Olga Chagaoutdinova : L'éternel retour
Arts visuels

Olga Chagaoutdinova : L’éternel retour

En attendant la première neige, le centre d’artistes en art actuel Regart de Lévis reçoit l’exposition Stome-Ache de l’artiste Olga Chagaoutdinova, où s’entrelacent photo et vidéo.

Si la photographie a su abreuver le cinéma lors des balbutiements de ce dernier, tant par sa technique que par ses découvertes esthétiques, il semble bien qu’une inversion des rôles soit en train de survenir grâce aux appareils numériques hybrides mariant photo et vidéo. L’exposition d’Olga Chagaoutdinova témoigne de ce renversement. Dans ce projet, c’est la vidéo numérique qui est venue rassasier la pratique photographique – habituellement privilégiée par cette artiste – afin d’en renouveler la vigueur.

L’inventaire de cet accrochage d’une franche limpidité est majoritairement composé d’autoportraits. D’abord, dans deux oeuvres vidéographiques constituées d’un plan fixe unique dans lequel se déroule une situation critique, tragique, répétitive. Dans cette optique, la première vidéo n’est pas sans rappeler le mythe de Sisyphe, alors que l’on voit la jeune femme dévaler une colline de gravier dans plusieurs séquences réitérées à l’infini. Dans la seconde, on ne peut apercevoir qu’un plan rapproché du visage de l’artiste, immobile, giflé, happé, à intervalles irréguliers, par la lourde écume de puissantes vagues.

Autrement, de cette seconde vidéo est extraite une suite d’arrêts sur image qui sont tirés sur papier pour être présentés en parallèle avec les images en mouvement. Ces instants suspendus où la pixellisation apparente demeure pleinement assumée par l’artiste s’instituent comme une véritable prise de position esthétique envers le médium. Par là de montrer, par un accent mis sur son aspect spécifique, qu’il s’agit en vérité d’une représentation… À ce propos, Chagaoutdinova nous confiait, avec son accent russe distinctif: "Ça ne m’importe plus de faire de belles images, ce que je veux, c’est inventer des métaphores."

Elle y parvient magnifiquement dans la mesure où cet affleurement de pixels, si redouté par les photographes attachés aux rendus analogiques, met précisément l’accent sur une vision vouée à l’ensemble plutôt qu’au détail, sur l’image avant la technique. Plus simplement, sur le pouvoir de l’image de réactualiser nos mythologies par et dans la représentation.

Cet ensemble est complété par une grande photographie – particulièrement touchante – captée de façon traditionnelle et qui se dresse seule, dans une salle à part. On y voit l’artiste couchée, fragile, comme échouée sur le sable d’un îlot minuscule. Doit-on voir dans cette image la résultante narrative des vidéos qui la précèdent, comme un inéluctable dénouement se traduisant par la solitude, voire la mort? À vous d’en juger.

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Avant que j’oublie, le lecteur de mon dernier article aura sans doute répondu à l’énigme: le peintre du siècle d’or espagnol auquel je faisais référence n’était nul autre que Zurbarán.

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