André Boucher : Horizons intérieurs
Arts visuels

André Boucher : Horizons intérieurs

Loin de frapper un mur, André Boucher ouvre une petite porte donnant sur des horizons intérieurs grâce à la fenêtre attentive de son appareil photo.

Au creux d’une fissure, dans le secret des pigments du temps, se sont réfugiés des esprits archaïques trop à l’étroit dans la réalité moderne. André Boucher, photographe autodidacte originaire du Saguenay, a su voir cette magie cachée et nous la transmettre. Le Centre national d’exposition accueille ses Épreuves du temps, patiente recherche d’érosions urbaines qui agissent dans l’âme comme une musique entendue il y a longtemps. La beauté peut se loger partout où elle veut, et souvent là où on ne s’y attend pas. Par exemple, sur un mur couvert de craquelures, superposant les couches de peinture écaillée, les jours de pluie et de soleil, buriné tranquillement par la vie. Cette lente alchimie et cette langueur de la matière, l’artiste les a écoutées et nous livre de grandes impressions au jet d’encre en témoignant. Les séries intitulées Bestiaires (pelages extraordinaires de quelques bêtes impossibles) et Anima mundi incorporent un effet miroir les transformant en sorte de mandalas inattendus, en textures mystiques aux motifs séduisants. L’oeil glisse vers le centre. On pense à ces rectangles de tissu que les bohèmes globe-trotters accrochent au mur comme une fenêtre sur un ailleurs, un bout de pays loin à l’horizon que l’on fixe, ou que l’on devine en soi. Boucher, voyageur lui-même, a donné le nom de La Havane à une suite de photos. La ville cubaine revêt un nouveau visage, vif, profond, stratifié de son histoire. Quelques oeuvres encore font penser à l’émouvant corpus Illuminations présenté par l’artiste au Centre international d’exposition de Larouche en 2009. La composition des oeuvres, parfois chaotique, parfois ordonnée, suit une logique d’organisation naturelle. Quant aux couleurs, d’une force surprenante, elles forment un humus odorant pour les yeux. Mis à part la symétrie ajoutée à certains clichés, les images ne sont pas truquées, mais recueillies, "re-trouvées" en quelque sorte, comme si elles avaient été égarées, ou oubliées. Archéologues de l’âme du monde, regardez, grattez, touchez afin de mettre à nu des fragments d’éternité.

Peut-être n’est-ce pas anodin qu’une exposition regroupe des photographies ayant pour sujet des murs devenus oeuvres, même fortuitement. Le mur, support originel de la peinture, de l’art, lieu privilégié par l’être humain pour projeter tous ses espoirs lumineux, sa passion furieuse de vivre, ses aspirations à atteindre quelque chose de plus grand que lui-même. De symbole d’obstacle implacable, il devient page blanche magique sur laquelle se dessiner tel que l’on se souhaite en tant qu’animal spirituel, et où prendre son envol. Que tracerions-nous ensemble sur cette paroi, vers quelle étoile tendrions-nous les bras aujourd’hui? Car cette capacité à se rêver, nous ne l’avons jamais perdue, et elle a le pouvoir que nous voulons bien lui accorder.

À voir si vous aimez /
Le livre d’art Épreuves du temps, les vieux bâtiments