Triennale québécoise d'art contemporain : Qualité Québec
Arts visuels

Triennale québécoise d’art contemporain : Qualité Québec

C’est la première Triennale québécoise d’art contemporain. Un must estival? Un incontournable des dernières années. Événement majeur.

C’est l’événement dont avait besoin Montréal, et même le Québec, dans le domaine des arts visuels. Cette Triennale d’art québécois vient combler une lacune importante. Nous avions une Biennale d’art contemporain réunissant des artistes internationaux, canadiens et aussi quelques Québécois. Nous avions un Mois de la photo (lui aussi une biennale) très tourné vers la scène internationale et canadienne. Il nous manquait un événement important à Montréal qui célèbre avant tout nos artistes. Voilà le genre de prise de position qui permettra à nos créateurs d’être plus reconnus par nos concitoyens qui, encore de nos jours, en sont souvent restés au Refus global.

Bien d’autres villes et pays ont mis de l’avant leur culture. À New York, il y a le Whitney Museum et sa biennale (dédiés depuis les années 1930 aux artistes des États-Unis) ainsi que l’événement Greater New York (qui, en 2000 et 2005, a célébré les artistes de la Grosse Pomme). À Londres, la Tate Britain (depuis la fin du 19e siècle) fait la promotion de l’art anglais. Et la Saatchi Gallery a développé et défendu le label des YBAs (Young British Artists) depuis le début des années 1990, relançant Londres comme ville culturelle incontournable.

Alors que Montréal cède sa place comme centre culturel du Canada à Vancouver et Toronto (l’Art Gallery of Ontario redessinée par Frank Gehry frappe fort), cette triennale proclame la force de nos créateurs. Trop longtemps, nous avons eu honte de notre culture, et nos musées, encore de nos jours, n’exposent pas assez nos artistes.

Intitulée Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, cette expo est imposante, regroupant des oeuvres jamais montrées à Montréal et réalisées par 33 artistes et collectifs d’ici. Pour l’un des commissaires, le conservateur Mark Lanctôt, "deux grands pôles esthétiques s’y dessinent: un côté engagé, très social, politique; et de l’autre, un travail plus intime, explorant un espace plus privé et un monde plus abstrait".

QUE REMARQUER?

Au-delà de quelques pièces faibles, il faut noter plusieurs oeuvres prenantes. Romeo Gongora donne la parole à des prisonniers condamnés à de longues peines. Les frères Sanchez nous confrontent à l’image de John Mark Karr, qui prétendait avoir tué la petite JonBenét Ramsey. David Altmejd nous dévoile des monstres imposants inspirés d’un jeu vidéo. Nicolas Baier déploie des photos de miroirs sans tain, oeuvres plus intenses que plusieurs de ses créations des dernières années. Et puis il y a aussi les interventions d’Emanuel Licha, Michel de Broin, Tricia Middleton, Michael Merrill, Adad Hannah, Raphaëlle de Groot, Patrick Coutu, Valérie Blass, Patrick Bernatchez, Gwenaël Bélanger

QUELQUES BEMOLS

Pour la prochaine édition, il faudrait penser à un vrai thème et commander des oeuvres pour l’événement en lien avec la problématique choisie. Il faudra plus de femmes (10 sur 33!), et plus d’artistes aguerris ayant inspiré la jeune génération. Il faudra surtout augmenter le cachet des artistes (autour de 400 dollars!). Si nous voulons une culture plus forte, il faut commencer par mieux payer nos créateurs. Sans argent, rien ne se crée, rien ne se transforme…

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