

Damien Hirst / CONTRE : Hirst, pour et contre
Damien Hirst, on aime ou on n’aime pas. OEuvre ludique et colorée pour les uns, Ikea destiné aux riches pour les autres, son travail est à tel point sujet de polémique que nous avons donné, à l’occasion de l’exposition que lui consacre la Galerie de Bellefeuille, la parole à nos deux critiques. Il fallait s’y attendre: ils ne s’entendent pas!
Nicolas Mavrikakis
Photo : (c) Hirst Holdings Limited & Damien Hirst
INDUSTRIE DU LUXE ET DE LA DECORATION
Existe-t-il des collectionneurs, galeries ou musées dans le monde qui ne veulent pas posséder ou tout au moins montrer ses oeuvres? L’artiste anglais Damien Hirst représente cette homogénéisation de la culture qui fait que de New York à Londres, en passant par Berlin, Beijing et Venise, le milieu de l’art montre un même visage, celui des artistes des pays riches.
Hirst est le symbole d’une industrie culturelle de produits de luxe, achetés par des gens richissimes qui, depuis vingt ans, ont profité de la mondialisation. Ne sachant plus quoi faire de leur argent, ils achètent de l’art comme on investit à la bourse (l’art contemporain, ça s’accroche mieux au mur qu’un paquet d’actions) ou on collectionne des objets curieux. Ses créations sont souvent couvertes de feuilles d’or ou d’autres matériaux rares. À défaut de savoir si l’oeuvre est intelligente, nous pouvons tous voir qu’elle vaut son pesant d’or.
Ce n’est pas que Hirst n’ait jamais fait aucune oeuvre intéressante. Il a réalisé quelques pièces intelligentes. Son requin dans le formol parle de la mort d’une manière forte. Sa série de peintures, gravures et sculptures mettant en scène des médicaments traite des bienfaits et problèmes inhérents à l’industrie pharmaceutique. Vous pourrez d’ailleurs voir quelques exemples de cette série à la Galerie de Bellefeuille. Mais son art est avant tout une réaffirmation des thèmes de l’art académique. Hirst, tout comme Sam Taylor-Wood (aussi issue du mouvement des Young British Artists), incarne le versant superficiel de l’art postmoderne qui trouve sa caution dans la citation de l’art du passé. Chez eux, la nature morte, le memento mori ou la vanité revisités rencontrent le design branché. Un deux pour un. Et donc un art facile d’accès.
Certes, de plus en plus de critiques et d’artistes en dénoncent la superficialité (tel le réalisateur Ben Lewis dans le Courrier international qui a qualifié son travail de parodie d’art conceptuel), néanmoins, ce type de produit fait les manchettes, car il atteint des sommets dans les salles de vente. Les médias, qui savent rarement juger de la valeur symbolique de l’art, se réfugient derrière cet outil de mesure superficiel.
La cause est donc perdue. Hirst a marqué l’histoire. L’art bourgeois faussement subversif a gagné. Tant pis pour l’art moderne qui voulait contester le pouvoir et les images dominantes.
Jusqu’au 6 décembre
À la Galerie de Bellefeuille
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