion présente des pianos édentés, éventrés ou renversés dans une ronde immobile et bruyante. Il s’agit d’un vibrant rassemblement d’instruments qui n’ont plus grand-chose de leur élégance d’antan. La posture est parfois encore droite et placée, mais leur aspect usé présage des déconstructions musicales dont ils sont capables.

Alors qu’on se serait attendu à voir les touches des instruments s’enfoncer en suivant le doigté d’une présence fantôme, les pianos à demi morts ne semblent plus pouvoir être que des caisses de résonance. Ils vrombissent dans un tumulte aliénant, devenus vibraphones presque grossiers, digérant l’impulsion de moteurs intégrés qui les rend indépendants de tout musicien. L’un se montre franchement grave, l’autre plus aigu, et les six se relancent, s’étouffent, se suivent, puis se relancent de nouveau, suivant un protocole difficile à décrypter.

Ce n’est qu’après avoir parcouru toutes les salles d’exposition que l’on peut comprendre le véritable objet de ces mastodontes estropiés de la musique. Tout au fond, un avenant salon d’écoute laisse entendre une musique plus conventionnelle. Des partitions patientent sur une table basse, à portée des visiteurs.

En fait, Érick D’Orion semble mettre en scène une multiplicité de lectures et d’interprétations de la musique. Une première transposition de l’écrit vers le sonore fait entendre ce qui était encodé sur des pages et des pages de portées, donnant des morceaux comme ceux auxquels l’oreille est habituée. La traduction la plus frappante est toutefois celle qui transforme cette première musique – des solos de Sun Ra, Duke Ellington et György Ligeti -, appréciable par quiconque est prêt à l’écouter, en une série de vibrations et de signaux sonores moins digestes. Il suffit de tricher en entrouvrant le rideau mitoyen et de se poster dans l’entrebâillement entre les deux salles pour percevoir la correspondance entre les univers musicaux qui semblaient de prime abord diamétralement opposés.

L’organisation de l’espace, proposant d’abord les pianos traducteurs, puis le salon d’écoute faisant entendre les pièces originales, permet au visiteur de s’approprier peu à peu l’exposition, appréciant sans idée préconçue les différents instruments, découvrant leurs particularités, écoutant leur sonorité précise. On voudrait percer leur secret, attendant que leur individualité émerge. Chaque piano, d’ailleurs issu d’une époque différente, est envisagé comme unique malgré son association évidente avec ses semblables, ce qui n’aurait pas été possible si le trajet du visiteur avait été inversé.

À noter que, pour ceux qui auraient particulièrement apprécié leur expérience, plusieurs oeuvres sonores d’Érick D’Orion sont proposées à la carte, à l’entrée de la galerie.

Jusqu’au 25 mai
À Séquence
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À voir si vous aimez/
le noise, la musique concrète, l’électroacoustique

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